DE GARGIL1US MAMURRA
sa vie de dîner en ville (Lucianus in Macr.); et il altribuoit à cette frugalité le bonheur d'une aussi longue vie que la sienne. Effectivement, il alla jusqu'aux 107 ans complets; mais Mamurra, au contraire, n'étoit pas plus aise que quand il mangeoit ailleurs que chez lui, et, s'il eût été réduit à faire autrement, il disoit qu'il n'auroit pas vécu deux jours.
Mais, enfin, Mamurra nous fut enlevé tout d'un coup; mais ayant encore cette destinée commune avec de très grands hommes, d'être mort entre les plats et les pots, ainsi que Platon, Chrysippe et Arcésilas.Et, puisque nous sommes tombés sur cet article, il ne faut pas dérober à ceux qui viendront après nous,
Encor qu'au souvenir ce coup soit effroyable, [Enéide, II, 12.)
les particularités d'un accident aussi merveilleux que funeste et tragique. Je dirai donc que, comme les cuillers dont on a coutume de se servir dans les plus grands festins lui paraissoient de beaucoup trop petites, il en lit faire une fort grande pour lui en particulier, qui, afin d'être portée plus commodément, s'emboîtoit entre bassin et manche, par le moyen d'une vis et. d'un écrou. Or, il arriva que le jour que ce rare homme finit ses courses parasitiques, étant à table, vis-à-vis d'une bisque excellente, et en ayant enlevé une bonne lippée; soit que l'emboîtement se fût relâché de luimême sans qu'il s'en aperçût, à cause de sa trop grande hâte; soit que les deux pièces de l'assemblage eussent été toutes délabrées par le trop fréquent service qu'elles lui avoient rendu, il avala avec la lippée de soupe tout le bassin de la cuiller, qui étoit venu à se séparer par l'effort de la main, et ainsi s'étrangla tout d'un coup, sans donner d'autre signe de vie dans ces derniers abois,
. . d'abandonner Argos.
Que le cuisant regret , . . . , , . ,/,,., v „nn .
D de laisser tant de plats. [Enéide, X, 782.)
11 fut fort regretté delà plupart de ceux qui le connaissoient, à cause du divertissement qu'il leur donnoit par toutes ses plaisanteries; mais il le fut principalement de tous ses disciples, ce qui parut bien par les magnifiques obsèques qu'ils lui firent. Le poêle qui couvroit le corps du défunt étoit environné de guirlandes, de tasses bosselées, de brocs dont les anses étoient à demi rompues et de plats vides encore tout dégouttants. Tous les parasites en général, tant de la ville que des environs, accompagnoient les deux côtés du brancart, élant précédés par tous les candidats de la profession qu'il avoit embrassée, portant tous les enseignes de ce digne art ; et le convoi étoit fermé par les traiteurs, par les vendeurs de marée, par les rôtisseurs, cuisiniers, poulaillers, pâtissiers, poissonniers, boulangers, jardiniers, fromagers, confituriers et cabaretiers. Cette lugubre cérémonie ayant cessé, M. Lurconius de la Mouche prononça aussitôt l'oraison funèbre, qu'à cause de sa longueur nous ne mettrons point ici, mais dans laquelle les plus beaux traits qu'on peut dire ne furent pas épargnés. Il fut enterré dans la
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place Maubert, entre la Boucherie et le Marché au poisson, et voici l'épilaplie qu'on mit sur sa tombe, qui est la même qu'il avoit dressée de sa propre main, lorsqu'il étoit encore parmi nous; on la grava en lettres d'or sur un grand marbre, comme une pièce qui méritoit d'être lue, non seulement là, mais partout: