‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean RouChapitre 53 sur 188 · A LA BASTILLE. G · texte numérisé non relu

A LA BASTILLE. G

«t plaît ii Dieu, no finiront pas si tôt, et pour les mauvais, si le « traitement que vous avez reçu ici est ce qui a contribué aies « rendre tels, les voilà dès à présent terminés. Habillez-vous, « le roi vous donne la liberté de la cour, et je ne suis venu ici « que pour vous mener joindre la compagnie de plusieurs mes- « sieurs, qui a entablement sont arrêtés ici aussi bien que vous, « mais avec une entière liberté de communiquer les uns avec « les autres, et d'être même visités de tous leurs amis. J'ai « même déjà envoyé chez vous annoncer cette bonne nouvelle, « et sans doute que vous verrez bientôt ici ce que vous avez « de plus cher. »

Nous sortîmes donc, M. de La Grisolle et moi, de cette chambre, où j'avois passé une si mauvaise nuit, sans que je pusse prendre congé de confabulateurs à travers trou, et desquels je n'ai jamais ouï parler depuis.

Ce seroit ici le lieu de parler des nouvelles connaissances que je fis au sortir de mon espèce de cachot, par ma jonction a\ < c messieurs les bast illards (car ainsi appeloit-on tous les malheureux détenus en cette triste demeure, toute royale qu'elle étoit ) ; mais, comme la peinture que j'ai à faire, u ; peu en détail, de quelques-uns des principaux d'entre eux, soit pour le mérite réel de deux ou trois, soit pour le ridicule des autres, m'arrêtera quelque temps ; je passerai d'ici à la réception de ma femme, qui ne tarda pas beaucoup à me venir voir, accompagnée de quatre ou cinq de nos plus chers parents et amis. Ce fut une entrevue fort consolante pour nous tous; mais elle ne put être de longue durée , à cause de la grande brièveté des jours de la saison, et je restai enfin en la seule compagnie de mes nouveaux consorts.

Ces consorts, si je puis les qualifier ainsi, étoient environ quinze, de fort différents caractères, aussi bien que de différente qualité, mais dont je n'en spécifierai que six sur le pied de singularité, savoir : le marquis de Poménar, le chevalier û'Aigremont, le père Anc/ieman, les deux Montandré père et fils,

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