II. — m. Chevreau
Quoique je n'aie pas eu l'occasion d'aucunes liaisons fort étroites avec feu M. Chevreau, il est très vrai néanmoins que dès plus de vingt-cinq ans avant que lui et moi nous nous vissions, il y avoit dans mon esprit de très grandes dispositions à une forte estime pour lui. Ses premiers ouvrages, comme par exemple : son Tableau de la Fortune, et sa traduction des Considérations fortuites de Joseph Huit, m' avoient inspiré ces sentiments-là, et autour de ce même temps, savoir en l'année 1655, il étoit arrivé par je ne sais quel hasard que les brouillons manuscrits de ses petits opuscules traduits du Testi, du Camoens, etc., m' étoient tombés entre les mains sans que son nom y parût, nique je susse de quelle main étoient ces écrits. Je fus charmé de la naïve beauté de ces petites pièces, ce qui augmenta mon estime pour M. Chevreau, quand en l'année 1663 je vins à connaître par la toute récente impression de ces pièces, qu'elles étoient de lui. Je ne saurois, à mon avis, donner une idée plus naïve du mérite de ces petits ouvrages que par l'exemple d'un seul que j'ai dessein de rapporter ici, ce que je fais d'autant plus volontiers que l'édition dont je parle a été absorbée, et qu'on n'en a pas, que je sache, refait une seconde. Cet exemple roule sur le malheur qu'eut une jeune beauté de la connaissance du Testi, de se noyer dans une fontaine. Voici comme ce fameux poëte traita en sa langue ce tragique sujet :
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