‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean RouChapitre 85 sur 188 · J2() LES ENFANTS DV COMTE DE SUNDERLAND · texte numérisé non relu

J2() LES ENFANTS DV COMTE DE SUNDERLAND

crois n'avoir plus rien à ajouter à ma description, puisque tout ce que je viens de dire fut suivi de mon départ pour Althrop, d'où je prends la liberté de saluer très humblement mademoiselle des Forges.

« À vous le dé, la belle enfant, car voilà les amours qui me pressent ; sans doute que c'est qu'étant comme nés avec vous, ils ne sauroient vous perdre de vue. Vous êtes peut-être surprise de ce que je vous traite si familièrement. C'est que je prends ma bisque pendant que vous n'êtes encore qu'une jeune demoiselle, mais qui en valez bien une douzaine d'autres ; car un de ces matins, quand quelque seigneur de la haute volée vous aura rendue madame gros comme le bras, vous ne voudrez pas seulement me regarder, bien loin de vous souvenir de m'avoir autrefois fait de la façon. Pour venir au fait, vous jugez bien, Mademoiselle, que ces petits amours dont je veux parler, sont les enfants de milord Sunderland; cela est vrai aussi, car il ne se peut rien voir de plus aimable ni de plus beau. Le petit Spencer a douze ou treize ans, et milady sa sœur n'en a qu'un de moins que lui. Quoique le premier, tout garçon qu'il est, soit d'une beauté qui pourroit faire l'ornement et la gloire d'une fdle, sa sœur en a tant pour sa part, et il est, quant à lui, si rempli d'autres dons plus convenables à son sexe, que je me contenterai de les exalter tous deux par les qualités qui leur sont les plus propres. Le petit milord est bien fait, plein d'esprit, avancé dans ses études au delà de son âge, est déjà à cheval comme un Saint-Georges, et a tant de disposition à toute sorte d'exercices, que quand il est à Londres, le roi et le duc d'York ne lui discontinuent point leurs caresses. Milady Anne est de ces beautés qui semblent créées pour l'anéantissement de toutes les autres. Un misérable brûla il y a 12 ans, en 1GG6, la capitale ville de l'Angleterre par son imprudence, en sorte qu'il n'y eut que le quartier du roi qui en réchappaj cette lumière naissante espère d'achever bientôt tout ce qui reste, et Laissant là la ville en repos, moins par

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égard à sa récente ruine, que parce que la chose est au-dessous d'elle, elle réduira en cendres Whitehall et toute la cour avec la chambre haute du parlement, et mettra le l'eu aux quatre coins du royaume. Eh bien, Mademoiselle, que dites-vous de ceci? Ce tableau vous a-t-il plu? Oui, sans doute, et ce que vous n'eussiez peut-être jamais pu croire, je gagcrois bien que j'ai trouvé le secret de vous faire prendre plaisir à une description d'amour. Voilà ce que c'est : chacun aime son semblable, et de plus vous jugez peut-être de vous-même que ces portraits sont faits d'après vous. Cela est vrai encore; quelque admirables que soient les sujets que j'avois entrepris, je n'auroispas été si loin, si je n'avois été animé du feu de vos yeux et éclairé des réflexions que je fais incessamment sur votre esprit. Aussi me serois-je laissé surprendre moi-même aux propres coups de mon pinceau, s'il avoit pu atteindre jusqu'à son objet; car quelque chose que je dise, nous en montrez cent fois davan-

tage.

« Et je prendrois pour vous, comme j'ai déjà dit, Ces miracles d'amour dont j'écris la louange, Si l'on voyoit en eux éclater le mélange D'une beauté plus grande et d'encor plus d'esprit.

Pendant plus d'une semaine que je passai à Londres, depuis le jeudi 18 août que j'y arrivai, jusqu'au 30e ou environ, que je partis pour Douvres, je vis le docteur Louis du Moulin (1), dont la dame de Yarennes, veuve du libraire Olivier de Yarennes de Paris, qui se précipita une nuit du haut d'une fenêtre, me procura la connaissance. Ce savant, mais qui étoit d'un caractère tout singulier, me fit de grandes caresses, et croyant m' obliger beaucoup, me dit qu'il avoit traduit toutes mes Tables on anglois à la sollicitation d'un milord qui luidevoit fournir tout l'argent nécessaire pour la gravure, après quoi on les

(1) Second {ils du laineux Pierre du Moulin. — Voir une notice sur lui dans la France protestante.

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