IV. — m. Méiiage seul
Je viens à ce qui ne regarde que M. Ménage seul, mais par rapport aux relations que je continuai d'avoir avec lui ; elles furent bientôt renouvelées après ma transplantation en ces bienheureuses provinces, par un petit service que je pris occasion de rendre à M. Ménage, sans pourtant lui en rien dire , mais qu'il apprit bientôt d'ailleurs, ce qui l'obligea à m1 écrire le premier pour m'en faire son remercîment. Voici quelle fut l'occasion et la nature de ce petit office :
M. Ménage se voyant indignement traité par les outrageantes attaques du sieur Baillet, qu'il ne connaissoit cependant ni de nom ni de vue, et avec qui il n' avoit jamais rien eu à démêler, se crut obligé de repousser les injures de ce malhonnête adversaire, que par bonheur pour son dessein il trouvoit lui donner mille matières de terribles critiques sur ses perpétuelles marques d'ignorance. Mais comme cet antagoniste avoit la faveur de M. l'avocat général Lamoignon, dont il étoit bibliothécaire, et de plus précepteur de son fils, M. Ménage non-seulement trouva de grands obstacles à l'impression de
DE (( l/ANTl-BAIU.ET » DE MENAGE» 117
son livre, mais se vit enfin réduit à se contenter d'une édition en pays étranger; et comme il avoit quelque commerce avec feu 31. Basnage de Beau val, passé depuis peu en Hollande, il lui envoya son manuscrit, dont il lui recommandoit fort la correction; mais comme ce confident, sur les soins de qui il se reposoit, ne put pas, à cause de ses occupations particulières, donner à l'acquit de cette commission toute l'exactitude à quoi M. Ménage s'attendoit , je fus sondé par ledit sieur de Beau val pour savoir si je voudrois bien le soulager dans son embarras, et je m'y offris assez aisément sans en rien communiquer à M. Ménage, à qui j'étois bien aise de trouver occasion de faire plaisir ; et comme il fut bientôt informé de mon obligeante offre, il me fit l'honneur de m'écrire le premier pour m'en faire ses remercîments, et voici deux extraits de ce que je reçus de lui sur ce sujet, auxquels je me bornerai parce que tout le reste de ce que contenoient ces deux premières lettres ne pourroient être que hors d'œuvre par rapport à la satisfaction des lecteurs.
Extrait de la première lettre de M. Ménageait siextr /?...
« Monsieur,
« Ayant appris de M. Basnage la peine que vous voulez bien « prendre de corriger les épreuves de mon Anti^Baillet, je « prends la liberté de vous écrire pour vous en témoigner mon « extrême reconnaissance, pour vous en faire mes très humbles « remercîments, et pour vous dire que, de mon côté, je vous « en rendrai dans toutes les occasions tout le service dont je
« serai capable Il ne me reste, Monsieur, qu'à vous de-
« mander votre amitié, en vous protestant que j'ai pour vous « toute l'estime et toute la considération que vous méritez, et « que je serai toute ma vie et de toute ma passion, Monsieur, « votre très humble et très obéissant serviteur,
« MÉISAGE.
« A Paris, le 18 juillet 1688. »