‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean RouChapitre 142 sur 188 · NOBLE RÉPONSE DE ROII · texte numérisé non relu

NOBLE RÉPONSE DE ROII

ce sont les Tables de la Loi, Monseigneur ; et j'ai au moins cette consolation que celles-là ne me seront pas ravies comme les premières, parce que la gravure en est dans mon cœur du propre doigt de Dieu, au lieu que les autres ne sont qu'un ouvrage de main d'homme sur du cuivre. Je prévariquerois trop visiblement contre cette divine loi, si, par un lâche esprit d'intérêt, je quittois une communion qui la suit pas à pas sans s'en détourner, ni à droite ni à gauche, pour en prendre une chargée d'un chaos de traditions humaines, qui, bien loin de l'accomplir, l'anéantissent tout entière; en sorte que rien n^est plus diamétralement opposé à l'esprit de la véritable religion chrétienne que celle qui se dit aujourd'hui catholique. Je vous demande pardon, Monseigneur, de ces deux mots : la bienséance d'une explication de ce que je viens de dire les a en quelque sorte rendus nécessaires, car je vous respecte trop pour entrer en controverse avec vous ; permettez-moi seulement d'y ajouter ceci, Monseigneur, que nonobstant le dévouement entier qui m'attachera éternellement ta vous, au milieu de toute l'admiration que j'ai pour vos éminentes vertus, et malgré la disposition où je me sens à vous sacrifier toute sorte de sentiments et d'intérêts , excepté ce qui regarde Dieu et mon honneur, je suis peutêtre l'homme du monde le moins susceptible des impressions « que les dernières lignes de votre lettre semblent me vouloir « donner, puisque, par la grâce de Dieu, je sens dans mon cœur « le témoignage du Saint-Esprit même, d'être éclairé de la « seule lumière qui conduit au salut. Je laisserai donc à part, « Monseigneur, ces termes spécieux mais équivoques du giron «< de l'Eglise, et je me contenterai de vous dire, qu'entre tant « d'Eglises qui se disent toutes la véritable, et dont il n'y en a « pourtant qu'une qui la soit, la seule marque à laquelle je la « puis et la veux reconnaître, c'est la conformité de son culte « aux préceptes et à la parole de notre divin Maître, et cette confrontation ne sera jamais favorable à la communion

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« romaine. Pardon encore une lois, Monseigneur; je prie Dieu « de vouloir être lui-même le rémunérateur des obligeants « vœux que vous avez la honte de lui présenter pour moi. Il « vous a déjà fait tant de grâces, que, comme il ne laisse jamais « son ouvrage impartait, je ne puis me résoudre à vous regar- « der comme exclu des vaisseaux de son élection. Après quel- « ques écarts d'un côté, il n'est pas impossible que nous ne « nous trouvions en même chemin, et n'arrivions enfin à « même but. Dieu veuille, s'il lui plaît, Monseigneur, que nous « nous y rencontrions. C'est ce qui fait tous les jours un des « principaux articles de mes prières ; car vous ne partez point « de mon cœur : il est pénétré de vous, il en est rempli, il en « est presque animé. Je serai, en un mot, tant que j'aurai un « souffle de vie, et avec le profond respect et l'humble recon- « naissance qui vous sont dus, Monseigneur, etc.

« A la Haye, le 27 juin 1686. « Rou. »

Huit ou quinze jours après que cette lettre fut partie, M. Jurieu, qui était venu faire un tour à la Haye pour quelques affaires qu'il avoit auprès du prince, s'enquérant de l'état des miennes , me donna occasion de lui montrer cette lettre, laquelle ayant lue : « Elle est très belle et très bonne, me « dit-il, mais je voudrois que vous ne l'eussiez pas envoyée. « — Par quelle raison, lui dis-je? — C'est que vous risquez « de perdre cet illustre patron-là. — Oh! repris-je, vous « ne le connaissez pas si bien que je fais; je suis sûr qu'il ne « m'en aimera que mieux, et j'espère, dans quelque temps, de « vous en donner des marques. Je dis dans quelque temps, « parce que je crois bien qu'il ne m'écrira pas sitôt, et princi- « paiement ne répondra jamais à ceci; mais, quand les idées « de tout cela seront comme perdues, souvenez-vous qu'il m'é- « criratout comme auparavant. » Cela ne manqua pas d'arriver, et l'on eu aura bientôt des preuves en son lieu (1).

il) Vov. pagea92-

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