IL FAIT SES ÉTUDES DE DROIT A PARIS
Mais il faut pour cette heure en demeurer là, puisque ce seroit une trop grande anticipation sur ce qui me reste à dire sur ce sujet, vu toutes les autres choses qui se passèrent entre deux. Je poursuis donc l'emploi de mon temps et la nature de mes occupations.]
Environ six mois après mon retour de Saumur, mon oncle me ramena à Paris, lieu de ma naissance, où je ne m'étois point vu depuis plus de quatre ans. J'y arrivai en février 1658, et au bout de six mois je commençai mes études de droit, sous la direction d'un célèbre souffleur, qui étoit cet avocat Bicheteau dont j'ai parlé ci-devant, et qui, comme je l'ai aussi dit au môme lieu, me rejoignit avec M. Le Coq. Cette troisième sorte d'étude me fit une troisième fois reconnaître l'étroite borne de mes talents, ou qu'en tout cas toutes professions ne m'étoient pas propres. J'ai parlé de mes chagrins en ce qui regardoit les épines, tant de mes premières humanités que de toute ma philosophie; j'en conçus de nouveaux en ce qui regardoit la jurisprudence. Ces Sempronius, Msevhis et Tilius, sous le personnage desquels on me faisoit jouer tant de rôles tirés des divers paragraphes du Digeste et du Code, sans parler des Novelles et des Pandectes, me boule versoient tellement la cervelle, que j'étois bien éloigné d'y reconnaître ces aménités si merveilleuses dont Ménage nous a fait un si curieux recueil, et dont quelques années après le temps dont je parle, je fis aussi enfin mes délices, mais pas assez néanmoins pour me fixer à la profession que j'avois embrassée, comme je dirai bientôt.
Mes études de droit étant achevées, j'allai prendre mes licences à Orléans; j'endossai là la vénérable robe de Cujas (car c'est ainsi qu'on appelle une vieille souqucnille qui, depuis plus de six vingts ans, traîne dans la poussière d'une salle où l'on examine les réponses des divers candidats qui se présentent à toute heure) ; le point principal est sans doute de savoir s'ils ont sur eux les vingt écus dont ils doivent payer leurs licences. Ce fut très certainement, en ce qui me regarde, la ré-