‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean RouChapitre 111 sur 188 · RÉFLEXIONS DE ROU · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS DE ROU

mon grand-père n'étant mort qu'âgé de plus de cent un ans, et mon tempérament étant entièrement le môme qu'étoit le sien. Cela étant, je ne juge pas à propos de reprendre le fil de mon histoire sans me tourner d'une façon toute particulière vers celui à qui je suis redevable de tant de bienfaits ; afin que comme la première partie de cet ouvrage a commencé par des sentiments de piété, il en soit de même de cette seconde.

Je dirai donc en assurance

Tous les merveilleux faits,

Seigneur, que tu m'as faits; Et maintiendrai la souvenance

De tes seules justices

Et très grands bénéfices.

Enseigné m'a dès ma jeunesse ;

Tes merveilles aussi

J'ai dites jusqu'ici ; Par quoi en ma blanche vieillesse

Ne me délaisse encore,

0 mon Dieu que j'adore (]).

Il ne m'est guère arrivé de faire réflexion sur les divers accidents dont ma vie a été bigarrée (et ces réflexions n'ont pas été en petit nombre), mais particulièrement sur ces deux patries que je puis dire avoir eues, contre l'ordinaire des hommes de n'en avoir qu'une (1 ), que je ne me sois remis dans l'esprit la transplantation d'Abraham, qui ayant, vers le milieu de son pèlerinage terrien, été tiré par les ordres de Dieu, du pays de sa naissance pour aller dans un autre où il n'avoit jamais eu aucune habitude, y éprouva premièrement le bonheur de plusieurs bénédictions personnelles , et outre cela , la consolation d'une heureuse postérité. Dieu m'a traité comme il fit autrefois Joseph : il m'a chassé de ma terre natale par une persécution

(1) Psaume LXXI, p. 2, v. 2 et 3.

(2) N. B. Dix ou vingt mille autres réfugiés comme moi ne se peuvent pas dire, comme moi, avoir ces bienheureuses provinces pour seconde patrie ; je suis naturalisé par une charge noble, et je n'ai point de compagnon en cela. [Note de l'auteur.]

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