‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean RouChapitre 167 sur 188 · LE! LETTRES PE RAY LE · texte numérisé non relu

LE! LETTRES PE RAY LE

Pendant que je suis sur M. Bayle, je dirai des lettres que j'aide lui, comme j'ai fait à L'égard de celles de M. Ménage, que j'en ai un très grand nombre qui concernent la littérature et la critique, dont je pourrai parler ci-après par voie de supplément à ces Mémoires, et qui s'en doute seront fort bien reçues des lecteurs; cependant je passe à de nouvelles matières.

Vers le milieu de l'année 1690, M. Mutel (1), ministre réfugié à Dort, le plus ancien de mes amis, et avec qui j'ai toujours eu un assez grand commerce, m'écrivit une lettre fort obligeante sur quelques ouvrages de ma façon qu'il m'avoit demandés, et voulant se justifier d'une complaisance trop flatteuse que je lui reprochois pour tout ce qui sortoit de ma plume, il prit de là occasion de s'éclaircir avec moi sur un scrupule qui lui étoit venu d'une apparence de quiproquo de ma part, au sujet de Vambrosie que je lui paraissois confondre avec le nectar des dieux, et voici comment il s'en expliqua :

« Pour moi (dit M. Mutel dans sa lettre du 3 juillet 1690), « puisqu'il vous plaît de me taxer un peu d'honnête flatterie, « contre mon naturel, laissant à part la complaisance, je vous « dirai que je n'aurois jamais en effet donné mon approbation « à ce que j'ai lu s'il ne m'en avoit paru digne. Et afin de vous « faire mieux voir que ce n'est pas trop mon humeur d'encen- « ser les gens à tout propos, lisez ces lignes : Prenez garde, « mon cher Monsieur, que vous, qui accusez les autres si aisé- « ment de mauvais goût, ne vous fassiez à la cour une affaire « considérable, de parler si bassement que vous faites de ce « qui se sert pour être présenté devant la première et la meil- « leure reine du inonde. Dites-moi encore, je vous prie, si « votre palais est fort fin lorsque vous prenez de Vambrosie « pour du nectar. Nous autres, qui ne sommes nullement poètes, « v mettions toujours quelque petite différence; et j'avois cru,

1 Parmi 1rs ministres protestants réfugiés présents au synode tenu à Rotterdam en 1686, on voit le nom de François Mutel, pasteur de l'Eglise de Coussv (lie d* France); c'est probablement celui dont il est ici question.

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