SUR M VIE
des plus injustes qui se puissent voir; on m'avoit dépouillé du plus appnreni de mon bien, comme ce patriarche le fut de son hocqueton chamarré; je vinfl ici, en un mot, il y a trente ans, sans avoir guère de plus doux chevet que la pierre sur laquelle Jacob s'endormit. J'étois comme Moïse obsédé dans une séduisante Egypte, où la tentation étoit grande par les promesses qu'on me faisoit de grands honneurs auxquels ma fragilité eût pu me faire succomber , comme cela est arrivé à tant d'autres; Dieu m'en chasse, comme il lit les Israélites , et ma fuite étoit comme un naufrage de toute sorte de fortune ; mais c' étoit pour me conduire à un véritable port de salut, c'est-à-dire dans une terre découlante de lait et de miel, et abondante en toute sorte de délices. J'avois, comme Job, été dépouillé de tous mes biens; mais parce que Dieu m'avoit mis dans la bouche ces paroles de résignation de son patient serviteur : « Le Seigneur l'a « donné , le Seigneur l'a été, son saint nom soit béni » ; il m'a rendu au double et avec un assaisonnement d'honneurs qui ne se rencontroient point dans mon premier état, tout ce que l'injustice des hommes m'avoit ravi. Ainsi je puis dire à tous égards, comme j'ai déjà fait (1), que f et ois perdu si je n'eusse j»«s été perdu. Et avec David :
Si le Seigneur pour moi n'eût point été, Si le Seigneur mon droit n'eût point porté, Quand tout le monde à grand' fureur venant Pour me meurtrir dessus moi s'est jeté, J'allois sans doute être mis à néant (CXXIV, 1).
Mais :
Comme un oiseau du filet se défait
De l'oiseleur, je me vois échappé,
Rompant le lacs qui m'eût tôt attrapé;
Voilà comment le grand Dieu qui a fait
Et terre et ciel, m'a tout développé (CXXIV, 7).
En partant de Paris pour Sedan , je me trouvai avoir pour
(1) T. I (ei-de?sus, p. 40).