‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 73 sur 174 · TRADUITE DU LATIN DE M. MENAGE · texte numérisé non relu

TRADUITE DU LATIN DE M. MENAGE

Gargilius Mamurra, dit le Pédant-Parasite, naquit à Péda, dans le pays latin. On ne sait pas bien qui fut son père. 11 y a des gens qui croient que ce fut Bïbère-Méron; d'autres que ce fut Mafc-Edace ; quelques-uns Manlius Opsonius; d'autres, enfin, Lucius Vulturius Capilo, ouïe Vautour et le Têtu. Cherche maintenant qui voudra quel fut le père du roi Ancus, et quelle étoit la mère de Servius. Qu'on déterre ainsi, chacun à sa manière, d'autres origines cachées dans les ténèbres des temps les plus reculés, ceci toujours demeurera pour constant que le père de Gargilius nous est inconnu, Gargilius, dis-je, qu'il n'y a présentement aucun de nous qui ne connaisse et qui n'ait pratiqué. Il n'est pas moins vrai qu'il eut pour mère une nommée La Mâchoire, femme à la vérité très peu accommodée des biens de fortune, mais qui étoit d'une ancienne et grande famille fort célèbre, surtout parmi les gens de théâtre. Cette bonne dame étant grosse, et ayant songé qu'elle mettoit au monde un enfant tout semblable à une écrevisse, c'est-à-dire, qui marchoit avec les dents, et dont tout le corps n'étoit que ventre et yeux, de quelque côté qu'on le regardât , accoucha effectivement le lendemain , dans la cuisine, sous le signe du Cancer, et aussitôt des mouches se vinrent placer dans la bouche de ce bel enfant. Les interprètes des songes et autres devins consultés là-dessus, répondirent tout d'une voix qu'il seroit un jour un grand parasite, il fut nourri du lait d'une chienne, chez la Sans-Pudeur, et passa son enfance dans le sein de sa mère, qui, après cela, le fit instruire dans toutes les connaissances propres à la jeunesse.

A peine Mamurra avoit-il atteint l'Age de douze ans, qu'ayant perdu sa mère, il se rendit à Bourdeaux, où les jésuites le reçurent dans le collège qu'ils tenoient là avec beaucoup de réputation. Mais comme il ne lui étoit échu de la succession de sa mère que fort peu de bien, ou plutôt point du tout, de même qu'autrefois Cléante, s'étant mis à louage, s'occupoit la nuit à puiser de l'eau, à arroser un petit jardin, et à bluter de la farine, afin de pouvoir donner tout le jour suivant à ses études sous Zenon ; et que Piaule, prince de la comédie latine, pour gagner sa vie, tournoit la meule à la journée chez un boulanger; lui, tout de même, afin de gagner de quoi s'entre-

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