‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean RouChapitre 99 sur 188 · DU COMTE DE NORTHUMBERLAND · texte numérisé non relu

DU COMTE DE NORTHUMBERLAND

Je sortis donc le mardi 3e octobre d'auprès du jeune milord, à qui depuis cinq ou six semaines le roi son père avoit accordé l'érection de son comté en duché, sur une lettre que je lui avois dictée pour obtenir cette faveur, qui lui avoit été promise lors de son départ d'Angleterre (1). Apeine fus-jehors de ce poste, que M. Claude, qui nan avoit pas conçu moins de chagrin que M. Savile et tous mes autres amis, me proposa celui d'entrer auprès de trois comtes allemands, à qui il avoit lui-même (sur la commission qu'il en avoit reçue) donné pour gouverneur depuis deux ou trois mois le fameux auteur (2) du petit roman intitulé Histoire des Sévarambes ; mais ce dernier s' étant très mal gouverné lui-même, M. Claude, qui étoit encore revêtu du même pouvoir, me confia ce poste. J'avertis aussitôt M. Savile de cette proposition qui m' étoit faite, et voici la réponse qu'il fit à ma lettre :

« Monsieur,

« Je viens de recevoir la vôtre du 4, et comme je n'ai jamais « douté que vous ne manqueriez pas d'offres très avantageuses, « j'avoue avoir écrit ma dernière (3) pour vous empêcher de « vous engager, ayant en vue quelque chose (4) dont je vous « donnerai la réponse certaine à Paris, jeudi qui vient, et qui « assurément vous conviendra bien mieux que la proposition « que l'on vous a faite de ces messieurs allemands. Ayez donc, « je vous en prie, Monsieur, la patience d'attendre jusque-là, « et je ne doute nullement que M. Claude, aussi bien que vous- « même, croira que j'ai eu assez de soin de vos affaires en vous

(1) Notabenè qu'en prenant congé du nouveau duc, il me fit présent des deux premiers tomes de V Histoire ecclésiastique de M. Le Sueur. [Note de Vauteur.}

(2) Je crois que c'est M. Simon de la Loubère, qui a été depuis de l'Académie française. Voyez Harangues de l'Académie. T. II, p. 300. [Note du fils de l'auteur.]

(3) Elle étoit datée du l,r octobre. [Note de l'auteur.]

(4) G'étoit pour m'engager avec la marquise de Tiouvornet. [Note dp Vauteur.]

150 IL PIVÏENT GOUVERNEUR

« demandant ce pende temps; vous assurant que je suis le der-

« nier homme du monde qui porteroit le moindre obstacle à vos

« affaires, si je ne croyois vous rendre un service plus avan-

« tageux. Je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant

« serviteur,

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