‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean RouChapitre 48 sur 188 · DÉMARCHES INUTILES AUPRÈS · texte numérisé non relu

DÉMARCHES INUTILES AUPRÈS

vint voir en quel état étoit sa proie. Je fis cependant apporter une bouteille et du pain à mes deux geôliers, qui, moins dégoûtés que moi, s'en accommodèrent, pendant qu'après m'être Lien recru le corps en bigarrant ma chambre et ruminant sur mon aventure, je me jetai sur mon lit tout habillé que jétois , après en avoir tiré les rideaux ; car ma femme , dès le départ du commissaire, s1 étoit mise en carrosse pour Saint-Germain, accompagnée de M. Tessereau, qui, averti de ce qui se passoit chez moi , y étoit aussitôt accouru , et nous voulut bien rendre cet office. Dès qu'ils furent arrivés à la cour, ils virent M. de Montausier, qui les reçut selon sa générosité ordinaire, en témoignant néanmoins quelque mécontentement de ma conduite. 11 leur dit qu'il ne m'abandonneroit pourtant pas, mais qu'il falloit qu'ils vissent M. de Meaux, afin de le ramener, s'il y avoit moyen, parce qu'il lui avoit paru être fort mécontent de moi. Mais M. de Meaux ne fut visible qu'à dix heures du soir, de sorte que ma femme et mon ami allèrent chercher chacun une chambre dans l'auberge où ils étoient d'abord descendus. Ainsi je ne les revis que le lendemain, vers midi. Ils me dirent qu'ils étoient plus que satisfaits de la réception de M. de Montausier, mais que M. de Meaux les avoit fort rabroués : « Com- « ment, leur dit-il d'abord, après qu'ils eurent prononcé mon « nom , prétendez- vous me rendre protecteur d'un hérétique ? « Vous vous adressez fort mal. — Monseigneur, lui dit ma « femme, Votre Grandeur a honoré mon mari de son approba- « tion et de sa table, ce qui nous fait espérer qu'ayant paru « être content de lui et de son ouvrage , vous ne l'abandonne- « rez pas dans la persécution que ses ennemis , ou plutôt des « jaloux de toutes les grâces que vous lui avez faites, ont mali- « cieusement intentée contre lui. — Votre mari, repartit-il « aussitôt, ne m' avoit pas dit qu'il étoit huguenot, et je ne par- « lerai jamais pour lui. » Conclusion, qu'on ne put rien gagner auprès de M. i'évêque, et que mon ami et ma femme retournèrent le lendemain matin, avant que de partir, prendre congé

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de M. de Moutausier, et lui rendre grâces, en même temps que compte du traitement que M. de Meaux leur avoit fait. M. de Hontausier répéta à ma femme la promesse de ne m'abandondonner point; mais lui recommanda de ne point faire sonner trop haut, et cela pour notre propre intérêt, la bonne disposition de son cœur; qu'il falloit, dans une telle affaire, se conduire avec beaucoup de prudence, et que seulement on le laissai faire.

Je viens ici à faire une remarque sur cette déclaration si formelle de M. de Meaux, qu'«7 ne me connaissait pas pour huguenot; ce qui est fort contradictoire à cette excuse enjouée qu'il m'avoit faite quelques mois auparavant, et dont j'ai parlé ci-dessus; car cette excuse, qu'on ne s'avisera jamais de demander entre catholiques-romains en occasion de jours maigres, m'avoit été adressée d'un air souriant qui montroit assez qu'on savoit bien à qui on parloit, ce qui fut aussi le sujet de ma réponse. Je retourne à M. le duc de Montausier.

lort peu après le voyage de ma femme auprès de lui, je me donnai l'honneur de le remercier par une lettre où je touchois deux mots, mais fort en passant, sur ce qui pouvoit servir à ma justification, et voici ce qu'il eut la bonté de me répondre :

« A Saint-Germain, ce 7e décembre 4 675. « Vous vous êtes attiré votre malheur par votre conduite ; « mais je ne laisse pas d'en être extrêmement fâché, et je vou- «< drois bien pouvoir empêcher qu'il ne fût plus grand qu'il « n'est. J'écris à 31. de la Reynie, afin qu'il voie s'il y a moyen « de satisfaire aux ordres du roi sans rompre les planche? de « nos quatre dernières Tables chronologiques, puisque vous « en pouvez oter ce que vous n'y deviez pas avoir mis, et je « lui marque que je lui serai obligé d'y apporter tout ce qui « dépendra de lui. Je souhaite que ma recommandation ne vous « soit pas inutile; car j'ai beaucoup de considération pour « nous, et vous en devez être persuadé.

« Moutausier. »

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