LES TABLES DE M. TALLENTS
On a vu ci-dessus les deux mots de M. Rainssant sur les Tables anglaises ; M. Ba) le, en faisant mention de cet ouvrage dans le Janvier 1 686 de ses Nouvelles de la république des Lettres (1), prit occasion de ces Tables pour rafraîchir la mémoire des miennes, et, outre ce qu'il en avoit déjà dit dans le journal dont je parle, il m'en toucha encore quelque chose en particulier dans une de ses lettres ; mais comme il n'avoit eu cet ouvrage que par emprunt et seulement pour deux ou trois jours, et que d'ailleurs il est dans une langue que M. Bayle n'entendoit pas, il ne put s'apercevoir, non plus que M. Rainssant, que les Tables anglaises ne sont (par rapport à l'économie) qu'une pure et toute visible imitation des miennes; je dis par rapport à V économie, car je sais bien que cet ouvrage, dans le fond, n'est pas une traduction du mien ; mais pour le plagiarîsme d'économie, il saute aux yeux (2). Or, tout le prix que je prétends se pouvoir trouver dans mes Tables n'est que l'artifice de l'économie, qui a plu à tout le monde, et qui est uni-
(1) Voici ce qui en est dit :
« A propos de chronologie, nous dirons ici que les Tables historiques et chronologiques de M. Tallents, membre du collège de la Magdelaine à Cambridge, sont toujours fort estimées. Il a ménagé le terrain avec tant d'art qu'il est impossible de le faire davantage, ni d'embrasser avec plus d'ordre plus de choses différentes, ni de faire entrer un plus grand nombre de particularités dans tous les compartiments des colonnes. La gravure est d'ailleurs fort nette, et on a pris soin de marquer les liaisons des Etats, les dépendances des familles, les mariages, etc., par divers traits qui frappent la vue agréablement et distinctement. L'ouvrage a été gravé sur 16 grandes planches de cuivre, et s'étend depuis la création du monde jusqu'à l'année 1680. 11 seroit à souhaiter que pour l'instruction de plus de gens il fût mis en une langue connue par toute l 'Europe, On sait, sans que j'en renouvelle le souvenir, que M. Rou avoit fait un semblable ouvrage en France avec un succès extraordinaire, mais que les esprit superstitieux, fléau perpétuel de la République des Lettres, ennemis jurés des sciences et des beaux-arts, conspirèrent de telle sorte contre cet auteur qu'ils le firent mettre à la Bastille, et qu'ils ruinèrent ses Tables sans ressource au grand regret de tous les honnêtes gens. A peine en a-t-il sauvé un exemplaire quand il est venu s'établir en ce pays-ci.» {Nouvelles de la République des Lettres, janvier 1686.)
(2) Après avoir comparé les Tables de Tallents avec les Tables de Rou, il nous serait impossible de ne pas partager l'opinion de l'auteur de ces Mémoires. Tallents fit en 1670 un voyage en France, comme précepteur de deux jei s gens dont
l'éducation lui avait été confié.', il v resta deux ans et demi, et ce fut probablement