CONTENANT PRINCIPALEMENT MES OPUSCULES ET QUELQUES SUPPLÉMENTS
Le marquis de Langey.
Comme en deux ou trois endroits différents de ces Mémoires j'ai eu occasion de parler du marquis de Langey, et que j'ai bien d'autres particularités plus importantes à dire de ce vénérable seigneur, je ne crois pas pouvoir entamer plus dignement cette dernière partie des présents Mémoires, que par un article qui, préférablement à toute autre chose, soit consacré aux particularités dont je viens de faire mention, et qui sont d'autant plus curieuses, que je les sais d'original, à cause de l'honneur que cet illustre marquis m'a toujours fait, depuis plus de cinquante-cinq ans, de vouloir bien descendre jusqu'à moi, et de me favoriser des plus étroites marques d'une véritable confidence, et, si je l'ose dire, d'une sincère amitié.
Je commencerai par ce qui regarde le pins éclatant, à mon avis, de la véritable noblesse dont je parle.
René de Cordouan, marquis de Langey (1) et seigneur de Mimbré (2), Téligny, La Roche et autres lieux, est sans doute du côté paternel, d'une maison très noble (3) et très considérable; et par les femmes, c'est-à-dire du côté maternel, il descend premièrement de cette illustre maison de Bellay (4), dont quatre frères, tout à la fois, se distinguèrent d'une façon toute glorieuse sous le règne du grand roi François Ier. En second lieu, de celle de Lavardin (5), et en troisième, d'une autre maison, que je tiens encore plus illustre que ces deux-là, savoir de celle du fameux La Noue Bras de Fer (6), dont le seul nom fait le plus grand éloge dont les hommes les plus vains se puissent glorifier.
Le marquis de Langey naquit le 27 janvier 1628, et ayant, dans les premières années de sa jeunesse, passé par tous les degrés d'exercice convenables à sa naissance, il se distingua de bonne heure dans le métier des armes ; ayant, entre autres, glorieusement servi le roi dans ses armées, premièrement en qualité de volontaire, sous le grand prince de Condé, lors
(1) Voir sa généalogie à la fin de l'ouvrage. \Note du fils de l'auteur.] Histoire du marquis de Langey.
(2) Mimbré est dans le Maine, marquisat à trois lieues d'Alençon, tirant vers le Mans, dont il est éloigné d'environ sept lieues. [Note de l'auteur.]
(3) Jacques de Cordouan étoit chevalier de l'ordre du roi sous François Ier, et premier gentilhomme de la chambre de Louis XII. Guillaume, son petit-tîls, marquis de Langey, premier gentilhomme de la chambre de Henri IV,, étoit lieutenantgénéral de ses armées, et Jacques, son fils, qui avoit le régiment de Champagne, est descendu de l'autre seigneur de Mimbré, tué à la journée de Bordeaux. Voyez de Serra, Histoire de France. (Note en marge du manuscrit, d'une troisième main.)
(4) Savoir par Catherine, fille de Martin du Bellay, si fameux par ses Mémoires, roi d'Yvetot, et frère du cardinal. [Note de l'auteur.]
(5) Savoir, par Elizabeth, fille de Charles de Beaumanoir, marquis de Lavardin, chevalier des ordres du roi, gouverneur de la province du Maine et père du maréchal de Lavardin. [Note de l'auteur.]
(6) Savoir, par Anne de la Noue-Téligny, petite-fille de François, dit Bras de Fer, qui eut le brevet de maréchal de France. [Note de l'auteur.]
Mém. deJ. Rôti t. ii, p. 1C8.