IL EST CHARGE
de savoir de moi si je pouvois entreprendre la composition de cette lettre ; je répondis qu'avant qu'il fût une heure on saùroit si je serois en état de contenter mes maîtres, et effectivement, le terme que j'avois pris n'étoit pas encore expiré que je portois au sieur Fagel le projet de lettre que j'avois dressé, lui disant que les deux ou trois mots de distinction qu'il trouveroit insérés dans le dispositif ordinaire me paraissoient suffisants, par la raison qu'il ne s'agissoit pas là de faire un grand étalage de style oratoire, et il se trouva être de mon avis, qui fut aussi goûté par l'assemblée, de sorte que je fus chargé de mettre moi-même cette lettre au net, afin d'être incessamment envoyée, comme elle le fut, et écrite de ma main ; et depuis cela, il ne fut plus expédié de lettres au greffe que de ma façon, quoique mon prédécesseur dans le poste que j'ai aujourd'hui vînt à vivre encore plus de six ans, comme on verra dans la suite. Cependant comme je fus obligé d'aller rendre mes respects de reconnaissance à Son Altesse pour l'obtention de mon premier poste, ce prince eut la bonté de me dire que je ne devois regarder ce petit début de ses bonnes intentions pour moi que comme un intérim, et que, lorsque je me serois plus fortifié dans la langue, je n'aurois qu'à l'avertir de la première charge compétente qui viendroit à vaquer, et qu'il ne m'y oublieroit pas. On verra ci-après les effets de cette obligeante parole ; mais avant quoi il est bon de voir de quelle généreuse manière M. de Montausier se prit en France pour m' obtenir du roi la permission de faire venir à la Haye ma femme et mes enfants (1), ce qu'en effet cet illustre patron m'obtint par un brevet tout singulier, de quoi ayant été averti, je lui en écrivis cette lettre de remercîment :
« Monseigneur, « Je ne sais d'où vient la peine que je trouve qu'il y a pour
(1) J'en avois alors deux à cause du voyaçre que ma femme avoit fait ici en mai 1681. Voy. page 2G de cette 2e partie. [Note de l'auteur.]