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Fac-similé paniconographique de Giliot
SUR L HISTOIRE DESPAGNE DE MARIANA. &à
de Bourgogne, que l'auteur dit deuxième (XXVII, 23, 4 9). —Une troisième bévue de noire auteur, en matièregénéalogique, est au sujet de la duchesse de Bourgogne, qui tint Charles-Quint sur les fonts en l'an 1500. Mariana, parlant de ce baptême, dit en propres termes ce qui suit : « Huit jours après « cette naissance, la princesse Marguerite arriva à Gand, et elle le (Charles- « Quint) tint sur les fonts avec la duchesse Marguerite, deuxième femme « du duc Charles (1). »
Il y a là une erreur toute visible. La duchesse Marguerite n'étoit pas la deuxième femme du duc de Bourgogne, elle étoit sa troisième et dernière , et c'est ainsi que je l'ai corrigé dans la traduction ; car Charles le Hardi, dernier duc de Bourgogne, n'eut pas seulement deux femmes, il en eut trois; et, lors de la naissance de Charles-Ouint, il y avoit déjà trente-cinq ans que la deuxième femme étoit morte; et c'est de cette seconde (Isabelle de Bourbon) que Marie de Bourgogne, grand-mère de Charles-Ouint , étoit née. La première des trois femmes étoit Catherine de France, fille de Charles VIL Le latin posteriori, de Mariana, n'est guère meilleur; car. en tout cas, il faudroit dire postrema.
§ i. Sur le grand-maître de France, Charles d'Amboise , mal nommé Louis (XXIX, 07, 8). — Mariana parlant de l'entrée de Louis XII dans Milan, le premier de mai 1509, dit « que ce prince avoit pour général de ses troupes « et pour gouverneur de tout le Milanais Louis d'Amboise, etc. »
L'auteur se trompe sur ce nom de Louis, car le nom du grand -maître étoit Charles (2). Le latin, en cela, est plus juste que l'espagnol, mais cela ne diminue point la faute , vu que l'espagnol est postérieur au latin, et qu'on peut le regarder comme une correction de celui-ci.
Bévues contre /'Histoire.
De cent exemples que je pourrois alléguer sur ce quatrième article de bévues, aussi bien que je l'eusse pu faire sur les trois précédents, je me contenterai des cinq que voici :
§ 4. Sur les antipapes d'environ l'an 4177 (XI, 53, 23). — Le texte de Mariana porte ceci en propres termes : « Cette année (1177) ne fut pas seu- « lement remarquable par cet événement, savoir la prise de Cuenca, par les « infidèles, mais aussi par le bonheur dont la vertu du pape Alexandre fut « couronnée dans l'extinction du schisme qui ravageoit l'Eglise depuis si « longtemps , étant heureusement arrivé que l'antipape Innocent, succes- « seur de Victor, renonça de lui-même au pontificat. »
Ce fait est très mal exposé par l'auteur. Innocent, en tout cas, n'étoit pas successeur de Victor dans le schisme dont il est ici parlé. Alexandre n'eut proprement que trois compétiteurs : Victor IV, nommé auparavant Octavien; Pascal III, qui étoit Guy de Crème; et enfin CalixtelII, ci-
(1) [ci encore le père Chareniun n'a rien changé an texte original. (2j On lii dans la traduction du père Charenton, Charles d'Amboise.
devant érèque de Frescati, sous le nom de Jean. On ne donne ordinairement que ces (rois compétiteurs à Alexandre, et ainsi notre Innocent n'y auroit même point de lieu ; mais quelques-uns ajoutent un quatrième antipape à ces trois, lequel fut Lando, qu'on nomma Innocent III, comme si ce nombre de trois, pour le dire en passant, eût été fatal aux faux pontifes, et heureux, au contraire, aux papes légitimes, puisqu'il y en eut sept consécutifs qui portèrent ce nom sous ce nombre de trois. Ce dernier antipape est sans doute Y Innocent que Mariana veut dire, mais il Ta très mal placé.
