‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean RouChapitre 100 sur 188 · S A VILE · texte numérisé non relu

S A VILE

« A Fontainebleau, ce 6 octobre 1679. »

Cette affaire, que M. Savile avoit en vue, étoit pour aller voyager avec le jeune marquis de Gouvernet (1), à qui on vouloit faire voir le monde, et qu'on étoit bien aise de ne pas abandonner à sa propre conduite. Les appointements étoient considérables ; car, comme on sait, ce jeune seigneur étoit de maisons puissamment riches de côté paternel et maternel, et l'on avoit dessein que ce voyage se fît avec éclat. Comme le départ ne se de voit pas faire encore si tôt, et que les comtes de Witgenstein (2) n'avoient plus que six mois à rester en France, M. Savile et Madame de Gouvernet jugèrent que les deux propositions pouvoient fort bien s'accommoder.

J'entrai donc auprès d'eux le lundi 16 octobre, et cela au grand chagrin de mon prédécesseur congédié ; il ne parloit pas moins que de faire une insulte publique à Mademoiselle Claude, et de m'assassiner; mais c' étoit justement le ridicule de ces menaces qui nous mettoit l'esprit en repos, par cette grande raison que ceux qui ont un véritable dessein de faire quelque méchant coup se donnent bien garde d'en avertir, et effectivement il n'en fut rien davantage.

Lorsque j'entrai dans ce nouveau poste, le comte et la comtesse, père et mère de ces jeunes seigneurs, n'avoient point

(1) Elie Benoît nous apprend qu'à la révocation de l'Edit de Nantes, la marquise de Gouvernet obtint avec beaucoup de peine la permission de se retirer en Angleterre, où une de ses filles était établie. [But. del'Edit de Nantes. T. V, p. 898.)

(2) Des trois comtes de Witgenstein, il n'y en avoit que deux qui fussent frères; le troisième, le comte de Sayn n'étoit que leur cousin germain; il étoit le plus jeune et n'avoit que vingt ans. [Note de l'auteur.]

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encore paru dans rengagement, se reposant uniquement sur la prudence de M. Le Blanc, conseiller au presidial de Sedan (1), qu'ils avoient autorisé de toute la conduite et dépense de leurs enfants ; Madame la comtesse de Witgenstein me prévint. M. Le Blanc fut le premier à recevoir de mes lettres, parce que j'avois à le remercier d'un très favorable empressement qu'il avoit témoigné a M. Claude pour me porter à l'acceptation île cet emploi (2). Voici la réponse dont M. deBeaulicu honora le remercîment dont je viens de parler :

« Je ne sais, Monsieur, comment répondre à l'honnêteté que « vous me faites par la lettre que je reçus hier de votre part. « Je vous en fais mes très humbles remercîments , et vous « assure que je n'ai point eu plus de joie que quand j'ai appris « de M. Bayle que MM. de Witgenstein pouvoient espérer de « vous avoir pour gouverneur. Vous êtes, Monsieur, le prc- « mier sur qui nous avions jeté les yeux ; mais vos emplois « vous appelaient ailleurs, et nous ne pûmes pour lors avoir « ce que nous désirions. A présent je loue Dieu de ce que sa « bonne providence a tellement disposé des choses, que nos « souhaits à cet égard se trouvent accomplis et que je vois ces « jeunes seigneurs , qui me sont chers comme mes propres « enfants, entre les mains d'une personne comme vous, en la « capacité, piété et affection de qui je puis entièrement me « reposer. Je souhaite qu'ils reçoivent, avec la déférence qu'ils « doivent, vos bons avis et instructions, et en fassent leur

(1) Pierre Le Blanc, écuyer, sieur de Beaulieu, conseiller du roi au presidial de Sedan, étoit frère du célèbre professeur de théologie dans l'académie de la même ville, Louis Le Blanc de Beaulieu, mort à Sedan en 1675. A la révocation de l'Edit de Nantes, la femme et les quatre tilles de Pierre Le Blanc se réfugièrent à Berlin. Bayle nous apprend que Pierre Le Blanc lui-même chercha deux fois à se sauver tu Hollande, après avoir abjuré, mais qu'il fut deux fois découvert et ramené en son pays ; il ajoute que le roi lui remit la peine des galères, à laquelle il avoit été condamné. (Erman et Reclam, Mémoires pour servir à l'histoire des réfugiés français dans les Etats de Brandebourg. T. III, p. 137. Dictionnaire de Bayle, article Louis Le Blanc de Beaulieu.)

(2) Sa lettre insinue assez ce que je dis là. [Note de l'auteur.)

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