‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean RouChapitre 173 sur 188 · ORDRE ET CARACTERE · texte numérisé non relu

ORDRE ET CARACTERE

nient à la remplir, sa modestie lui faisant dire qu'il ne faisoit cela que pour s'instruire mieux lui-même en recueillant les savantes considérations de personnes si éclairées; et alors il me pria de lui donner une plume et du papier, sur lequel dès l'heure il écrivit les principales choses qu'il entendit dire à chacun sur la matière que j'avois préparée. Ainsi ce fut chez moi proprement que commencèrent, sur le pied académique, comme j'ai dit, les conférences qui subsistoient depuis déjà quelques années, à la louable suggestion et par les bons soins de M. du Vivier qui en a voit été le premier promoteur.

Ce fut aussi à cette première conférence dans les formes que, pour installer dans la compagnie plus d'un laïque, on y reçut aussi M. des Forges-Acéré , mais avec cette clause immuable, que L'on n'admettroit jamais un plus grand nombre de laïques que celui de deux; et cela afin d'ôter à une infinité d'autres survenants le désir et la recherche d'une pareille grâce, parce que la chose par là n'aur oit jamais de fin, ou qu'on se feroit de trop grandes affaires avec le tiers et le quart, en donnant l'exclusion à tels qui se pourr oient présenter.

La pratique constante qu'avoient toujours tenue jusque-là ces messieurs et qu'ils gardent encore à présent, est que, sans aucun discours prémédité et couché par écrit , comme seroit une action publique, le modérateur du jour (c'est-à-dire celui de la compagnie dont le tour est de recevoir l'assemblée, tenir la conférence et proposer les matières) choisit en son particulier, la veille ou le matin même de la conférence, quelque sujet à sa discrétion, pour être agité l'après-dînée par toute la compagnie, ce que ces messieurs avoient ainsi établi d'abord, à cause que toutes les matières dont on avoit à traiter, étant uniquement du ressort et de la profession des personnes de ce corps, toutes accoutumées à parler sur-le-champ et dans les plus nombreuses assemblées, ce ne pou voit pas être une affaire pour eux que d'entrer d'abord eu matière et sans davantage de préparation. Mais pour moi, qui ne me sentais pas si rompu à

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retlc pratique que tous ces messieurs ; qui u'étois pa.*> théologien de profession comme eux, et qui d'ailleurs me suis toujours reconnu, aussi bien que Moïse, mal partagé de la langue, je pris le parti, dès le commencement de mon installation, de songer de bonne heure à mon fait, de travailler fort toutes mes matières et de les lire en présence de tous, afin de faire moins de peine à chacun par cette voie que je n'eusse fait sans doute par des bégayements et par des hésitations perpétuelles. Ce qui est arrivé de là est que, bien souvent, le secrétaire de la compagnie, ou chargé par elle, ou porté de lui-même à se soulager d'autant, m'a demandé mon écrit et l'a copié mot à mot dans son registre, et que bien plus, sur ce qui s'en étoit dit en certaines compagnies par des rapports innocents, M. de Beauval, si célèbre par ses excellents Ouvrages des savants, en travaillant à ses journaux, m'a sollicité plusieurs fois de lui abandonner quelques-unes de ces sortes de pièces, que je n'aurois jamais produites sans cet obligeant empressement. Ainsi, je suis l'unique de la compagnie, quoique le moindre de tous, à qui il soit arrivé d'exposer au public des matières confércnciales, s'il m'est permis d'user de ce terme.

Depuis l'honneur qu'on me fit de m'agréger ainsi dans cet illustre corps, la conférence, jusqu'ici, s'est tenue chez moi plus de cent fois, puisque le premier de ce présent mois de sep tembre 1710, la cent-unième s'y tint, et il n'y a jamais eu de séance où je n'aie tout au moins proposé deux matières, jusque-là que bien souvent il y en a eu trois; de sorte que c'est tout au moins , comme je dis, que j'aie fait agiter deux cents questions, dont plusieurs sont fort travaillées, du moins selon mes forces. Cependant, je n'ai eu jusqu'ici occasion d'en publier que quatre, savoir celle (VAssitérus (1), celle des Soixante-dix

(i) « Mémoire de M. Rousur la question : Quel des rois de Perse il faut entendre par l'Assuérus mentionné au livre d'Esther, chapitre Vr, verset 1, et chapitres suivants. Car quoi qu'on demeure d'accord qu'il le faut chercher parmi les rois de P'Tsc et de Médic, on ne convient pas qu'il est ce roi de Perse-là ; les uns voulant i 20

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