§ 2. Sur les titres de François Ier, avant qu'il fût roi. — Mariana (XXIX, 40, 12), parlant du mariage arrêté entre François Iev, alors duc de Valois, ou, pour parler plus juste, encore comte d Angoulême, et madame Claude de France, fille du roi Louis XII, donne à ce prince les titres de duc d' Angoulême et de dauphin de France, deux fautes qui marquent une grande ignorance des particularités de notre histoire. Car, pour commencer par la dernière, jamais François Ier n'auroit pu être dauphin que par son avènement à la couronne, et on n'appelle pas cela être dauphin, cette qualité de dauphin étant absorbée par celle de roi; en tout cas, il ne l'étoit point alors. En un mot, Mariana paraît visiblement supposer que la qualité de dauphin est attachée à celle d'héritier présomptif de la couronne en général, et cela est faux. Il n'y a suivant la stipulation passée entre Philippe de Valois et le dernier dauphin llumbert, que les fils aînés de France qui soient capables de ce titre. L'autre faute des deux dont je parle, est que Mariana donne aussi à François Ier le titre de duc d Angoulême, au lieu qu'il devoit dire, ou bien comte d Angoulême, ou bien duc de Valois; car avant que Louis XII donnât la terre de Valois à ce prince, son titre étoit de comte et non pas de duc d Angoulême, et quand le même prince fut fait duc, ce fut sous le nom de Valois, qui, pour cet effet, demeura a tous ses descendants (Voyez aussi XXX, 46, 17).
§ 3. Sur le cartel que Mariana (XIV, 35, 4 et 6) attribue à Charles, ro de Naples, et qu'il fait postérieur à la levée du siège de Messine. — L'erreur qu'il peut y avoir ici est moins un effet d'ignorance, qu'un intérêt national et de parti. Quoi qu'il en puisse être, ceci demeurera pour constant, que non-seulement selon les historiens français, mais sur de très bonnes preuves qu'on en pourroit produire, le siège de Messine ne fut levé qu'après le cartel que Mariana attribue à Charles de Naples, ce qui, en effet, a bien plus d'apparence. Ce cartel aussi fut de YAragonais, et non du Français. Voici le fin de toute cette affaire. Charles, brave de sa personne, et irrité des Vêpres siciliennes, avoit assiégé Messine; il avoit de belles troupes, et il lui arrivoit incessamment de nouveaux secours; D. Pèdre appréhendoil donc le succès du siège. Pour cet effet, il s'avisa de la ruse du cartel, se doutant bien que la bravoure française ne permettroit jamais à Charles de le refuser ; et quant à lui, il ne couroit aucun risque, sachant bien de quelle manière il se tireroit d'affaire. Charles, plus courageux que prudent, donna dans le piège qui lui étoit tendu-, il leva le siège de Messine, ce que l'Ara-
SUR L'HISTOIRE d'eSPACNE DE MARIANA. 59
gouaisdemandoit; après quoi, celui-ci manque au rendez-vous, ne se présentant que lorsque le péril fut passé, et ainsi il fut le plus lin et le plus habile des deux princes, mais aussi le moins brave et le plus fourbe.
§ 4. Sur le titre du comte de Charolais (XXIII, 54, 8). — Cet exemple et le suivant sont de la même espèce que le deuxième que nous avons déjà vu au sujet des dauphins de France. Mariana, parlant de la guerre civile que le roi Louis Xlavoit avec les ducs de Berri et de Bourgogne, donne au dernier le nom de Charles, qu'il fait, parce moyen, duc de Bourgogne, ce qui n'est pas. Charles n'étoit alors que comte de Charolais, car son père, Philippe le Bon, vivoit encore lors de cette guerre, dite du Bien public, et même lors du traité de paix, qui fut celui de Conflans, passé le 5 octobre 1165. Or, Philippe le Bon ne mourut que le 5 juin 1167. Donc, lors de la tin de la guerre civile dont est question, Charles le Hardi n'étoit point encore duc de Bourgogne, mais seulement comte de Charolais.
§ 5. Sur le titre de prince de Viane (XXIV, 46, 10). — Notre auteur, parlant de Gaston, père de François Phœbus, qui fut roi de Navarre, lui donne la qualité de comte de Foix, mais mal, puisque ce prince ne la porta jamais, étant mort avant son père ; mais son litre étoit de prince de Viane, à cause de sa mère Eléonore de Navarre. S'il eût été comte de Foix, il ne faudroit pas dire Gaston (tout court), comte de Foix, mais Gaston F, comte, etc. Or, on n'a jamais dit Gaston F, mais Gaston (tout court), prince de Viane.
Bévues de blason.
De deux ou trois exemples dont il me reste une idée confuse, je ne me souviens présentement que de celui-ci.
