DIZAIN
Tes inimitables sonnets, Fiers d'une belle renommée, Vont à la cour, vont à l'armée, Vont aux cercles, aux cabinets ; La louange que l'on leur donne, Dans la bouche de chacun sonne, Et de tous côtés retentit; Gombaud, ta muse sans seconde Peut bien en avoir de Petit,, Puisqu'elle en a de tout le monde.
Pour ce qui est de mon dizain, il étoit tel, et je prie encore
une fois le lecteur de me pardonner l'étalage que j'en fais ici.
On verra de ta plume illustre Quantité d'ouvrages galants, Si tu cultives les talents Dont ton art rehausse le lustre ; Ton style est fin et délicat, Tu ne sens point ton avocat, Et sans flatter ton écriture En faveur de notre amitié, Si tu n'es tout à fait Voiture, Rou, du moins tu l'es à moitié.
Le sonnet du Poète crotté étoit tel :
Quand vous verrez un homme avecque gravité, En chapeau de clabaud promener la savate, Et le col étranglé d'une sale cravate, Marcher arrogamment dessus la chrétienté ;
Barbu comme un sauvage, et jusqu'au cul crotté, D'un haut-de-chausse noir, sans ceinture et sans patte, Et de quelques lambeaux d'une vieille buralte, En tout temps constamment couvrir sa nudité: