LE DUC DE MONTAUSIER
« employer personne qui ait plus de soin, de fidélité et de zèle « que lui pour toutes les choses qu'il vous plaira de lui ordon- « ner, ni qui s'en acquitte plus exactement. Il aura l'honneur « de vous faire voir quelque chose de ses desseins pour la « chronologie, et il recevra avec respect les avis que vous au- « rez la bonté de lui donner, et chérira encore plus vos cen- « sures que vos louanges ; car, avec toutes les autres bonnes « qualités, il a une modestie et une docilité qui ne sont pas « ordinaires à tous les gens de lettres , et qui augmentent le « mérite de leur savoir quand elles s'y trouvent jointes. « Je suis, Monseigneur, etc. Conrart. »
M. de Montausier n'eut pas si tôt su de moi que j'étois venu exprès pour me ranger à l'obéissance de tout ce que marquoit sa réponse à la première lettre de M. Conrart, qu'il fit porter avec lui, par un de ses pages, les quatre tables en satin qu'il me rendoit, afin d'être présentées au roi, chez qui, de ce même pas, il me fit l'honneur de me mener. Comme à la cour les moments sont compassés, à peine étions-nous arrivés dans l'antichambre du roi que Sa Majesté parut, sortant de chez la reine, pour aller à la petite chasse; il étoit précédé par ses principaux gentilshommes, qui d'abord me dérobèrent sa vue; mais comme, à l'aspect de M. de Montausier qui lui avoit parlé de moi, il s'arrêta tout d'un coup comme pour savoir ce que nous lui voulions, tous les gentilshommes s'ouvrirent en un instant à droite et à gauche, de sorte que je ne fus pas peu surpris de me voir immédiatement en face de ce grand prince. « Quel est, « me dit-il aussitôt, l'ouvrage que vous tenez là? » Sur quoi avant répondu en deux mots que « c' étoit un détail assez com- « mode de tout ce qui s'étoit passé de plus considérable dans « le monde depuis sa création jusqu'à la naissance de Jésus- « Christ. — Et le reste? » me dit aussitôt ce prince. Sur laquelle demande M. de Montausier, qui prit là comme au bond une occasion obligeante de me rendre office , en m' épargnant d'ailleurs l'inconvénient d'une réponse où je n'eusse osé mar-