Mariana (XI, 8, 34) donne pour armes aux comtes de Barcelone, d'or à quatre bandes de gueules-, et dans (XI, 16, 17) parlant de D. Sanche !e Sage, roi de Navarre, il dit que ce prince prit pour armes, de gueules a une bande d'or arec deux lions qui de part et d. autre la dépeçoient à l' envi, se servant dans tous ces deux endroits des termes de fascia latin et de faxa ou vanda espagnol, qui constamment veulent dire une bande et non pas un pal, quoique cependant le pal fût la principale pièce de l'un et de l'autre de ces deux écussons. Sur cela je dis que soit que du temps de Mariana les termes latins du blason ne fusseut pas encore bien tixés ou qu'il les ignorât, il paraît, quoiqu'il en soit, ici ou ailleurs, qu'il les confond ; et ce qui me fait pencher du côté de l'ignorance, c'est qu'il les confond aussi bien en espagnol qu'en latin; car fascia latin et faxa ou vanda espagnol ne veulent pas dire un pal, ils veulent dire une bande, et même fascia en latin signifie proprement une jasce en matière de blason. Pour distinguer ces termes il faîloit, à l'égard de pal, dire palus ou sublica, comme pour bande il fallait dire taenia. Il est vrai que notre auteur s'est en quelque sorte expliqué on ajoutant ad perpendiculum;
mais c'est un détour qu'il eût pu éviter en employant tout d'un coup le terme propre. Je dis à l'égard du second endroit, que j'explique encore son jascia latin et son vanda espagnol d'un pal plutôt que d'une bande, comme effectivement il a appelé les quatre pals de gueules des armes de Barcelone dans l'endroit qu'on vient de voir, vandas roxas et fascias rurras; car outre cette raison, comment entendre ici ce qu'il dit de ces deux lions de chaque côté qui se disputent cette pièce, si cette pièce étoit couchée comme une rande? Assurément il est plus vraisemblable d'entendre cette pièce d'un pal que d'une rande, puisqu'un pal étant droit et perpendiculaire, il est plus propre et convient beaucoup mieux à deux lions qui sont élevés sur leurs pattes de derrière, qu'une rande qui ne les pourroit faire supposer que couchés et renversés, et même celui de dessous, la tête en bas et les pieds en haut.
Bévues sur les noms propres.
Mariana déguise tellement la plupart des noms propres, soit d'hommes, soit de villes, etc., qu'on. ne sait le plus souvent de quoi il veut parler, et qu'il semble qu'on soit ou parmi une bande de masques ou dans quelqu'une des terres inconnues. Je me contenterai d'indiquer quelques exemples qui feront juger de tout le reste.
§ \. Sur la ville de Provins appelée Pervin (XIII, 51, 4 9). — Mariana parlant de la mort de Marguerite, mère de Thibaud, roi de Navarre, dit qu'elle arriva à Pervino, travestissant ainsi le nom de la ville de Provins, que je suis fort persuadé que bien des gens ne reconnaîtroient pas sous ce déguisement; d'autant plus que le latin qui devroit éclaircir toute cette obscurité, la laisse dans son entier, l'auteur ne se servant pas du véritable terme latin de cette ville qui est ou Provint ou Pruvini, mais conservant l'idée du Pervino qui se trouve dans l'espagnol. N. B. que ces terminaisons en ini du nom latin de cette ville, soit Provint soit Pruvini, qui constamment sont plurielles, conservent leur analogie dans le français Provins, S faisant pluriel en français, comme / le fait en latin ; analogie qui ne se trouve pas dans Pervino dont YO au contraire marque un singulier.
§ 2. Sur Millau en Rouer gue (X, 54, 5). — Mariana parlant de Gilbert comte de Provence, au commencement du chapitre de la guerre de Majorque, lui ajoute la seigneurie tfAymillan qu'il appelle en latin Aimillianum, au lieu que le véritable mot est ou bien Amilhanum ou Jmilianum, changement qui, quoique en apparence assez léger, ne laisse pas d'être assez considérable, pour empêcher qu'on ne reconnaisse là la ville de Millau en Kouergue dont il est question en cet endroit. Il est inutile d'alléguer pour excuse, ni le prétexte de chercher des terminaisons analogiques à la langue dans laquelle on écrit, ni l'exemple de M. de Thou qui de la plupart des noms propres qu'on trouve dans son histoire, a fait autant de métamorphoses; si l'on eherehe d'un côté à contenter l'oreille, il faut d'ail-
sur i/histoire d'espagne de mari an a. 61
leurs dédommager l'esprit par quelques adminicules qui le remettent sur les voies que l'intérêt de cette délicatesse lui avoit fait perdre; et c'est ce qu'on a été obligé de faire pour M. de Thou, lorsqu'on a eu le soin d'avertir par un Index mis à part (1), que son Interamnas veut dire Entragués, et que son Quadrigarius se doit entendre $ Alaln-Chartier .
