MEDITATIONS DU DUC DE MONTAUS1ER
règles, changeant leur crosse en sceptre et leur tiare en casque, il ne les considère pas comme des personnes séculières, et le pape comme un prince temporel, et s'il n'agit pas contre eux comme avec tous les autres hommes ? »
Dès le samedi matin, quatrième jour de mon commencement de travail, c'est-à-dire le 18e février, ayant résolu de partir immédiatement après dîner pour retourner à Paris, et assister le lendemain aux exercices ordinaires de Charenton, je me rendis dans la chambre de M. le duc de Montausier, a qui je lis voir les titres que j'avois mis à la tête de tous ses papiers, et lui dis l'usage que j'en prétendois faire, et quel étoit, en un mot, le plan que je m'étois formé dans l'esprit. Il entra d'abord dans toutes mes vues, et je vis bien que ce projet ne lui déplaisoit pas. « Yoilà encore plus que je n'espérois, me dit-il, « et j'ai grande impatience de voir tout cela exécuté. — « Désormais, Monseigneur, lui dis-je, je crois vous le pou- « voir promettre ; car de la manière que je l'ai déjà dans la tête, « je vois bien que s'il plaît à Dieu j'en viendrai à bout. Je « pars après dîner si vous m'en donnez la permission, et lundi « je mettrai les fers au feu pour ne discontinuer plus , les « dimanches exceptés, car j'espère d'être ici dès 10 heures du « matin. » M. de Montausier parut surpris et me demanda si, ne pouvant lui donner que les cinq ou six semaines dont nous étions convenus, je ne voulois pas, au moins, les lui donner entières, et si je me faisois un si grand scrupule de manquer ce peu de dimanches? — « Monseigneur, lui dis-je, vous savez « que Dieu a bien voulu nous abandonner six jours des sept « que chaque semaine contient, mais qu'il s'est réservé le « septième, afin que nous le lui consacrions. Vous y obéissez « tout le premier, Monseigneur, avec beaucoup d'exactitude; « trouvez bon que j'en use de même. » Il ne résista pas, et me recommanda seulement de ne pas manquer du moins à revenir. Je le fis, et un exprès m' ayant été dépêché sept semaines après, savoir le mercredi 1 1 c avril, par M. le marquis dcRuvigny, pour