SA MOUT
de ceux qui avoient le plus affaire avec lui, la soldatesque principalement, qui en étoit la plus irritée, fit complot contre lui, et l'ayant épié lorsqu'il ne se défioit de rien, mais qu'au contraire il se disposoit à quelque nouveau châtiment de cette canaille, qui peut-être avoit exprès attenté une récidive de désobéissance contre lui pour en prendre occasion d'exécuter son détestable projet, ces misérables, dis-je, Tayaut épié, lui tirèrent quarante-sept coups de mousquet, dont il fut bientôt mis à mort, vers le milieu de Tannée 1G88. Quelques-uns des coupables furent pris, et peu de temps après roués ou pendus. Je passe à l'article particulier de Madame de Sommcrdick (1 ). Cette dame étoit fille aînée du fameux Alexandre du Puy, marquis de Saint-André-Montbrun(2), que les Vénitiens élurent leur général en Tannée 1668, au fameux siège de Candie, où il se signala glorieusement, puis mourut au mois d'août 1673. Madame de Sommerdick n'avoit qu'une sœur, mariée à leur cousin germain, le marquis de Montbrun, fils de Charles, aîné d'Alexandre. Madame de Sommcrdick, lors de son mariage, étoit d'une taille haute et déliée, et lorsque quelques années après, par le nombre d'enfants, qui ne lui manquoient point tous les ans, et par la manière de nourriture qui -règne en Hollande, elle vint à prendre plus d'embonpoint, ce ne fut point
(1) Voici comment s'exprime un autre réfugié, M. de Bostaquet, sur le compte de Madame de Sommerdick, dont il fit la connaissance quelques années plus tard. Nous extrayons ce passage de ses Mémoires restés jusqu'à présent inédits, et qui nous sont communiqués par le révérend Charles Vignoles, doyen d'Ossory (comté de Kilkenny, Irlande) à qui ils appartiennent :
(Juin 1687.) « Je fus après voir la marquise de Sommerdick, qui ayant prié M.Basnage de diner, voulut quej'eusse cet honneur. Je trouvai cette dame d'un très grand mérite, toute pleine d'esprit et de civilité; elle est tille de M. le marquis de Saint-André Montbrun, illustre par sa naissance et par mille belles qualités qui ont rendu sa vie glorieuse. Cette digne fille d'un père de cette réputation tient un des premiers rangs à La Haye, et cette bonne mine qu'elle conserve et son air français la rendent très agréable : elle parait avoir été d'une grande beauté; toul belles qualités du corps jointes à an esprit sublime et engageant lui attirent les respects et l'estime de tous ceux qui ont l'honneur de la connaître. J'en reçus beaucoup de civilités qui m'ont engagé à lui rendre mes respects avec assiduité. »
(2) Voyez la France protestante, art. Dupuy-Montbrun.