‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 146 sur 174 · C, LE PETIT · texte numérisé non relu

C, LE PETIT

brûlé en Grève, le 166... (1). Jel'avois connu, par hasard,

dans un lieu assez honnête (2), où règlement il se tenoit concert tous les jeudis de chaque semaine et où se rendoient quantité de jeunes gens polis , tant de l'un que de l'autre sexe : Bourmult (3), Devizé (4), Joli de Lourdines, Richelet même (5) et Montreuil (6), quoique déjà tous deux hors du premier âge ; et enfin plusieurs autres beaux esprits (7) s'y trouvoient fort souvent; et tous, aussi bien que moi, faisoient cas de Petit, comme il paraît par les témoignages publics qu'ils lui en ont rendus;

(1) Je ne saurois bien dire si ce fut 1664, ou 5, ou 6, car je lis un séjour de près de trois ans à Ghâteaudun , savoir en ces trois années ; je penche plus pour 1664 . [Note de l'auteur.]

(2) C'était chez le sieur Vignon, inventeur de Pangélique instrument de musique, participant du luth et du théorbe. [Note de l'auteur.]

(3) Boursault {Edme), né en 163$, mort en 1701, auteur dramatique et de Lettres galantes (à Babet), qui eurent une grande vogue; plus connu aujourd'hui par ses démêlés avec Boileau et Molière, et surtout par ses pièces satiriques, Esope à la cour, et le Mercure galant ou la Comédie sans titre, dirigée contre De Visé (Voir ia note qui suit). La scène entre Merlin et La Rissole,

... Guerrier fameux par ses combats navaux,

est dans tous les recueils de littérature et dans toutes les mémoires.

(4) Visé ou Vizé [Jean Donne au de), né à Paris en 1640, mort en 1710, créateur du Mercure galant, auteur dramatique, maladroit critique de Molière et défenseur de Gottin, historiographe de Louis XIV.

(5) Richelet (Pierre), grammairien, né en 1631, mort en 1698, auteur des célèbres Dictionnaires qui portent son nom, et « le premier, dit Voltaire, qui ait « donné l'exemple d'un dictionnaire presque tout satirique, exemple plus dange- « reux qu'utile. »

(6) Montreuil (L'abbé Matthieu de), né en 1620, mort en 1692, chez l'archevêque d'Aix, Daniel de Cosnac, dont il était le secrétaire et l'ami. Il figure dans le Dictionnaire des précieuses, de Somaize, sous le nom de Mitrane (Voy. l'édition donnée par M. G.-L. Livet, dans la coll. elzév. de Jannet, I, 152, 171; II, 304). Ses vers se trouvent dans tous les recueils du temps, ce qui fait dire à Boileau, dans la satire VII, qu'on les voit

Grossir impunément les feuillets d'un recueil.

Madame de Sévigné, dans une lettre à Ménage, le signale comme « douze fois plus étourdi qu'un hanneton; » mais c'est pour s'excuser elle-même à ses dépens,, et les commentateurs ont le tort de prendre ce trait trop au sérieux.

(7) De ce nombre était sans doute Pelletier, ami commun de Richelet et de Le Petit. C'est celui à qui Boileau décocha tant de traits :

Parmi les Pelletiers on compte des Corneilles... (EpU. au roi.) Tandis que Pelletier [alias Colleter, crotté jusqu'à l'échiné... <Sai. I.

SON HISTOIRE. 31 îi

mais ni ces messieurs ni moi ne savions rien alors ni des mauvais commencements de sa vie, ni des restes de mauvaises habitudes qui lui étoient demeurés dans sa conduite privée, lorsque nous vînmes à le connaître, et dont il commençoit à revenir.

Ce jeune homme donc étant au collège vers Fan 1 G57 ou 1658, quitta tout d'un coup les études pour une correction un peu forte, qui ne lui avoit été que trop justement infligée; et, au bout de quelques semaines , ayant dans son oisiveté fait connaissance avec un frérot Augustin dont le fameux couvent, à Paris, étoit fort voisin de sa demeure particulière, qui étoit dans la rue Dauphine, il prit un jour querelle avec ce pauvre novice, et s1 étant caché exprès dans un endroit obscur del'église, un peu avant qu'on vînt à en fermer la grande porte, il attendit là le frérot son ennemi qu'il savoit bien devoir venir faire les préparatifs pour l'heure de matines; et quand ce pauvre innocent vint à paraître, et que tout le service étant achevé et les moines retirés dans leurs cellules, celui-ci fut resté seul pour éteindre les bougies, il le poignarda, traîna son cadavre en un lieu où il n' étoit pas aisé de l'apercevoir, puis s'étant rencoigné dans sa cachette, dès qu'on eut, de grand matin, ouvert la porte de la rue, il se sauva, et pour se mettre à Fabri de toutes poursuites, il se retira dans les pays étrangers. Il s'arrêta particulièrement en Italie et en Espagne, où, moitié par conversation, moitié par lecture, il acquit une connaissance assez raisonnable de ces deux langues, dont principalement il lut tous les meilleurs poètes, étant lui-même né avec un esprit si naturellement tourné à la poésie qu'on le pouvoit fort justement, à cet égard, comparer à Ovide. Son affaire enfin ayant été assoupie

J'envie ou écrivant ie sort de Pelletier... (Sat. II.)

...J'ai tout Pelletier ttoulé dans mou oftice en cornets de papier... (Sat. III. Je rencontre à la fois Perrin et Pelletier... (Sat . VIL) Que vous ont fait...

Colletet, Pelletier, Titreville, Quinault?... (Sat. IX.) Se jouait aux dépens des Pelletiers romains... (Ibid.) Le reste, aussi peu lu que ceux de Pelletier... {Art poe't^

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