JO^ M. DE SOMMERDICK; GOUVERNEUR DE SURINAM
provinces, et c'est un honneur que les intéressés ne lui vouloient pas conférer, parce que plus le nombre est grand dans le corps, moins ce corps est considéré. Madame de Sommerdick avoit du chagin de cet entêtement de son mari, et elle ne, souhaitoit rien davantage que de le voir s'en désister ; elle me lit un jour l'honneur de s'en ouvrir à moi, et sur ce qu'elle avoit remarqué qu'il m'écoutoit assez volontiers et même déférait quelquefois à mes avis, elle me pria de le vouloir tourner là-dessus. Je me hasardai donc de lui en dire quelque chose, mais sa roideur fut inflexible ; en un mot, l'ambassade n'eut pas de lieu, et elle tomba sur la tête de M. de Wassenaer Sterrenberg.
Ce coup ayant donc manqué de la sorte, l'affaire de Surinam se présenta. Il y avoit longtemps qu'on travailioit pour y envoyer un gouverneur, et M. de Sommerdick, ou tâté sur l'article, ou peut-être ayant lui-même recherché ce poste, l'obtint fort aisément. Il se trouvoit là trois choses qui ne le chatouilloient pas peu : le faste de gouverneur, l'éloignement d'une cour où il avoit à essuyer mille déboires, et enfin l'espérance d'un gain considérable, ce qui n'étoit pas un faible aimant pour un homme aussi intéressé que lui.
Ce fut, si je m'en souviens bien, vers la lin de juillet 1083, que M. de Sommerdick s'embarqua pour Surinam (1), malgré tous les efforts de sa belle épouse à l'en détourner, et qui aussi, en revanche , refusa constamment de le suivre, quoiqu'il fît assez mine de l'en solliciter, ce que j'exprime de la sorte parce que je crois avoir de bonnes raisons pour croire que, sur ce fait, il y avoit de sa part plus de grimace que de véritable empressement.
Au bout d'environ cinq ans, depuis l'arrivée de M. de Sommerdick au lieu de son gouvernement, s' étant, par ses manières hautaines et dures, fait perdre le respect par la plupart
(11 Le docteur Poitevin mourut dans ce voyage; on jeta le corps en mer, un boulet <l<! canon aux pieds. [Note de Fauteur.]