§ 3. Sur le lieu de la naissance de la Pucelle d'Orléans (XX, 84, 7). — Mariana appelle Saint-Remi le village où étoit née la Pucelle qui délivra la France sous le règne de Charles PII, au lieu qu'il devoit dire Dam- Rémi; et c'est une faute visible de cet auteur qui n'a pas bien su une particularité que je tacherai de mettre ici dans tout son jour. Il faut savoir sur ce sujet qu'autrefois on disoit en France Dam au masculin, comme on dit encore Dame au féminin, pour dire Dominus et Domina (Monsieur et Madame). Ce Dam s'écrivoit Damp par quelques ignorants en orthographe, d'où vient qu'on dit encore Damp-martin ; quelquefois aussi on disoit Dom et Don, d'où viennent Domfront et Doncheri; et ces Dom, Don, Dam et Damp, dont les deux premiers sont encore usités en Espagne, vouloient dire 1° seigneur, et ensuite chevalier, après quoi le Dom passa jusqu'aux religieux, comme encore aujourd'hui les Chartreux\e retiennent en France, où avec les Feuillants et les Bénédictins, ils sont les seuls du royaume, chez qui il soit en usage. Il ne faut pas s'arrêter sur ce qu'en latin Dam-Remij s'appelle Damnnm Remigii, car cela ne s'est dit que par corruption pour Dominium Remigii ; d'où vient que quelques-uns disent Dom-rémi et non pas Dam-rémi.
§ 4. Sur la ville de Tauris, en Perse. — Mariana parlant de la ville de Tauris en Perse, l'appelle en espagnol Tarvisio, ce qui (par rapport à sa coutume de suivre souvent les dénominations latines en espagnolisant les noms propres des lieux étrangers dont il traite) fait une trop grande équivoque, ou avec la ville de Trévigio, capitale de la Marche-Trévisane en Italie, puisque cette ville s'appelle en latin Tarvisium; ou avec 'Parvis capitale de Moldavie, vu la grande ressemblance de ces deux noms; au lieu que le nom latin de Tauris étant Taurèsium, il devoit dire Taurésio.
§5. Sur les noms propres d'hommes et de femmes (XVII, 41, 48,20 et 26 ; et XX, 84, 8). Voyez aussi XVIII, 18, 1, 5 et 11. — Pour ne pas conduire tout ceci à une plus grande longueur, les noms de Glakin pour dire le connétable du Guesclin; de Labrit pour dire le Seigneur RAlbret, et de Durci pour dire la pucelle Jeanne d'Arc; des Biamontais et Agramontais pour les Beaumont et les Grammont; sans parler de Carbolayo pour Hugues de Caurelée; sont des déguisements si incommodes, que je ne suis par surpris qu'un des traducteurs dont j'ai parlé au commencement
(1) Cet Index est de M. du Pu;/, prieur de Saint-Sauveur; et il fut impiïmé sous le nom de Pierre Bessiu, qui étoit un valet de chambre du président de Th. m. \Note de V auteur. \
8â REMARQUES CRITIQUES
de celte dissertation, eût t'ait, à tous ces égards,, d'aussi grandes bévues que celles dont j'ai connaissance.
Je pourrois faire un grand article des contradictions de Mariana; niais comme cela me mèneroit trop loin, je me contenterai d'en donner cet exemple entre plusieurs autres. Au XVIIIe livre, page 25, ligne 13, l'espagnol et le latin ne s'accordent point sur le lieu d'une seconde revue qui se lit en l'année 1582. L'espagnol dit que ce fut à Simancas, qui selon l'indice d'évaluation publié par notre auteur est le latin Septimancx et non pas Sentica. Le latin cependant dit Sentica, qui selon le même indice est Zamora, et non pas Simancas. Je tiens pour l'espagnol Simancas à cause de la double analogie qui s'y trouve, savoir la syllabe man qui est commune à Se-ptiMKHcM et à àïMANcas, et des terminaisons ce et cas qui sont également deux pluriels, les x latins se tournant d'ordinaire par as en espagnol, comme DominM, Duenks-, OIçjl, las Huelgh*\ Fossje Mariant, Jgicxs Muertxs, et ainsi Sepiimaticm, Simancxs. La même contradiction avoit déjà paru à la page 23, ligne 28. Mais il suffira de voir la chose dans l'endroit même sans s'en embarrasser davantage ici.
