‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 81 sur 174 · RENÉ DE CORDOUAN, MARQUIS DE LANGEY · texte numérisé non relu

RENÉ DE CORDOUAN, MARQUIS DE LANGEY

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de la bataille de Lens, en 1648, puis sous le vicomte de Turenne, auquel temps il obtint son premier régiment; après cela sous le comte d'Harcourt, puis en Catalogne, sous le prince de

Conti (en 1655), et, enfin, dans la campagne de , en

1656 (ou 1657), où il fut fait le plus ancien colonel de la cavalerie étrangère.

Peu d'années avant cette dernière campagne du marquis de Langey (et c'est-à-dire en l'année 1653), le seigneur de Mimbré, son père, à la faveur des grands biens qui, de deux ou trois endroits différents, dévoient tomber sur sa seule tête, comme étant fils unique, et héritier de plusieurs riches successions , songea de bonne heure à lui en procurer encore de plus grandes par un mariage des plus avantageux qui se trouvassent alors être de sa compétence, savoir avec la belle et jeune Marie de Saint-Simon , marquise de Courtaumer, riche et unique héritière aussi de son côté de plusieurs grands biens , et qui alloient à plus de 30,000 livres de rente , de sorte que cela joint à une plus grande somme qui pareillement le regardoit encore de son estoc, il se voyoit comme maître de 70,000 livres de revenu. On ne pouvoit pas voir un plus glorieux assortiment que celui de ce beau couple ; car si la marquise de Courtaumer étoit belle et parfaitement bien faite , le marquis de Langey étoit l'homme du royaume de la plus belle apparence, et pour la riche taille, et pour la beauté maie du corps , et pour la délicatesse de l'esprit , toutes particularités que je ne marque avec tant de précision qu'à cause des tristes suites dont les agréables fleurs de ces commencements, en apparence si heureux, ont à la fin été flétries, et dont je parlerai plus amplement ci-après.

(1) L'auteur entre ici dans de longs développements que nous renvoyons à la feuille supplémentaire, comme nous avons fait précédemment (t. I, p. 190 et cidessus, p. 95 et 146).

Le marquis toujours circonspect dans sa conduite, avoit eu la discrétion de laisser faire le premier pas, en fait de remariage, à celle qui l'avoit si indignement abandonné, et cela pour la mettre dans le tort à tous égards ; et ce ne fut qu'après l'avoir vue convoler la première à de secondes noces, qu'il pensa aussi aux siennes de pareil nombre ; et même, avant cela, il étoit allé faire un fort court voyage à Saumur, pour y voir, et l'illustre madame la marquise de la Muce (1), aïeule du marquis de Vérac, et le marquis de Yérac lui-même, époux, soit devant cela, soit depuis, de mademoiselle Le Coq, sœur de M. Le Coq d'aujourd'hui.

Ce voyage étoit afin de conférer aimablement avec eux et avec tout le reste de cette parenté, de tous les intérêts qu'il y avoit à démêler entre lui et sa femme de ci-devant. En un mot, ce ne fut qu'après le retour de ce voyage de Saumur, qu'il conclut finalement son nouveau mariage.

Si les étroites bornes d'un Journal comme celui-ci pouvoient souifrir une histoire plus entière et plus circonstanciée de tout ce qui regarde le marquis de Langey, ce seroit ici le lieu de parler de toutes les procédures de Palais dont on le persécuta pour lui faire rendre compte de toute la gestion qu'il avoit faite, pendant la subsistance de son premier mariage, des biens de la marquise de Courtaumer; mais comme ce détail seroit trop ennuyeux, je me contenterai de dire, qu'on ne ménagea le marquis dans quoi que ce soit, et qu'il souffrit beaucoup, jusqu'à être réduit à de très grandes incommodités par cette violente persécution (2). Enfin, la marquise de Boisse, après fort peu d'années de mariage avec son dernier mari, fut attaquée d'une

(1) On l'appeloit communément et par singularité la grand'mère a 22 ans, parce qu'elle n'avoit que cet âge lors de la naissance de son petit-fils, le marquis de Vérac, marié à mademoiselle Le Coq. Elle portoit, aussi bien que la mère du marquis de Langey, le nom cVAnne de la Noue, étant également toutes deux petites-filles du fameux La Noue Bras de Fer. [Note de l'auteur. ]

(2) Par un arrêt du ... septembre 1675, contenant la liquidation de toutes les sommes particulières de la gestion du marquis de Langey, il fut jugé redevable de 2 à 300,000 livres. [Note de l'auteur.}

maladie qui ne finit que par une assez prompte mort, sans avoir eu le temps de goûter les douceurs de cette couronne ducale dont elle s'étoit si fort entêtée, et qui l'avoit portée à une aussi étrange entreprise que celle dont on a vu de si tristes effets (1). Dans cet état qui cause d'admirables révolutions dans les cœurs de tous ceux à qui Dieu ne veut pas refuser miséricorde, elle eut un véritable remords de tout le mal qu'elle avoit fait au marquis de Langey, son premier mari; elle reconnut son péché, et l'avoua hautement avec tous les regrets qu'on sauroit s'imaginer. On lui avoit donné pour avocat et pour conseil dans les soins de son procès, le fameux Jacques Caillard, qui, par son habileté extraordinaire, s'étoit acquis un crédit dans le parlement auquel nul homme de sa profession n'étoit jamais parvenu, jusque-là que toute la cour, présidents et conseillers, s'en reconnaissoient comme mis par lui dans des entraves par l'ascendant que, pied à pied, ils lui avoient laissé prendre sur eux, et au sujet de quoi ils disoient aussi qu'il n'auroit jamais de successeur dans cet extraordinaire crédit (2).

Ce fameux avocat donc, avoit été donné, comme j'ai dit, à la marquise de Boisse, et il avoit embrassé ses intérêts avec la dernière chaleur. Mais cette dame, sentant que sa dernière heure approchoit, lui manda de la venir voir incessamment pour ce qui la regardoit dans les affaires de cette vie, comme

(1) L'aîné de ses enfants, quelques années après sa naissance, devint marquis de Boisse, par la succession de son père au duché de la Force, et il épousa sa cousine, fille aînée du marquis de Saint-Simon, mariage par lequel ils se trouvent encore aujourd'hui réciproquement marquis et marquise de Gourtaumer, parce qu'encore que le premier de ces deux jeunes époux fût véritable héritier de ce marquisat, à cause de sa mère, le père néanmoins de la jeune épouse, aussitôt après la mort de sa nièce de Boisse, avoit pris le titre de marquis de Gourtaumer. [Note de l'auteur.]

(2) J'ai vu plus de vingt fois, en l'allant solliciter pour mes propres affaires, des trois et quatre carrosses de présidents et conseillers étendus dedans tout de leur long, et attendant, au cœur de l'hiver, dès les sept heures du matin, que sa porte s'ouvrît, ce qui ne se faisoit tout au plus tôt qu'à huit heures, et tout cela pour le consulter sur leurs affaires particulières. [Note de l'auteur.]

d'autre côté elle avoit fait faire à M. Daillé (1), l'un de ses pasteurs, à peu près la même prière, pour ce qui concernoit les affaires du salut. Le premier de ces deux messieurs à qui elle parla, fut le sieur Gaillard, afin que les intérêts mondains, comme les moindres, étant les premiers expédiés, elle se pût donner tout entière à ceux du ciel, comme les principaux. Elle dit donc au sieur Gaillard que Dieu lui ayant fait la grâce de changer entièrement son cœur, elle reconnaissoit le péché qu'elle avoit commis et contre Dieu et contre le marquis de Langey, son premier mari, et qui n'avoit pu cesser de l'être, nonobstant toutes ses injustes poursuites contre lui; qu'elle lui recommandoit, sur toutes choses, de lui rendre une justice entière et de mettre ordre à ce qu'il ne pût être lésé en rien. Après cela, elle se tourna vers M. Daillé, entre les mains de qui elle demanda encore une fois pardon à Dieu de tous ses péchés, et principalement du grand qu'elle avoit commis contre le marquis de Langey, à qui elle le conjuroit instamment d'aller rendre visite pour lui être témoin et de sa sincère repentance et des fortes recommandations qu'il lui avoit vu faire au sieur Gaillard de lui rendre toute sorte de justice.

Ge fut là le dernier acte de la vie de Marie de Saint-Simon, marquise de Courtamner et Boisse; elle ne passa pas deux jours après la déclaration de dernière volonté qu'on vient de voir (2); mais cette déclaration n'eut pas à beaucoup près tout l'effet que la mourante avoit désiré. Quelque réputation de droiture et d'équité que le sieur Caillard eût acquise pendant tout le cours de sa vie, les adversaires du marquis de Langey surent si bien le tourner du côté de leur intérêt, qu'on ne lui rendit rien moins que la justice tant recommandée par la défunte ; et c'est

(1) Le célèbre Jean Daillé, un des pasteurs de l'Eglise réformée de Gharenton. (Voyez Haag, France protestante.)

(2) Elle mourut en 1670, à L'hôtel de Hollande, célèbre auberge sur le quai Manquais, proche le collège des Quatre-Nations, dans le même appartement où mourut peu après le landgrave de Hesse, Guillaume, le 1er novembre 1070. [Note de l'auteur.]

proprement ce qui lit ce grand désordre des affaires du marquis de Langey, dont nous ayons parlé ci-dessus. Il se retira tantôt dans Tune de ses terres, tantôt dans l'autre, et principalement dans celle de la Roche (à une lieu de Chàteaudun), où sa grand'mère, madame de Téligny, étant morte depuis peu, il en étoit entré par là en possession, d'autant plus qu'il y espéroit trouver, dans quelque cache souterraine, des trésors que tout le monde estimoit devoir être comme infinis, parce que cette dame ayant, outre de considérables sommes ramassées depuis longtemps, plus de 15,000 liv. de rente, dont très assurément elle ne dépensoitpasparan 400 écus, tous ces domestiques disoient qu'elle enterroit tout cela à mesure des payements qui lui étoient faits, tant par ses fermiers que par tous les autres engagistes qui manioientson bien.

Le marquis de Langey donc s'enferma pendant longtemps dans un grand enclos qu'il avoit fait faire autour du château de la Roche, et à l'aide de gens affidés fit déterrer et fouiller partout, mais enfin abandonna toutes ces recherches, sans avoir jamais pu trouver rien de ce dont il s' étoit flatté si fort. L'on a cru qu'une vieille confidente de la bonne dame défunte, laquelle devoit avoir la principale connaissance de toutes les niches et cachettes de sa maîtresse, les avoit vidées avant que le marquis put venir à la Roche ; mais tout cela n'est que soupçon, sur quoi il y a d'autant moins de fondement à faire, qu'il n'a jamais paru que cette domestique, depuis sa retraite, ait fait plus grande piaffe dans le monde, mais qu'au contraire elle est morte dans sa médiocrité ordinaire.

Le marquis cependant venoit de temps en temps faire des courses à Paris pour les procès qu'on continuoit incessamment de lui faire, et jamais il n'y venoit qu'il ne me fît l'honneur de m'en avertir, afin que j'allasse au-devant de lui avec un carrosse jusqu'à Montrouge (1), d'où il renvoyoit son équipage

(1) Montrouge est à une lieue de Paris, sur le chemin de Bourg-la-Reine. [Note de l'auteur .1

chez lui, et montant tous deux dans celui que je lui avois amené, nous nous en retournions souper à Paris.

Ce fut à l'un des derniers de ces voyages qu'ayant depuis quelque temps et dans le loisir de sa retraite, autant que peuvent s'appeler loisir les occupations dont on le traversoit incessamment, travaillé à deux ouvrages, l'un touchant le métier de la guerre, l'autre sur l'abrègement de la chicane, où on ne Favoit rendu que trop intelligent, et sur lesquels ouvrages il m'avoit souvent fait l'honneur de me consulter pour ce qu'on appelle le mettre en œuvre en fait de compositions ; il me pria (quoiqu'il fût parent de feu madame de Montausier, et très estimé du duc, son mari) ; il me pria, dis-je, voyant le grand crédit que j'avois auprès de M. le duc de Montausier, de présenter à cet illustre seigneur ses écrits , afin de soumettre ces deux ouvrages à son jugement, et voir ensuite ce qu'on en pourroit faire, tant auprès du roi, qui depuis peu s'étoit fait une grande aifaire de ses deux codes, qu'auprès de monseigneur le Dauphin à qui ces autres instructions militaires pouvoient être utiles. Le marquis de Langey eut d'autant plus lieu de se promettre un heureux succès de son entreprise , que M. Conrart, dont je lui avois procuré la connaissance, avoit donné un fort grand applaudissement aux deux ouvrages dont je viens de parler et dont j'avois fait la lecture devant lui. Nous allâmes donc ensemble à Saint-Germain pour voir M. le duc de Montausier, de qui j'avois obtenus la permission de cette visite. Je lui fis la lecture des principaux endroits de nos deux pièces , après un exposé préalable de tous les deux plans. Comme généralement parlant non-seulement l'assiette d'esprit de différentes personnes produit des envisagements fort divers , mais que même une seule et même personne se trouve quelquefois en des situations d'esprit tout à fait différentes , il arriva que M. de Montausier, dont tout le monde sait que l'humeur étoit des plus singulières, ne trouva pas la première de ces deux pièces, quoiqu'il l'estimât en état d'être par lui produite et

recommandée à Sa Majesté, qu'il se doutoit pouvoir bien ne la pas regarder du même œil que lui. M. de Montausier se contenta donc de donner beaucoup de louanges au marquis, mais en continuant toujours de battre la retraite. Ce résultat chagrina sans doute le marquis , quoique je tâchasse de lui représenter qu'il portoit sa vue trop à gauche.

Etant dès le même jour retournés ensemble à Paris , nous allâmes le lendemain faire nos condoléances à M. Conrart, qui aussitôt nous marqua son étonnement, et deux jours après s'en expliqua plus particulièrement par une lettre qu'il jugea à propos d'écrire au marquis sur l'article. Voici quelle étoit cette lettre, mais en forme de billet, parce que M. Conrart, pour certaines railôns, dans lesquelles je n'entre point, n'écrivoit guère de&lettres dans toutes les formes.

A Monsieur le marquis de Langetj.

« 3 octobre 1673.

« On réitère volontiers, Monsieur, les remèdes dont on s'est « bien trouvé une fois. J'ai donc reçu avec joie et avec respect « celui que vous m'avez fait l'honneur de m' envoyer, et comme « il a trouvé ma tête moins ébranlée qu'elle ne l' étoit quand « vous m'envoyâtes le premier, je ne doute pas qu'il ne la raf- « fermisse entièrement. Je n'ose toutefois me promettre qu'elle « le soit assez dès aujourd'hui pour répondre juste à une chose « fort délicate que j'ai lue dans votre lettre ; car quelque parti « que je prenne, je ne puis m' empêcher d'offenser en quelque « sorte une personne de grande qualité, de rare mérite, et pour « qui j'ai une extrême vénération. Comment donc me sauverai- « je, Monsieur, entre ces deux précipices? Je ne saurois chan- « ger d'avis sur ce qui vous regarde, non pas tant de peur de « me faire tort, en paraissant inconstant, que de peur de vous « en faire, en jugeant moins favorablement de vous que je ne « devrois. Je ne puis aussi condamner le jugement d'un des « hommes du royaume qui en a le plus, et qui m'a donné sujet

« de l'admirer tant de fois. Pour me tirer de cet embarras, voici « ce que j'ai résolu de faire, si vous le trouvez bon; je ne blâ- « meraini le marquis, ni le duc, ni l'ouvrage, ni celui qui en a « jugé avec précipitation; mais je blâmerai la cour où l'on ne « peut presque jamais rien faire avec application, et où l'on « passe légèrement par-dessus les choses qui se présentent en « foule ou qui ne sont pas appuyées d'une forte recommanda- « tion. Vous savez mieux que moi, Monsieur, que c'est un pays « où la fortune règne aussi bien que les monarques, et quel- « quefois même plus absolument qu'eux; qu'elle a part à toutes « les choses qui s'y font, et que comme les jugements d'une « aveugle ne peuvent être éclairés ni solides, il ne faut pass'éton- « ner si elle en rend qui ne sont pas toujours équitables. C'est « en une occasion comme celle dont il s' agit qu'on peut appeler « de son juge endormi ou inappliqué à lui-même éveillé ou at- « tentif . Je suis tellement persuadé qu'il auroit jugé très avan- « tageusement de la pièce dont il falloit qu'il jugeât, si vous en « eussiez été le porteur vous-même (2), que je ne craindrai « point de dire que nous ne sommes pas, lui et moi, de contrai- « res sentiments; et qu'ainsi sans lui déplaire je puis demeurer « dans ma première pensée, aussi bien que dans la résolution « de tâcher, par mes respects, à mériter l'honneur de votre « amitié, et l'avantage d'être avoué de vous, Monsieur, pour « votre très humble et très passionné serviteur,

« COiXRARï. »

L'étroite conlidence, dont par tout ce que dessus il parait que le marquis de Langey m'honoroit, l'avoit porté dès l'année 1668 ou 1669 à me faire confidence d'un dessein, qu'à l'occasion de la guerre de Candie, il avoit de reprendre les armes pour dissiper les chagrins dont les contiuuelles poursuites de ses ennemis l'accabloient tous les jours de plus en

(!) M. Gonrart avoit oublié (ou en taisoit semblant) que le marquis et moi étions ensemble à eette visite. [Note de l'auteur.]

plus. 11 m'en écrivit une grande lettre, par laquelle il me faisoit l'honneur de m'en demander mon avis, me disant môme obligeamment qu'il ne se détermineroit que sur ma réponse. La lettre dont je parle demeura, je ne sais comment, en France lors de mon départ pour ici, parmi plus de cinquante autres que je gardois de lui fort précieusement; de sorte, que je ne la saurois rapporter en ce lieu, ni par conséquent la réponse que j'y fis, laquelle tendoit à le détourner de ce dessein, comme avoit déjà fait aussi M. le duc de Navailles, son beaufrère, ainsi que je l'appris bientôt par lui-même.

Le marquis de Langey se rendit, non pas sans doute aux. raisons à lui représentées par ma lettre, mais bien plutôt, comme il le faut croire, aux dissuasions de M. le dite de Navailles; et, après avoir resté quelque temps auprès de sa famille, il revint à Paris, où il fit toujours, pendant dix ou douze années, plusieurs voyages pour ses procès, et dont j'étois toujours averti, avec ordre de lui chercher logement en mon quartier, parce qu'il ne serroit tout son argent que chez moi, où il venoit tous les jours en prendre dans mon armoire, ce qu'il lui en falloit pour ses besoins ; et, enfin, le terme de mon voyage pour Hollande étant expiré dans le temps qu'il se trouvoit en province, tantôt en l'une, tantôt en l'autre de ses terres, je partis sans lui en avoir pu donner avis, à cause que je ne savois où le prendre ; mais, comme ma femme, à mon défaut, s'étoit acquittée de ce devoir incontinent après mon départ, voici ce qu'il me fit l'honneur de m'en écrire le premier par deux différentes lettres que voici :

« De Mimbré, ce 4 6 juillet 4 681 .

« Encore qu'il me semble que voilà bien du temps passé « sans avoir de vos nouvelles, je n'aurois pu, Monsieur, vous « témoigner tout ce que je pense là-dessus, sans un de mes « parents et un de mes bons amis, nommé M. de Thouars, qui « a un régiment en Hollande, lequel m'a dit que je n'avois qu'à ii 12

« vous adresser mes lettres à la Haye, tout comme si j'écri- « vois à Paris. C'est donc ce bon ami qui me donne lieu de « yous demander comment yous avez pu être si longtemps sans « me mander comment yous yous trouvez de votre changement « d'Etat, ce que vous faites, ce que \ous dites et ce que vous « ferez. Pour moi, Monsieur, je n'ai jamais pu savoir de (1) « [vos nouvelles, et je vous croyois en Dauphiné, pour lequel « voyage vous m'aviez mandé, il y a déjà du temps, que vous « partiriez dans quinze jours ; il est vrai que vous m'écriviez « que vous ne me disiez pas encore le grand adieu; mais, après « tous les empressements de madame la marquise de ***, je « n'aurois jamais cru qu'elle eût marchande l'honneur et la « vertu de son fils, et qu'elle se fût fait une affaire de lui don- « ner un gouverneur tel que vous, Monsieur, qui n'avez point « de prix] . Je n'ai donc eu aucune de vos nouvelles depuis que « vous me mandâtes, mais longtemps après, que vous vous en « alliez par Sedan, où vous pourriez recevoir de mes lettres « encore une fois; mais je reçus votre lettre trop tard pour « vous y pouvoir écrire, et notre commerce a fini là, à mon « grand regret. Je n'ai pas même ouï parler de votre Charles le « Sage (2), que vous nous laissiez comme en dépôt; il est vrai « que je n'ai pas vu le duc, entre les mains de qui vous l'avez « laissé. Et, quand vous saurez que M. et madame la duchesse « de Navailles se sont déchaînés pour la religion contre nous, « vous ne vous étonnerez pas que nous nous soyons tenus clos « et couverts tant que nous avons pu. Néanmoins, comme les « affaires obligent toujours d'aller à Paris, et qu'il a fallu que « madame la marquise de Langey y soit allée, et qu'elle n'a pu

(1) Ces 11 lignes [entre crochets] sont d'une lettre précédente, savoir, du 30 juin 1680, qui étoit trop longue et remplie de trop de particularités qui n'ont que faire ici, de sorte que je n'en ai conservé ici que cet extrait que j'ai incorporé à la présente pour plus grande brièveté. [Note de l'auteur.]

(2) C'est une histoire que le duc de Montausier m'avoit dit de dresser moi-même pour l'usage de Monseigneur lo dauphin; elle demeura imparfaite par mon départ pour Hollande, et je n'en ai proprement mis au net que ce qui regarde la régence de ce prince; elle est ici parmi mes autres manuscrits. [Note de l'auteur.]

« y aller sans y mener quelques-uns de mes enfants, il est ar-

« rivé que jamais on n'a vu agir comme ils ont fait avec mon

« fils aîné ; et c'est un miracle comme il s'en est sauvé jusqu'à

« cette heure, et vous pouvez croire si je l'y laisserai plus long-

« temps. Cependant, il est en âge de faire quelque chose et

« d'être assujetti par quelque chose; si M. de Thouars eût été

« en état de s'en retourner bientôt, je l'aurois prié de se join-

« dre avec vous pour lui trouver quelque femme où vous êtes ;

« mais il ne s'en ira de longtemps. Voyez donc, vous seul,

« Monsieur, si vous ne nous trouveriez point une fille de nais-

« sance et qui ait bien du bien ; il est assez bien fait ; il a assez

« de cœur et d'esprit pour entrer dans l'emploi et pour y bien

« faire son devoir ; il a l'âge à pouvoir aller et venir partout où il

« voudra , qui est aujourd'hui une circonstance à mettre en

« ligne de compte. Enfin, Monsieur, vous ne sauriez obliger

« davantage le meilleur de vos amis, et qui vous souhaite plus

« de bonheur et de contentement que personne. Vous êtes dans

« une maison (celle de ¥. de Sommerdick) où l'on connaît le fort

« et le faible de tout le monde ; ainsi, rien ne vous sera in-

« connu. Je vous prie que je sache promptement si vous aurez

« reçu cette lettre, et croyez, Monsieur, que vous n'en rece-

« vrez jamais de personne qui soit plus que moi votre très

« humble et très obéissant serviteur.

« Lakgey. »

Voici ce que je répondis à cette lettre, sur la fin de juillet, c'est-à-dire fort peu après que je l'eus reçue :

A M. le marquis de Langeij.

« A Spyck, proche Gorcum, le 25 juillet 1681 .

« Monsieur,

« Je viens de recevoir votre lettre, et je n'ai qu'un moment

« pour y répondre, si je le veux faire dès ce voyage. Cela vient,

« Monsieur, de ce que nous sommes à la campagne, où les let-

« très ne nous arrivent que deux heures avant que la poste re-

« parte. Je vous jure que je n'ai jamais guère eu plus de joie « que quand j'ai reconnu votre main à l'ouverture de mon pa- « quet, car vous ne diriez jamais combien j'étois en peine de « vous; je croyois que vous ne vous souciiez plus de moi, ne « comprenant point pourquoi vous ne répondiez pas à ce que « je vous avois écrit en partant de France. Je gronde fort la « petite femme de ce qu'elle n'a point satisfait à vos obligeau- « tes enquêtes, si c'est à elle que vous vous êtes adressé, « comme la raison le veut; ce que j'ai pourtant de la peine à « croire, vu ce prétendu refus, qui n'est point du tout d'elle, « car elle ne me cède en aucun des égards qui vous sont dus. « Je prends part, au reste, Monsieur, à tous vos intérêts et à « tous vos chagrins. Je conçois bien que votre piété et votre « tendresse ont de grands combats à rendre dans des temps « aussi difficiles que ceux auxquels la Providence nous expose ; « mais il est inutile de vous représenter que la couronne n'est « réservée qu'à celui qui soutiendra jusqu'au bout. Dieu, dont « l'esprit vous a inspiré des mouvements si saints, les bénira « en toutes leurs circonstances ; et je l'en supplie de tout mon « cœur. Cependant, je consens fort que, nous subordonnant à « la sagesse de sa conduite selon votre pensée, nous ne lais- '< sions pas de travailler nous-mêmes ; et, dans cette vue, je « penserai fort sérieusement à ce que vous désirez de moi; « mais il faut, pour cela, que je sois de retour à la Haye, car « présentement nous sommes dans un désert, où l'on ne s'en- « tretient qu'avec des oiseaux et des arbres; c'est là, Monsieur, « qu'on travailler oit à la continuation de l'histoire dont vous « voulez bien conserver le souvenir, si l'accablement où l'on « est de voir plus de tempêtes que le siècle de Jean et de Char- « les n'en ont jamais produit, n'ôtoit le courage de penser à « d'autres maux qu'à ceux qu'on souffre soi-même ; je souhaite « fort en particulier, Monsieur, la fin de tous les vôtres, et « suis, etc.

L'autre lettre du marquis de Langey, répondant à celle qu'on Tient de voir, étoit telle :

« De Mimbré, ce 24 août 4681.

« Je suis bien aise de savoir que MM. les E... aient soin des frais de notre commerce ; j'avois du chagrin de voir qu'une petite lettre, où on ne vous eût pas mandé la moitié de ce

« qu'on pense, vous eût tant coûté. Cela me va, Monsieur, donner moyen de me bien récompenser du temps perdu. Mon

« fds vient de revenir de Paris, où il a bien soutenu des assauts, quoiqu'il fût avec madame sa mère, qui y est encore. Vous ne sauriez croire de quelles machines on s'est servi pour me le corrompre; mais, Dieu merci! le voilà revenu, et je vais bien travailler à le mettre encore en meilleur état qu'il n'a jamais été. Vous savez qu'on ne peut prévoir toutes

« choses; maison peut profiter de ce qui est arrivé. Cependant, comme les biens, les charges et les mariages entrent dans les arguments qu'on nous fait, et qu'on nous persuade plutôt par la volonté que par l'entendement, je vous prie, Monsieur, de penser à ce que je vous ai mandé, encore que M. de Thouars dise que c'est la mode aux lieux où vous êtes, que les filles demandent les cavaliers, et qu'il faut y aller avant que de penser à se marier. Je voudrois bien que votre désert ne retardât rien de ce côté-là et que vous y pussiez faire quelque chose d'ailleurs. Je croyois que vous aviez achevé votre Vie de Charles ; et néanmoins il semble, par votre lettre,.que cela n'est pas : quoi qu'il en soit, ce seroit grand dommage que vous la laissassiez imparfaite. Je regrette tous les jours la perte que j'ai faite de vos Tables de l'Histoire moderne, cela étant d'un secours admirable pour l'histoire, que je voudrois que mes enfants sussent. Je leur ai mis la philosophie de Descartes dans une Table; j'y ai même mis quelchose plus au jour qu'il n'avoit fait ; et j'ai enchéri au-dessus

« de lui, à l'égard de la toute-puissance de Dieu et de notre li- « berté; en sorte, que j'y ai déclaré le moyen dont Dieu nous « gouverne sans faire préjudice à cette liberté, ce qu'on n'avoit « pas encore imaginé ; et tout cela si naturellement, que je ne « crois pas qu'on le puisse mettre en doute, et que les catholi- « ques-romains le puissent nier. Un de mes amis, ayant trouvé « un vieux bouquin de livre, où il y avoit un Traité, touchant « la manière de bien écrire des lettres, m'a obligé d'y faire un « commentaire qu'il a trouvé assez joli pour l'estimer plus que « le sujet du commentaire même. Je m'aperçois trop tard que « mon papier et mon encre ne valent rien ; mais je les estime- « rai tout autant que s'ils étoient bons s'ils ne vous font point « renoncer à notre commerce, et si j'en puis obtenir un détail « de votre vie et de ce que vous faites; mais je vous prie de ne « m'écrire point à la hâte, et que je sache si vous trouvez, où « vous êtes, des Becks, des De Sèves, des Bordiers et la liqueur < de la Fêret. Je suis toujours persuadé que vous n'y trouverez « jamais personne qui vous honore tant que moi; et comment, « Monsieur, aviez-vous pu vous imaginer que je ne songeois « plus à vous et que je vous négligeasse ? Je vous assure que « j'en ai écrit tant de fois et à tant de gens, qu'on ne peut vous « assurer davantage par là que je suis votre très humble et « très obéissant serviteur,

« Langey. »

Trois mois après la réception de cette lettre, j'en reçus une autre du marquis, par laquelle il me paraissoit être dans une grande désolation au sujet de M. son fils, ce qui ne l'empêchoit pourtant pas de passer à d'autres matières, dont je luiavois écrit en réponse de la lettre qu'on vient de voir, et , entre autres , mes remarques sur un sermon , lesquelles on a vues dans la deuxième partie de ces Mémoires. Voici cette deuxième lettre de moi au marquis de Langey :

A M. le marquis de Langey.

« Le .., septembre 4681.

« Monsieur ,

* Je ne me suis pas donné l'honneur de vous répondre plus tôt, parce qu'en même temps que je reçus votre dernière lettre j'appris, par une de ma femme, qu'il vous étoit arrivé quelque déplaisir au sujet de M. votre fils, sur quoi je m'attendois d'être instruit par vous-même ; et depuis cela, je n'ai rien appris de part ni d'autre. Cela fait que je ne vous en dis rien davantage. Vous savez en tout cas , Monsieur, que tout ce qui vous regarde me touche jusqu'au cœur. J'aurois, Monsieur, une joie parfaite si je pouvois vous rendre ici quelque petit service; mais, à tout le moins, je m'estimerai heureux si notre commerce peut contribuer en quelque chose à votre divertissement. Je ne puis vous dire de grandes particularités de l'Histoire de Charles le Sage, parce que ces sortes d'ouvrages veulent être vus dans leur entier. Il en est de cela comme des machines dont les pièces séparées ne font aucune figure hors de l'assemblage de leur tout. Au défaut de cette production, je vous en envoie ici une par laquelle vous jugerez à peu près de quelle manière ma plume est taillée présentement. C'est une petite critique sur certain sermon qui fut prononcé ici il y a quelque temps, par un prédicateur de réputation,, mais à qui il arriva, du moins à mon avis, comme à ces beautés contraintes qui plaisent d'autant moins qu'elles ont plus d'ajustement. Si ce morceau ne vous déplaît pas , je me servirai de cette espèce de surcroît étranger pour recompenser le défaut de matière qui pourra quelquefois arriver à mes lettres. Mais je ne songe pas, Monsieur, qu'il y a de l'imprudence à vous fatiguer de mes apprentissages, quand votre lettre me donne si beau jeu à parler de vos chefs-d'œuvre. Je ne doute point que la Table cartésienne ne soit

quelque chose de Tort curieux, et je n'ai pas une moindre opinion du Commentaire épistolier. Mais que direz-vous, mon illustre Monsieur, de la présomption que je vous vas faire paraître ? Sans vanité, j'aurois bien mieux réussi que vous si j'avois eu à illustrer le petit Traité des Lettres; car, sans davantage d'amplification, je ne voudrois que proposer le modèle de tout ce que je garde précieusement des vôtres. « Je passe, Monsieur, au détail de ma vie, que vous me demandez si obligeamment. Elle ne peut être fort agréable ici, ne fût-ce que parce qu'on ne sauroit espérer de vous y voir. Joignez à cela qu'on n'y trouve pas non plus cette liqueur de chez la Féret, qui détrempe si bien le ciment nécessaire à l'union des cœurs et des esprits; c'est ce qui fait qu'on y trouve aussi peu des De Sèves, et autres bons frères de cette trempe; car, comme vous pouvez juger, quel esprit peut-on tirer d'une canne de bière ou d'un pot de vin blanc qui pue le soufre? l'un ne peut que donner le scorbut, et l'autre engendrer la gravelle. Mais ce qui me paraît de plus extravagant, c'est, Monsieur, la bizarrerie de la propreté flamande. 11 y a tel cabaret (si même un nom si auguste est dû à des trous où l'on ne vend que de l'eau bouillie), il y a, dis-je, tel cabaret où l'on vous feroit volontiers quitter vos souliers, de peur d'en salir le plancher, pendant qu'on servira votre table sans nappe et sans serviette ; et fussiez-vous vingt en un repas, vous buvez tous dans un même verre , quoique chaque vache ait sa crèche dans une étable, et chaque cochon son auge et son têt. Je finis par une remarque, qui vous surprendra sans doute : j'ai vu, au pied de la lettre, des servantes descendre les tuiles d'une maison, l'une après l'autre, les laver et les frotter avec des décrottoires, puis les remettre sur les lattes où elles ne tiennent qu'avec un clou , sans aucun maçonnage, afin d'être ainsi dérangées et remises sans peine deux ou trois fois par an. Pour les vitres , on a des seringues de bois, qui, du milieu des rues portent de l'eau jusqu'aux fenê-

« très du second étage; et telle cuisine est si propre, qu'il y « en a une seconde pour manger et pour boire, afin d'épargner « la première. On emboîte, à peu près pour la même raison, « le pied des tables dans une espèce d'étui, fait tout exprès, « de peur que les souliers ne les crottcnt; et les crémaillère res sont si fourbies, qu'elles peuvent servir de miroir aux « cambrouses (1). J'achèverai ma description au premier ordi- « naire, si ce commencement ne vous déplaît pas, et suis, Mon-

« sieur, etc.,

Je viens présentement à la lettre de désolation du marquis

de Langey.

« De Mimbré, ce 3 3 novembre 1681.

« Il n'y a point de jour, d'heure, ni de moment, Monsieur, « que le meilleur ami que vous ayez au monde ne fonde en « larmes ; et jamais père affligé ne l'a tant été que celui qui « vous écrit. J'avois prié mademoiselle Eou de vous le faire « savoir, et comme j'avois vu qu'elle appréhendoit que mon « commerce ne vous fît du tort, j'avois cru, Monsieur, devoir « attendre de vos nouvelles avant que de vous écrire. Chaque « pays ayant ses maximes, je m'en étois fait une loi pour vous « comme pour moi. Je m'émanciperai donc; j'interromprai le « cours de mes larmes , et je suspendrai la continuelle atten- « tion que j'ai aux douleurs que Dieu m'envoie, pour me dé- < tourner de mes péchés, qui ont si fort irrité Dieu , que vous « voyez où j'en suis, pour vous remercier de la part que vous « prenez au malheur qui m'est arrivé (2). Quand je serai tout

(1) L'hyperbole qui paraît dans cette folâtre description vient de ce qu'alors n'étant pas encore bien instruit, je prenois pour tuiles du haut des maisons ce qui irétoit que tuiles d'auvent de boutique, lesquels auvents sont disposés de sorte que d'en bas on n'en sauroit voir le dessus, ce qui est tout au rebours de ceux de Paris. Quand j'ai aussi parlé ci-dessus des cabarets d'une manière si méprisante, c'est que je n'avois pas encore vu les bonnes auberges, où l'on est traité aussi somptueusement qu'à Paris. [Note de l'auteur.]

(2) On lit en marge de la main de l'autear : C'est à l'occasion de son fils.

« à fait converti à Dieu, et que j'aurai tout à fait tourné mon « esprit de son côté , ce me sera une grande joie de voir que « vous ne m'abandonnez pas, que je peux toujours faire fonds « sur vous , et vous trouver partout où vous serez. Bien loin « de désespérer de vous voir, je l'espère si bien que j'y con- « tribuerai de mon côté de telle façon , qu'il ne tiendra pas à « moi que vous n'en voyiez bientôt des effets. Je vous prie de « ménager le mariage dont vous me parlez, s'il y a du mérite, « de la naissance et du bien. Tous savez que ces choses-là se « réduisent à la coutume du pays, et que je les entends ainsi. « Tout ce que vous me mandez est le mieux pensé et le mieux « dit du monde. S'il n'y avoit pas bien d'autres charmes dans « le pays, ceux de la bonne chère ne m'y attireroient pas, à en « voir le tableau que vous m'en envoyez , toutes mes pensées « étant présentement tournées d'un autre côté, encore que je « n'aie pas perdu le goût mais le désir. Vous voyez, Monsieur, « que je suis plus disposé que vous ne croyez à vous aller voir, « et vous ne devez pas douter que je n'aie une grande joie de « vous embrasser ; mais je ne sais si, ne vous menant rien de « chez la Féret, je serai le bienvenu; je ne laisserai pas de m'y « hasarder , dussé-je entendre le même sermon dont vous m'a- « vez envoyé une critique si judicieuse et si délicate que je ne « crois pas qu'on y puisse répondre. Il ne faut plus prêcher « devant vous, ni devant ceux à qui vous en aurez fait part , « s'ils l'ont bien étudiée ; je vous suis extrêmement obligé de « m'en avoir envoyé une copie. Pour moi, je ne saurois faire pour « vous ce que vous avez fait pour moi; mon Commentaire est « si petit qu'on n'en sauroit faire d'abrégé, lui-même étant un « abrégé, à considérer la grandeur de l'ouvrage et sa nature. Les « lettres, qui doivent être fort courtes, ne peuvent pas donner « une matière extrêmement étendue , et l'on donne en très peu « de mots l'idée de ces sortes d'ouvrages, pour ne les pas con- « fondre avec toutes les autres matières d'écrire. Il est vrai « que c'est un Commentaire, mais il l'est d'un si petit ouvrage

« qu'il ne peut être plus grand sans être monstrueux. Si vous « voulez achever le mariage que vous me proposez , il faut me « mander ce que c'est, et que mademoiselle Rou en parle à « mademoiselle de la Suze, en même temps que vous m'en écri- « rez. Ce n'est pas par air de dévotion ce que j'en fais; mais « elle a tant pris de part en mon affliction , et s'est tant donné « de peine à me fournir des consolations , que je lui en serai « obligé toute ma vie, et, par reconnaissance, je ne ferai jamais « rien que je ne lui en demande avis. Je vous prie, Monsieur, « que je reçoive souvent de vos nouvelles, et, de mon côté, je « vous écrirai aussi et vous ferai réponse ponctuellement. Mais « vous ne trouveriez pas votre compte dans des lettres comme « celle-ci, à donner des règles pour bien écrire. Je prends cela « aussi comme je dois, et comme la personne du monde qui est « davantage votre très humble et très obéissant serviteur,

« Lange y. »

A peine deux mois s'étoient-ils passés depuis cette lettre écrite, que le fils aîné du marquis que (dans la vue de le dépayser) il avoit mis en voyage pour l'Angleterre, après l'avoir tiré des griffes, pour ainsi dire, du duc de Navailles, fut comme dévalisé par un homme qu'on croyoit lui donner seulement pour compagnie et pour aide, et tellement dépouillé de toutes choses, que, se trouvant enfin arrivé à la Haye, où il me savoit établi, il ne crut pas trouver une plus prompte ressource, dans son pitoyable état, que de se jeter entre mes bras, dans l'espérance que, vu les grandes liaisons qu'il savoit être entre M. son père et moi, je ne lui refuserois pas le secours dont il avoit besoin.

La bienséance ne me permettant pas de faire ici un étalage de tout ce que je fis, dans cette occasion, pour le fils de celui à qui j'étois si fort dévoué, je me contenterai de mettre ici une copie de la lettre de remercîment qu'il jugea à propos de m'en faire, et que voici :

« De Mimbré, ce Tô janvier 1682.

« J'ai su, mon très illustre ami, tout ce que yous avez fait pour moi; j'en ai toute la reconnaissance imaginable, et si les choses ne fussent allées comme mademoiselle Rou me les mande, madame la marquise de Langey, qui est à Paris, eût fait ce qu'il eût fallu faire d'un côté, mais du côté du cœur ; il est tout à vous, comptez sur cela, mais comptez y d'une manière que jamais il n'y en a eu si fort à vous que tous les nôtres. Je ne sais si vous avez reçu toutes les lettres que j'ai écrites où il y avoit toujours un bon morceau pour vous; je ne sais même (puisqu'on me mande que vous avez fait une généalogie dont une des branches regarde notre maison) si quelques-unes de mes lettres vous ont fait penser à Marguerite de Téligny, sœur de Charles, qui étoit gendre de M. l'amiral, dont la veuve, après qu'il eut été tué à la Saint-Barthélémy, épousa Guillaume Ier, prince d'Orange.

« Je sais bien, pour revenir à mon premier sujet, qu'il ne s'est rien remué, ni rien fait, dont vous ne soyez le premier moteur, et s'il faut dire l'agent universel; mais, encore que cela soit, ne trouveriez-vous pas à propos que j'écrivisse une lettre de remercîment à M. le prince d'Orange, quoique en vous mettant en état, comme il a fait, de me faire tant de bien, il semble, quant à lui, s'être voulu cacher? Mais, cependant, je ne puis le méconnaître; enfin, voyez ce qu'il y a à faire et me le mandez en grande diligence, afin que je ne tarde pas à mon de\oir ; car vous me donnerez par là un grand soulagement, n'y ayant que vous qui me puissiez contenter sur un sujet de cette conséquence. Je vous écris fort à la hâte, j'épargne même le papier, et qui plus est je passe « par-dessus la bienséance, étant plus que personne du monde « Votre très humble et très obéissant serviteur,

« Langey. »

Depuis toute cette affaire, et après que j'eus, par mes soins,

mis le jeune marquis de Mimbré (1) en état d'exécuter le dessein de son passage en Angleterre, il se passa un assez long temps, sans qu'occupé comme j'étois dans mon poste au greffe des états, je fusse absolument obligé de continuer avec le marquis un commerce aussi lié que celui que j'avois entretenu jusque-là, et le terme étant venu d'appeler ma femme auprès de moi, la connaissance qu'il en eut le porta obligeamment à m' écrire la lettre que voici :

« De Mimbré, le 9 juin 4 683.

« J'ai su, Monsieur, que mademoiselle Rou vous va trouver * avec votre famille, et je prends cette occasion pour vous as- « surer qu'encore que vous m'ayez oublié jusqu'au point de n'a- « voir pas daigné me faire savoir votre établissement, et qu'ainsi « je sois le dernier à m'en réjouir, néanmoins j'en ai plus de « joie que qui que ce soit, et d'une manière qui vous fait un peu « reproche d'avoir ainsi négligé le meilleur de vos amis; mais « c'est pourtant avec la même tendresse, que sic'étoit à moi à qui vous l'eussiez mandé le premier. Et quoique ma fortune « ne soit pas grande, et qu'elle ne puisse jamais l'être ici, je « puis dire à M. Rou, que je n'oublierai jamais M. Rou, quel- « que chose qui arrrive, c'est-à-dire du côté des biens de la « terre ; car pour les célestes, les cieux et la terre peuvent « changer, mais la Parole de Dieu ne changera jamais.

« Que vous êtes heureux, Monsieur, si vous jouissez de votre « bonheur comme vous devez, d'avoir le pain céleste en abon- « dance et à souhait, comme vous l'avez ; car pour votre em- « ploi, je ne vous en parle pas, n'y ayant aucune proportion « entre des choses si différentes. Jouissez donc de votre bon- « heur, mais en priant Dieu pour toute ma maison, elle en a

(1) Ce marquis de Mimbré porte aujourd'hui le titre de marquis de Langey, ce qui ne devroit pas être, son père, qui s'est toujours affecté ce nom, vivant encore ; mais c'est le roi qui, chagrin et irrité de sa résistance sur le fait de religion, L'a, par un effet de ressentiment, voulu regarder comme mort au monde, et a commandé au fils de prendre son nom et son titre. [Note de l'auteur.]

« grand besoin; j'en reviens toujours à notre éloignement : « quelque résigné qu'on soit à la volonté de Dieu, il faut pour- « tant avouer, Monsieur, qu'on a bien de la peine, et qu'on « souffre beaucoup quand on songe qu'on ne verra peut-être « jamais ses bons amis. Où est le cœur qui pût soutenir si long- « temps une si rude et si longue séparation sans chagrin? Dieu « veuille pourtant nous assister et nous en donner les moyens ; « je vous assure, Monsieur, qu'il n'y a rien que je ne fisse « pour cela. Je vous prie de me donner de vos nouvelles; je « vous en ai donné des miennes par un de mes bons amis qui « m'a mandé vous être allé voir... Si je vous voyois un mo- « ment, que je vous dirois de choses, et que vous me soulage- « riez par vos conseils et vos avis ! Mais on n'a plus personne « et je suis seul comme un ermite, c'est-à-dire réduit à penser ; < mais quelque chose qui arrive, je penserai toujours à vous, « comme votre très humble et très obéissant serviteur,

« Lawgey. »

Je finis ce long déduit des principales lettres que le marquis de Langey et moi nous sommes écrites pendant un assez long cours d'années; et je n'y suis entré que pour la justification de ce que j'ai avancé tant de fois de la grande liaison et de l'étroite confidence dont cet illustre seigneur m'a toujours honoré.

Je reviens donc présentement à ce qui ne regarde que la suite particulière de ses affaires. Comme elles étoient fort délabrées par la persécution sans relâche de ses ennemis, le duc et la duchesse de Navailles ne conçurent pas de petites craintes qu'une famille si nombreuse et dans la dernière des incommodités, ne vînt (leur étant si proche) à tomber, comme on dit, sur leur dos, et à leur être tout à' fait à charge. Dans ces inquiétudes et se trouvant considérés et ménagés par les premières têtes du parlement, qui avec tout le public étoient depuis longtemps plus que convaincus du peu de fondement

qu'avoit ci-devant eu ce suprême tribunal à casser le premier mariage du marquis, le duc et la duchesse, dis-je, se voyant en si grand crédit, pensèrent qu'il ne leur seroit pas impossible d'obtenir par une requête civile la révision de tout l'ancien procès. Effectivement, ils l'obtinrent, et afin de ne point traîner ceci à une plus grande longueur, cet auguste corps du premier parlement de France, se donnant pour ainsi dire un démenti à soi-même, cassa tout d'une voix le jugement inique et mal entendu qui avoit séparé des conjoints qui, selon Dieu, ne dévoient jamais avoir été désunis.

Ce dernier jugement si singulier et si inouï apporta quelque petit amendement aux fâcheuses affaires du marquis, mais ne fut pas capable de les rétablir tout à fait; et enfin, au bout de quelques années, cet autre terrible et jamais assez déploré arrêt de la Révocation del'Edit de Nantes ayant été signé et scellé à Fontainebleau, le 18 octobre 1685, et tous les plus distingués d'entre ceux de la religion qui ne voulurent pas obéir aux ordres du roi en désobéissant à ceux de Dieu, ayant été ou emprisonnés, ou enfermés dans des couvents, ou relégués en divers endroits du royaume, le marquis de Langey en son particulier fut confiné à la Bastille, et au bout d'environ cinq mois (savoir, le 24 mars 1687), transféré à l'abbaye de Saint- Victor, où il resta quelques dix-huit mois, mais d'où enfin, sa fermeté se soutenant jusqu'au bout, il obtint permission de sortir du royaume (1). Il me fit aussitôt l'honneur de m'en avertir et de

(1) Nous lisons dans la France protestante (article Cordouan) : « Fermement attaché à la religion de ses pères, le marquis de Langey fut jeté, en 1686, dans les prisons de la Bastille, avec son fils, qui ne tarda pas à se convertir; sa femme fut enfermée dans le couvent de Panthemont, et sa fille aux Récollettes. Madame de Langey suivit bientôt l'exemple de son fils, mais le marquis et sa fille restoient inébranlables. En 1687, M. de Langey fut transféré dans le couvent de Saint-Victor et sa fille dans la maison des Miriamionnes. Toujours opiniâtre, il fut envoyé à Mons en 1688 ; cependant il paraît qu'il finit par céder » (le témoignage de Rou, que la fermeté du marquis de Langey se soutint jusqu'au bout, peut nous faire espérer le contraire), « tandis que sa femme parvint à fuir et se retira en Hollande. On lit en effet dans les additions aux Mémoires de Daageau, par

me dire qu'ayant choisi la Hollande pour son lieu de refuge, il me prioit de lui chercher logis à la Haye, tant pour lui que pour mademoiselle de Langey, sa fdle aînée, qui ne vouloit pas T abandonner , le tout en attendant que madame la marquise son épouse, après quelque ordre mis à leurs affaires, put venir aussi elle-même, comme elle fit depuis (1).

Le marquis de Langey arriva donc à la Haye le 19 mars 1 688, et d'abord se rendit chez moi, où après lui avoir donné un fort léger repas, je le conduisis en un appartement que sur sa lettre d'avis je lui avois retenu dans mon voisinage.

Dès les premiers jours de son arrivée, il ne manqua pas d'aller saluer leurs Altesses royales, M. le prince et madame la princesse d'Orange ; et bientôt le prince lui obtint une pension de Leurs Hautes Puissances, mais qui ne pouvant suffire que fort modiquement à l'entretien d'une maison de ce rang-là, les enfants du marquis y suppléent (2).

