SON ADMIRATION POUR LES PLAIDOYERS DE LE MAISTRE
et Galand (1), tout cela parce que les pièces d'éloquence me touchoient toujours. J'admirois surtout, entre toutes ces pièces de barreau, celles du premier de ces quatre fameux orateurs ; mais j'avoue que je ne comprends pas encore la grande affaire que ce grand homme se faisoit si fort de la citation de tant de passages des Pères, remarquant, aussi souvent que j'étois capable de le faire en ce temps-là , combien peu de solidité il y a dans quantité de pensées de ces vénérables anciens dont on est si prévenu (y ayant autant de faux esprit dans quelques-uns de leurs plus beaux ouvrages , que j'y en trouvois, nonobstant ma jeunesse, et dont je suis en état de donner quantité de bonnes preuves, en ayant fait dès lors un assez copieux recueil) ; sur quoi je me souviens de ce joli mot de feu M. Morus (2), qui, jugeant du moius aussi désavantageusement que je faisois de tout ce bel esprit de contrebande, disoit aux occasions : « On nous vante les Pères, et il y a sans doute d'excellents endroits dans leurs ouvrages; mais il faut avouer aussi qu'avec tout le respect qui leur est dû, il y a quelquefois bien du clinquant dont nous nous garderions bien de faire parade. Les Pères ne seroient aujourd'hui que les enfants de plusieurs d'entre nous, et, à proprement parler, c'est nous qui sommes les Pères. » Je reviens à
s'était distingue dans les armes. Après avoir étudié le droit à Turin et à Padoue, et pris son degré de docteur à Bourges, il vint s'établir à Grenoble. 11 fut successivement avocat et avocat général, puis président au Parlement de cette ville. Entre autres ouvrages, il a laissé un volume de plaidoyers et d'arrêts. Henri IV le considérait comme un personnage habile et capable de remplir les plus grands emplois de robe.
(1) C'est probablement Auguste Galland, avocat au Parlement de Paris, puis procureur général du domaine de Navarre et conseiller d'Etat, auquel MM. Haag ont donné un article dans la France Protestante. On a de lui un Recueil de Plaidoyers prononcés au Parlement de Paris. (Paris, 1656, in-4".)
(2) Quoiqu'il ait été diversement jugé par ses contemporains, Alexandre Morus a certainement été un des plus grands orateurs protestants du dix-septième siècle. Professeur de théologie à Genève, il remplit plus tard la même charge a Técole illustre de Middelbourg , qu'il abandonna pour une chaire d'histoire à l'école illustre d'Amsterdam. En 1659, il devint un des pasteurs de l'Eglise réformée de Charcnton, et mourut à Paris en 1670. (Voir son article dans Bayle.)
IL ENTREPREND L'ÉTUDE DE L'iTALIEN. >V>
M. le Maître pour dire en sa faveur, et pour sa justification , que peut-être est-ce M. Issali (1) qui a eu le soin de mettre en ordre, puis eu lumière, les principaux plaidoyers de ce grand homme (2) ; peut-être* dis-je, est-ce M. Issali seul qui, dans la pensée de l'aire un plus grand honneur à son ami d'une si vaste lecture de tous les Pères, dans un âge si jeune (car dans sa préface il lui attribue tout cet acquis à vingt-quatre ans), a mis, en étalant avec tant d'apparat toutes ces si belles citations, plus de soiu à les ramasser indifféremment toutes qu'à choisir bien judicieusement les meilleures.
Un nouvel entêtement qui acheva de me détourner tout à fait du barreau, fut celui de la langue italienne, dont je vins à me coiffer si fort, qu'en F espace d'une seule année (mais qu'aussi j'y employai tout entière), je vins à parler presque aussi facilement italien que françois, et j'avais en ce temps-là mon Pastor Fido aussi avant imprimé dans la tète qu'Amarylle l'y pouvoit avoir en la personne de son cher Myrtyl. Je fis bientôt la traduction de cette fameuse pièce de théâtre, et de là je passai à celle du Célimaure de Brignol Sal, que la tentation de vingt louis d'or, qu'un jeune libraire (Mauger, qui s'en accommoda ensuite avec Somma ville) m'en offrit assez légèrement, me fit moi-même aussi légèrement abandonner aux imprimeurs (c'est en l'an 1G65 que se fit cette impression), puisque je suis le premier aujourd'hui à ne pas faire grand cas de cette production. Je marque ici tout exprès cette sincérité afin que vous , mon iils aîné, soyez prudemment en garde de cette petite fai-
(1) Je crois que c'est le même M. Issali, dont parle Charpentier dans les Haranyw< de VAcad. T. 2. p. 291; et qu'il qualifie un de nos plus célèbres jurisconsultes, etc. [Note de V auteur.)
(2) Recueil de divers Plaidoyers et Harangues prononcés au Parlement. 2e édition, Paris 1654, in-4°. — Edition donnée par Issali, 1657, in-fol.
Le chancelier d'Aguesseau, dans sa IVe instruction à son fils, l'engage à lire quelques-uns des discours de Lemaistre, « où l'on trouve des traits, qui font regretter que l'éloquence de l'auteur n*ait pas eu la hardiesse de marcher seule et sans ce cortège nombreux d'orateurs, d'historiens et de Pères de l'Eglise, qu'elle mène toujours à sa suite. {Biographie universelle.)