LE JEUNE MONTANDRE
grande attention à ce qui venoit d'être dit. Madame de Bretonvilliers surtout dit au marquis qu'il se faisoit tard, et ils se séparèrent.
J'ai à dire un mot sur la singularité des divertissements que quelques-uns se donnoient dans la cour de la Bastille, lorsqu'on n'avoit rien de meilleur à faire; je n'en choisirai qu'un, tant pour n'être pas trop ennuyeux dans mes descriptions, que parce que celui que j'ai en vue fut l'occasion d'une petite brouillerie entre le jeune Montandré et moi, laquelle, au bout de quelques semaines, donna matière à une réconciliation, qui, le plus heureusement du monde, fut suivie de mon élargissement.
Dans un état de prison., on se fait des plaisirs, dont onauroit honte en toute autre situation ; le marquis de Pomenar, Montandré le fils et quelques autres se divertissoient à faire monter sur la terrasse (qui ce jour-là avoit été libre à cause de quelques dames qui avoient témoigné de la curiosité pour cette vue), un grand barbet tout au haut d'une des tours, et de là le précipiter dans le fossé qui environne le château, pour voir si à la faveur de l'eau dont ce fossé étoit rempli, il se pourroit sauver. Le barbet revint de là d'un air triomphant, et Montandré le rejette une seconde fois ; il se sauve encore et revient tout joyeux, comme pour renouveler ce beau plaisir tant à lui qu'à ceux qui se le donnoient à ses dépens; il revint encore cette seconde fois ; mais à la troisième il y demeura. Je ne pus m'empêcher de témoigner mon étonnement d'un jeu de cette nature, et Montandré voulant assez mal à propos me faire comme une leçon sur le peu d'égards que je témoignois pour M. le marquis, lequel étant mêlé là aussi bien que lui, ne se montroit pourtant pas si délicat que moi, ne l'en ayant pas repris comme je m'étois ingéré de le faire, je lui répliquai que quand je lui verrois faire des actions où un marquis se pourroit raisonnablement plaire, je n'y trouverois jamais rien à redire, mais que je ne pou vois pas avoir la même complaisance pour