N. B. Remarquez sur le Glakin de ci -dessus, que depuis ceci écrit, j'ai trouvé dans le fila Pétri Mtodii de M. Ménage, page 118, ligne 17, que le nom du connétable du Guesclin se trouve écrit de quatorze manières différentes, entre lesquelles celle de Glaquin ne se trouve pas, du moins, par rapport à l'orthographe ; l'espagnol de Mariana dit Claquin, son latin dit Clakinus, et ces deux seroient ainsi une quinzième manière dont M. Ménage ne se seroit pas souvenu dans sa curieuse énuméralion ; mais M. Ménage ne parloit que de ce qui se trouvoit en français, et ceci est espagnol et latin.
Remarquez pareillement au sujet du Labrit pour Albrei que ce mot pourroit être justifié par la considération qu'autrefois et dans les plus anciens auteurs qui parlent de cette illustre maison, le nom de Labrit est celui que portoient ces seigneurs ; mais on n'est pas pour cela moins en droit de reprendre Mariana d'avoir employé une dénomination si cachée dans les ténèbres de l'antiquité, puisque lorsqu'il écrivoit, cette maison ne s'appeloit plus ainsi, et que dès ce temps-là peu de gens avoient connaissance de cette distinction. Au reste, depuis (pareillement) ceci écrit, j'ai appris de quelques Béarnais, que dans leur pays, en parlant de la terre d'Jlbret, on prononce aussi communément le Lebrit ou le Lebret que YAlbret, prononciation fondée sur ce que ce pays est ainsi nommé, comme qui diroit le pays des lièvres, parce qu'il abonde en ces sortes d'animaux, et qu'en patois du pays on les appelle des lébrès; mais cette seule raison que cela n'est usité qu'en patois, suffit pour condamner Mariana qui n'a pas dû écrire en patois.
Au reste, si après toutes les difficultés que j'ai touchées ci-dessus, je voulois pousser la critique jusqu'à quelques autres accusations qu'on pourroit légitimement faire à Mariana, nonobstant les éloges par lesquels je lui ai
sur l'histoire d'espaskê de mari an a. 63
fait justice ù d'autres égards, que n'aurois-je point à dire sur l'excès de prévention qu'il y a lieu de lui reprocher en quelques endroits de son histoire, et dont il ne faut point chercher d'autres preuves que la manière insultante dont il traite les pauvres Vaudois (XII, 1, 2 et 3), contre le témoignage authentique de l'histoire universelle dans des sources qui sont à l'abri de tout soupçon ; et un pire outrage qu'il fait avec encore plus d'injustice, à la mémoire du célèbre M. de ïhou (I) dont la vertu et le grand mérite que cet illustre historien s'est acquis auprès de tous les savants, sont en bonne odeur par toute l'Europe? Mais je dois prendre garde à ne pas tomber dans le même défaut que je reproche à mon auteur; il ne faut point troubler le repos des morts, et le même tombeau qui conserve leurs cendres doit servir d'asile à leur réputation.
Comme depuis assez longtemps je me suis fait une espèce de loi de ne rien publier de mes écrits sans l'avoir soumis à l'examen des plus habiles de mes amis, je ne manquai pas dès que j'eus dressé cette dissertation de la communiquer aux principaux d'entre eux, qui, selon que je les en avois instamment priés, m'y firent quelques remarques dont deux ou trois m' ayant convaincu de leur justesse, je lis quelques petits changements à ces sortes d'endroits, mais qui n'alloient pas à une vingtaine de mots par-ci par-là, et à quelques suppressions d'articles qui étoient également et fort peu essentiels à ma matière, et d'ailleurs en très petit nombre. Deux ou trois de ces messieurs me firent leurs observations ou de bouche seulement et dans le tête-à-tête, ou sur de simples morceaux de papier volant, c'est-à-dire tout cela sans aucune réponse en forme qui puisse être produite ici. Mais il y en eut deux qui m'honorèrent de lettres assez amples, pour ne pouvoir pas me dispenser d'en régaler les lecteurs, à cause du profit qu'ils en pourront tirer; de si judicieuses et si savantes critiques ne pouvant jamais manquer de plaire aux personnes de bon sens et de bon goût. Feu M. de La Devèze fut le premier des deux illustres amis dont je parle à qui je communiquai ma disscrta-
(1) Supplément, page 102; ligne 2o.