IL SE REND AD TEMPLE DR C1IAHENT0N
la liberté qu'il m'avoit accordée, et lui dire, selon le psaume XXXV, 27 et 28;
Bénite soit la grand' puissance De toi, ô Seigneur Dieu, qui fais Vivre Ion serviteur en paix, Par une entière délivrance ; etc.
avant, dis-je, que de me transporter en ce lieu, je retournai à la Bastille avec une voiture, pour emporter mes meubles, lesquels ayant laissés sous la conduite de quelques domestiques, je continuai le chemin que j'avois dans l'esprit.
En entrant dans le temple, où plusieurs fidèles étoient déjà assemblés pour le catéchisme, je me jetai d'abord à genoux dans ma place ordinaire, qui me fut bientôt cédée par une personne qui l'avoit toujours occupée pendant ma prison. A peine fus-je relevé, que plusieurs amis m' ayant reconnu avec une agréable surprise vinrent m' embrasser, et une tante de ma femme, quin'étoitpas encore sortie de sa chambre, courut vite vers elle pour la préparer, de crainte qu'une trop grande joie point attendue ne lui donnât quelque émotion dangereuse. Effectivement, elle se contenta de lui dire d'abord qu'un bruit couroit que je sortirois bientôt de prison; ensuite, que ce seroit peut-être dès ce même jour, et que si cela arrivoit, elle ne doutoit pas que je ne vinsse moi-même apporter les nouvelles de ma délivrance , et ainsi d'approche en approche, elle lui laissa entendre qu'elle m'alloit bientôt voir. Ma femme là-dessus descendit, et entrant dans le temple, comme j'en sortois pour l'aller chercher, elle ne put s'empêcher de jeter quelques cris de joie, auxquels elle s'abandonna avec d'autant moins de retenue, qu'encore qu'il y eût déjà là, comme j'ai dit, du monde assemblé, cela ne pouvoit pourtant pas aller à un grand nombre de gens, et encore tous dispersés selon leurs différentes places ; nous sortîmes un moment pour nous saluer plus à l'aise, puis rentrâmes quand nous sûmes que l'action (1) alloit commencer.
(1) On appelait ainsi le service religieux.