IL SUIT LE COURS DE PHILOSOPHIE
la vérité, le plus brillant endroit de mes études. Soit par les étroites bornes de mon petit génie, soit par l'effet de cette diversité de naturels dont les facultés de quelques-uns se développent de meilleure heure, et les autres plus tard, je ne me trouvai pas de si heureuses dispositions à comprendre les raila classa de philosophie était remplacée par des cours faits en dehors du collège* par l.s professeurs publics, et que fréquentaient également les élèves du collège et les étudiants en théologie. (Voir les intéressantes notices de M. le professeur Nicolas, sur les académies et les collèges protestants. Bull, de la Société de l'Histoire du protestantisme français, t. III, p. 155-167; t. IV, p. 504-511.)
Le récit suivant, emprunté au journal mss. de François de Jeaucourt, marquis d'Ansson,qui vint à Saumur une dizaine d'années après Rou, nous paraît présenter an curieux rapprochement :
(( Je commençai mes études avant huit ans sous les yeux de feu mon père, ayant (<pour précepteur un nommé Bcaulicu, très bon humaniste, donné de la main « de M. Lefebvre; quelques années après, je suivis mes trois aînés à Saumur; j'é- « tais si jeune qu'on jugea à propos d'envoyer notre grande gouvernante avec moi « jusqu'à la couchée, afin que la séparation fût moins rude, et elle coucha avec « moi à son ordinaire; elle se nommait La Tcxier. Le premier de ces trois frères passable écolier (Jean-Philippe de Jeaucourt, marquis de Villarnoul), le sc- (( rond (Pan! de Jeaucourt, sieur de Rouvray), excellent, ce qui étoit en lui une « de ses moindres qualités pourtant; le troisième (Jean-Louis de Jeaucourt, sieur « de Bussières), fort méchant, mais réparant ce défaut de beaucoup de franchise, « de bonté et de courage. Je fus bientôt capable de la seconde classe, où je restai « trois ans sous le savant M. Lefebvre. La considération qu'il avoit pour feu mon « père, qu'il regardoit comme un de sesMaecenas et ma grande jeunesse l'engagè- « rent a me traiter avec douceur, ce qui me fit trouver le métier moins rude, et je « n'y fis que plus de progrès. Je montai ensuite dans la troisième classe, sous un « Ecossais, nommé Doull, bonhomme mais mauvais régent, qui enseignait la rhé- « torique, dont je n'appris rien ou fort peu de chose. J'eus ensuite pour professeur « de philosophie M. Ghouet, que j'ai vu depuis syndic à Genève. Il me trouva « peu enclin à la philosophie, c'est pourquoi il me dicta en particulier un Gompen- « dium pour me soulager ; mais je pris goût à la physique où je profitai passable- « ment; je logeai sur la fin avec lui et M. Gaussend chez M. Mariot. M. Amyraut « élait le principal de l'académie. Tous ces messieurs en usoient envers moi « avec quelque distinction parce que c'étoit mon ayeul qui l'avoit fondée, parle « crédit qu'il avoit auprès de Henri IV, son maître. Je n'ai pas oublié avec quelle « âpreté ce M. Gaussend étudioit : à peine se donnoit-il le temps de manger un « morceau ; et il étoit au désespoir quand il lui venoit des visites qu'il ne pouvoit «éviter; aussi ruina-t-il sa tète et sa santé en peu de temps et mourut fort jeune, « mais ayant déjà beaucoup de réputation, dont il me paraissoit aussi avide dans « son métier qu'un Alexandre dans le sien. J'achevai mes études extrêmement «jeune, et elles ne m'auraient servi à rien, si je n'avois eu le soin de les conti- « Quer de moi-même et dans le temps que le jugement se joint à la mémoire. A la « lin de 1668, je passai du collège à l'académie de Paris pour y faire mes exer- « cices. » {Journal mss. du marquis d'Ausson, aux archives de la Haye.)