LES TROIS FRÈRES DE VEIL
donnerait incessamment au public. Je me fis voir au docteur Louis du Moulin fort éloigné (1) du contentement qu'il pensoit me donner, et lui représentai vivement les grandes conséquences à quoi cela tirerait. 11 entra dans toutes mes raisons, et me promit, qu'il n'y songerait pas davantage, comme en effet je n'en ai pas ouï parler depuis.
Une autre connaissance que je fis vers ces mômes jours-là, ce fut celle de M. Louis de Compiègne de Veil (2), savant juif mais converti à la foi chrétienne, et dont deux frères ses cadets avoient aussi embrassé la même religion. L'aîné de ces deux derniers a\oit depuis peu fait ce changement en France par les soins de M. de Meaux(3), qui avoit goûté ses talents et son esprit, mais il fut bientôt désabusé des erreurs et des superstitions romaines, aidé sans doute en cela des lumières de son aîné; et c'est de lui dont j'ai parlé dans mon petit livre de la Séduction éludée, page 80(4). Pour ce qui est du troisième des de Veil, sa conversion se fit, je crois, en Hollande, où je l'ai aussi connu, et cela dès le temps qu'il étoitpasteur de Spyck(5)
(1) Mon père fit en cela une grande faute, à mon avis ; car s'il avoit laissé faire M. Dumoulin, cet ouvrage lui auroit fait honneur et toute la gloire lui en seroit revenue, parce qu'on auroit fait mention du nom do l'auteur de ces Tables, au lieu que quelque temps après, les Anglais, voulant absolument avoir un pareil ouvrage en leur langue, le docteur Tallents fit les siennes d'après celles de mon père, et ne fit' aucune mention de lui. V. ces Mémoires. [Note du fils de l'auteur.]
(2) Il se nommoit Daniel de Veil du temps qu'il étoit juif, mais lors de sa conversion qui se fit en France, le roi, qui fut son parrain, lui imposa son nom de Louis avec le surnom de Compiègne, ville où se fit la cérémonie de son baptême. 11 étoit natif de Metz, et dabord suivit la religion romaine, mais embrassa bientôt la protestante en se retirant en Angleterre. [Note du fils de l'auteur.]
(3) Voir sur les deux frères Charles-Marie et Louis de Compiègne de Veil, les détails que donne M. Floquet, dans sa Vie de Bossuet. Tome I, p. 284-294, et le Nouveau Supplément de Moréri. Paris, 1749. T. II, p. 621.
(4) Rou publia dans sa Séduction éludée, et sans l'accompagner de remarques, une lettre de Bossuet à Louis de Compiègne de Veil, avec le titre qui suit:
« Lettre de M. l'évéque de Meaux à un savant Juif retiré en Angleterre, lequel après avoir été converti au christianisme, mais au christianisme romain, avoit enfin quitté cette religion pour embrasser la protestante, ayant été mieux instruit .
(5) C'est une terre appartenant à la maison de Sommelsdyck. [Note du fils de l'auteur.]