V OPItHON DE RWLK
« dire, sur votre scrupule de nommer et votre dessein de sup- « primer les noms et les dates , en cas que vous en veniez à « l'impression, que je ne suis point du tout de ce sentiment, « parce que les lecteurs seront tout autrement curieux, quand « ils sauront que cela regarde Monseigneur l'évêque de Meaux. -
Yoici un autre extrait du vendredi 10 janvier 1687 et du même M. Bayle.
« Depuis le commencement de cette année je cherche une « voie d'ami, tant pour vous renouveler les assurances de mon « amitié et de mon estime singulière à ce renouveau d'an que « pour envoyer les nouvelles de décembre avec une réitération « d'excuses sur la table alphabétique, qui m'a contraint de « renvoyer au journal suivant la mention de votre ouvrage. Je « ne vous saurois exprimer le déplaisir que j'ai du juste sujet « que vous avez eu de ne savoir que penser de ma conduite « pendant le long temps que vous avez ignoré le dénoùment. « Je vous prie d'en tirer cet usage à mon intention et prolit, « que si à l'avenir pareils sujets vous étoient donnés de réflé- ?< chir sur moi, vous soyez inébranlable sur la persuasion que « je suis toujours pour vous ce que je dois être, c'est-à-dire « plein d'une véritable amitié fondée sur une estime partie u- « lière que votre excellent mérite me demande, et que vous te- « nant ferme là, vous attendiez tranquillement un dénoùment « semblable à celui de ces jours passés ; j'en reviens toujours « là, que je ne saurois songer sans douleur à ce que vous aviez « pensé de moi pendant plus d'un mois ; ce qui me console, « c'est qu'enfin vous avez vu mon innocence. Vous me donnez, « au reste, une confusion qui en vérité me fait honte, quand « vous me traitez d'illustre ; au nom de Dieu, plus de cérémo- « nie, je vous en montre l'exemple, quoi que je pusse, avec « plus de raison que vous, la garder et vous donner de magni- « fiques épithètes ; cependant, pour vous donner un plus fort
-Mi «( LA SEDUCTION ELUDEE. » 'lo'O
exemple, je ne finirai que par la familiarité cordiale d'ami qui est tout à vous.
« Baylu.
J'ai marqué ci-devant, qu'étant encore dans mon précédent poste, javois été mis sur le pied de dresser toutes les lettres que L'Etat écrivoit aux puissances étrangères, ce qui, en effet, n'a jamais manqué depuis ce temps-là, c'est-à-dire dès le commencement des six années de ma vacation au greffe de LL. Il H. PP.
Sur la fin de cette sixième année, savoir en décembre 1688, la l'eue reine Christine de Suède ayant eu dessein d'établir le sieur Brémont en qualité de son résident auprès de Leurs Hautes Puissances, elle leur écrivit à cet égard une très obligeante lettre, qui aussitôt me fut mise entre les mains pour y faire une réponse d'acceptation respectueuse. Je puis dire en toute vérité que je rompis le coup ; et voici comment. Je m'étois trouvé en Angleterre clans un temps où Brémont y avoit fraîchement répandu de lui un bruit de conduite qui ne lui faisoit pas d'honneur, et principalement sur des pratiques sourdes contre le gouvernement, qui ayant été découvertes, il avoit eu le bonheur d'échapper au dessein qui étoit tout formé" de se saisir de lui ; de là il s' étoit intrigué auprès de la reine Christine, et ensuite étoit passé dans ces provinces, d'où il avoit mendié auprès de cette princesse le poste dont je viens de parler, à la laveur des bonnes grâces qu'il s' étoit ménagées dans son esprit par de petites galanteries qui étoient son fort, comme aussi elles étoient assez du goût de Christine (1).
Quoi que je n'eusse aucune habitude avec Brémont, je savois néanmoins, par des gens qui le pratiquoient, une bonne partie de sa conduite, du moins assez pour me croire obligé d'en avertir mes maîtres. Je m'en ouvris donc à M. le greffier (le père de
(1) 11 s Y-toit insinué auprès d'elle à peu près de la manière qu'avoit fait Bourdelot. [Note de l'auteur.
*Î56 KUL EST CUAHGÉ d'ÉCHIRE
celui d'aujourd'hui;, lui disant que, dans le poste où je me trouvois, non-seulement je me eroyois obligé de dire ce que je sa vois, mais que je me croirois même criminel si je ne le faisois pas ; que mon inclination n'étoit nullement de nuire à personne; que d'ailleurs je ne prétendois point m' ériger en délateur, d'autant plus que dans le fond je n'avois pas de formelles preuves à produire, mais seulement des préjugés légitimes et des bruits qui de plusieurs endroits étaient venus à mes oreilles ; sur toutes lesquelles choses je m'étois cru obligé de m'en ouvrir à une personne de la prudence de M. le greffier, afin qu'il en usât selon que cette même prudence le lui dicteroit. M. le greffier me remercia et fit rapport de tout à rassemblée, laquelle aussitôt, changeant d'avis, me donna ordre de dresser une réponse toute contraire à celle que d'abord on avoit eu en vue, c'est-à-dire une lettre d'excuse, mais dans la manière du monde la plus honnête et du tour le plus délicat que je serois capable d'y donner. Je me mis donc en devoir d'exécuter mon ordre du mieux qu'il me fut possible. La lettre que je fis eut le bonheur d'être approuvée; et on verra, par la deuxième lettre que la reine écrivit à l'Etat sur ce sujet, que Sa Majesté même en fut contente, jusqu'à exalter fort le tour qu'on avoit donné au refus qu'on lui faisoit. Yoici la première de ces deux lettres, savoir la mienne :
« A la reine Christine,
« Le 18 décembre 1688.
« Madame,
« Il y a quelque chose de si obligeant dans l'honneur qu'il « plaît à Yotre Majesté de nous faire par l'offre d'un résident « de sa part auprès de cet Etat, et nous sommes si disposés à « regarder cela comme une marque incontestable de son incli- « nation à entretenir avec nous une bonne correspondance, « que nous ne pouvons y répondre que par de très humbles « actions de grâces, et par l'assurance de la résolution où nous