‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 155 sur 174 · IMPROMPTUS ET STANCES · texte numérisé non relu

IMPROMPTUS ET STANCES

termes offensants ; en un mot il poussa bientôt à bout son adversaire qui, outré de rage de se voir désarçonné par un homme d'épée, qui apparemment n'endevoit pas tant savoir que lui, se porta jusqu'à cet excès de brutalité que de dire à Bénac qu'il ne savoil ce qu'il clisoit, et qu'il et oit un cheval. Bénac baissa la tête en l'appuyant sur sa main, comme quand on rêve profondément à quelque chose, puis se relevant tout d'un coup, et se tournant vers son homme il lui adressa ces paroles :

Je suis un cheval, dites- vous; Moi qui par mes raisons vous accable de coups, J'en fais juge toute la terre, Je suis plutôt un maréchal ; Et vous, puisque je vous déferre, Vous devez être le cheval.

Il n'est guère besoin de dire de quel côté furent les rieurs, il n'y eut personne qui n'admirât la vive repartie de M. de Bénac, et dans tout le reste du voyage, il ne fut plus parlé de religion.

Voici un autre impromptu de la même main et qui a quelque chose d'assez analogue avec le précédent; l'occasion en fut telle :

M. de Bénac ayant été vanté pour ses impromptu à un jeune abbé qui se piquoit de bel esprit, et lui en ayant montré quelques-uns par complaisance, l'abbé dit à d'autres personnes qui étoient présentes, que ces impromptu étoient faits à loisir; Bénac fit quelque autre chose sur le champ même, pour se justifier contre cette accusation, et l'abbé se retrancha à dire que c'étoit là des selles à tous chevaux; sur quoi Bénac répliqua ceci sur l'heure :

Ignorant de ce que je vaux, Et plus indigne encor de ce que je të donne, Si la selle est à tous chevaux, Pourquoi ne t'est-elle pas bonne ?

DE M. DE BÉNAC. 323

Il en fit encore tin autre sur le môme sujet, que voici :

Tu dis que mes couplets nouveaux Sont des selles à fous chevaux, Par une critique infidèle, Voilà pour toi, pauvre animal, Et tu diras que cette selle N'est faite que pour un cheval.

Je viens présentement aux morceaux de pieté que j'ai promis; ce sont trois fragments tirés d'une plus ample paraphrase du Symbole des Apôtres, dont ma mémoire ne m'a conservé que ceci :

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