Les malheurs de son premier mariage me remettent en mémoire ce que je lui ai ouï dire plusieurs fois à lui-même de certaine horoscope à lui faite dès son jeune âge et dont voici tout ce que j'en puis dire. Comme il étoit un jour à se divertir avec plusieurs amis de son père et de sa mère dans une de leurs

Leinontey, sousladate du 8 septembre 1712 -.Madame Langeais (Langey), sœur de madame de Noailles (Navailles), réfugiée en Hollande, avait plus de quatrevingts ans lorsqu'elle perdit son mari qui était resté en France (?). Dangeau ajoute que ses enfants obtinrent la permission de la faire revenir dans sa patrie,, et qu'elle se convertit. Qu'on juge de la sincérité de semblables conversions ! En récompense de son apostasie, Louis XIV accorda à la marquise de Langey une pension de 4,000 livres. Sa fille Judith en obtint une autre de 2,000, ce qui prouve qu'elle aussi avoit fini par succomber. »

(1) Nous trouvons en effet sur les registres de l'Eglise wallonne de la Haye le nom de Diane de Montault-Navailles, marquise de Langey; elle fut admise, le 30 septembre 1G88, à la communion, après avoir rétracté l'acte d'abjuration qu'elle avoit signé en France.

(2) Depuis la mort du roi Guillaume, à qui ils avoient l'honneur d'appartenir par la maison de Ghateaubriant, dont ils descendoient, ainsi que le roi Guillaume, par femmes et par l'alliance de Louise de Coligny, veuve de Charles de Téligny, épouse en secondes noces du grand Guillaume, prince d'Orange. [Note de l'auteur.]

principales terres où bon nombre de parents et amis les étoient venus voir, il se trouva, soit de hasard, soit du dessein de quelqu'un de la troupe, un de ces diseurs de bonne aventure qui se fourrent si librement dans toutes les assemblées de plaisir, lequel après avoir exercé tous ses talents auprès des plus enjoués de cette belle compagnie, s'adressa enfin au marquis de Langey, âgé seulement alors de quinze ou seize ans, et lui demanda sa main, l'année, le mois, le jour et l'heure de sa naissance, pour lui donner quelques lumières sur sa future destinée ; le jeune marquis, après quelque petite résistance, ayant enfin satisfait à la demande du tireur d'horoscope, lui dit que tout le temps de sa belle jeunesse seroit heureux et florissant, mais qu'il seroit à jamais malheureux par une femme. Il est aisé d'en faire l'application. Je rapporte l'horoscope telle que je la tiens du marquis de Langey même, que je ne vois jamais dans l'état où il est présentement, que je n'en sois également et mortifié et tout attendri; car quand je confère ce corps admirable, autrefois si dodu et si bien nourri, et qui présentement n'a pas sur soi dix onces de chair, ce front, ces joues, ce teint en un mot si frais et si uni, tout cela, dis-je, riolé aujourd'hui et piolé comme une chandelle des Rois ; cette chevelure de la beauté et du sicle de celle d'Absalom, convertie à l'heure qu'il est en une perruque mal tressée ; ces jambes et ces cuisses, autrefois si agréablement partagées entre gros et menu à la manière d'un sceptre, et présentement plus bâtons encore , nonobstant leur tremblement et leur débilité, que les deux béquilles dont il a bien de la peine à se soutenir ; quand, dis-je, je compare tout cela avec cet air majestueux et cette riche taille que je me souviens d'avoir tant admirée et dont la grande Mademoiselle, fille de Gaston, avoit accoutumé de dire qu'elle ne connaissoit que le roi en France qui put disputer de bonne mine avec le marquis de Langey, et que peut-être encore l'éclat de la couronne ne contribuoit pas peu au soutien de la comparaison ; tous ces merveilleux avantages, dis-je, si opposés à l'état où ce pauvre ii 13

seigneur parait aujourd'hui font que je cherche le marquis de Langey dans le marquis de Langey même; et que c'est pour moi comme un songe qui, me fascinant autant l'esprit que les yeux, fait que je ne le reconnais plus du tout, et m'écrie :

Hei mîhi! qualis nuncï quantum mutatas ab illol{\)

Je n'ai plus qu'un mot à dire, tant sur l'ancienneté de la maison de Cordouan, que sur ses grandes alliances dont j'ai déjà cité celles des Langey et des Lavardin, et sur le blason de ses armes.

Le quatorzième aïeul du marquis de Langey, nommé Pierre de Cordouan, et mis au rôle de la chambre des comptes de Paris, parmi les chevaliers du règne de Philippe-Auguste, roi de France, vivoit en l'an 1200 de Jésus-Christ, et le prince de Condé d'aujourd'hui se trouve, aussi bien que le marquis de Langey d'à présent, avoir également pour sixième aïeul maternel, le grand-père du fameux Anne de Montmorency, connétable de France et grand-maître de la maison du roi (2).

Les armes de Cordouan sont d'or, à la croix engrêlée de sable , cantonnée de quatre lionceaux de gueules , armés et lampassés de sable.

Diane de Na\ ailles, femme aujourd'hui du marquis, est fille de Philippe de Montault, duc de Bénac, premier baron de Béarn et deBigorre, et de Judith de Gontaut-Biron, héritière de Saint- Gcniez et dame de Badefol. La marquise de Langey avoit pour

(1) Hélas î quel changement

Ah ! combien aujourd'hui me paraît-il divers De ce charmant Langey, l'amour de l'univers !

[Note marginale de raideur.]

(2) N. B. que c'est dans la ligne collatérale de Charles de Téligny, premier mari de Louise de Coligny, fille de l'amiral, que se trouvent aussi les princes d'Orange, Marguerite, sœur dudit Charles et son héritière, ayant épousé le fameux La Noue, Bras de Fer, bisaïeul de notre marquis.

Voyez, art. Châtillon {Fronce prolestante), une note où est indiquée la descendance de Louise de Coligny jusqu'au comte de Paris, fils de la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwérin, duchesse d'Orléans.

DE LANGEV. 195

frère Philippe II de Montault-Bénac, duc de Navailles, pair et maréchal de France, chevalier des ordres du roi. Leurs armes sont: « écartelé, au premier, contre- écartelé d'or et de gueules, « qui est de Gontaut-Biron; au deuxième, de Navarre ; au troi- « sième, de Foix pur, savoir d'or à trois pals de gueules ; au « quatrième, de Béarn, qui est d'or, à deux vaches passantes « de gueules, accornées, accollées et clarinées d'azur. Et sur

< le tout, écartelé, aux premier et quatrième, d'azur à deux « mortiers d'argent mis en pal l'un sur l'autre, qui est de Mon- « tault, parti de Cominges, qui est de gueule à quatre otelles « d'argent posées en sautoir : aux deuxième et troisième, à

< deux lapins d'or en forme, qui est de Bénac. »

HI. Matiirili

Je viens à reprendre la suite de mes Mémoires, ou, pour mieux dire, de mes Opuscules, puisque, désormais, je n'ai plus guère à traiter que de cela. La première matière qui se présente est un examen que je fus prié de faire d'un manuscrit de piété, entrepris par un excellent serviteur de Dieu pour la consolation et l'affermissement des pauvres réfugiés et pour la censure des tièdes qui avoient de la peine à se venir mettre à couvert contre la persécution, en quittant leurs commodités temporelles et leur chère patrie. Voici comment cet ouvrage, dont l'auteur m'étoit absolument inconnu et qui ne me l'avoit adressé que par le conseil de quelques-uns de ses amis, me tomba entre les mains.

Vers la fin de l'année 1685, un gentilhomme que je ne connaissois point , m'apporta un assez gros paquet comme de lettres, mais de la taille d'un petit livre. J'y trouvai, en effet, huit ou dix feuilles manuscrites dont on pouvoit faire un raisonnable volume; et, parmi ces feuilles, une lettre si obligeante, que je me donnerois bien de garde de la produire, si je ne me trouvois pas comme obligé de rendre un compte

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