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ÉDUCATION. — RÉCRÉATION
sous un écuycr habile, il obéissait à la pensée de son capitaine.
La température remontait. Le thermomètre marqua à six heures du matin vingtsix degrés ( — 3° cenlig.), à six heures du soir, vingt-neuf degrés ( — 2° cenlig.), et à minuit, vingt-cinq degrés ( — I!» 0 centig.); le vent soufflait légèrement du sud-est.
Le jeudi, vers les trois heures du matin, le Forward arriva en vue de la baie Possession, sur la côte d'Amérique, à l'entrée du détroit de Lancastre ; bientôt le cap Burney fut entrevu. Quelques Esquimaux se dirigèrent vers le navire; mais Hatteras ne prit pas le loisir de les attendre.
Les pics de Byam-Martin qui dominent le cap Liverpool, laissés sur la gauche, se perdirent dans la brume du soir; celle-ci empêcha de relever le cap Hay, dont la pointe, très-basse d'ailleurs, se confond avec les glaces de la côte, circonstance qui rend souvent fort difficile la détermination hydrographique des mers polaires.
Les pufflns, les canards, les mouettes blanches se montraient en très-grand nombre. La latitude par observation donna lk° 01', et la longitude, d'après le chronomètre, 77" 15'.
Les deux montagnes de Catherine et d'Élisabeth élevaient au-dessus des nuages leur chaperon de neige.
Le vendredi, à six heures, le cap Warcnder fut dépassé sur la côle droite du détroit, et sur la gauche, l'Admiraily-Inlet , baie encore peu explorée par des navigateurs qui avaient hàtc de se porter dans l'ouest. La mer devint assez forte , et souvent les lames balayèrent le pont du brick en y projetant des morceaux de glace. Les terres de la côte nord offraient aux regards de curieuses apparences avec leurs hautes tables presque nivelées, qui répercutaient les rayons du soleil.
Haileras eût voulu prolonger les terres septentrionales, afin de gagner au plus tôt
l'Ile Beechey et l'entrée du canal Wellington ; mais une banquise continue l'obligeait, à son grand déplaisir, de suivre les passes du sud.
Ce fut pour cette raison que, le 26 mai, au milieu d'un brouillard sillonné de neige,
le Forward se trouva par le travers du cap York; une monlagne d'une grande hauteur et presque à pic le fil reconnaître; le temps s'étant un peu levé, le soleil parut un instant vers midi, et permit de faire une assez bonne observation : 74° h' de latitude, et 8?j° 23' de longitude. Le Forward se trouvait donc à l'extrémité du détroit de Lancastre.
Hatteras montrait sur ses cartes, au docteur, la route suivie et à suivre. Or, la position du brick était intéressante en ce moment.
« J'aurais voulu, dit-il, me trouver plus au nord, mais à l'impossible nul n'est tenu; voyez, voici notre situation exacte. »
. Le capitaine pointa sa carte à peu de distance du cap York.
« Nous sommes au milieu de ce carrefour ouvert à tous les vents, et formé par les débouchés du détroit de Lancastre, du détroit de BaiTOW, du canal de Wellington,
LES ANGLAIS AU POLE NORD
et du passage du Régent; c'est un point auquel ont nécessairement abouli tous les navigateurs de ces mers.
— Eh bien, répondit le docteur, cela devait être embarrassant pour eux ; c'est un véritable carrefour, comme vous dites, auquel viennent se croiser quatre grandes routes, et je ne vois pas de poteaux indicateurs du vrai chemin ! Comment donc les Parry, les Ross, les Franklin ont-ils fait ?
— Ils n'ont pas fait, docteur, ils se sont laissé faire; ils n'avaient pas le choix, je vous assure ; tantôt le détroit de Barrow se fermait pour l'un, qui, l'année suivante, s'ouvrait pour l'autre; tantôt le navire se sentait inévitablement entraîné vers le passage du Régent. Il est arrivé de tout cela, que, par la force des choses, on a fini par connalire ces mers si embrouillées.
— Quel singulier pays ! fit le docteur , en considérant la carte. Comme tout y est déchiqueté, déchiré, mis en morceaux, sans aucun ordre, sans aucune logique! Il semble que les terres voisines du pôle nord ne soient ainsi morcelées que pour en rendre les approches plus difficiles, tandis que dans l'autre hémisphère elles se terminent par des pointes tranquilles et effilées comme le cap Horn , le cap de Bonne- Espérance et la péninsule Indienne ! Estce la rapidité plus grande de l'Equateur qui a ainsi modifié les choses, tandis que les terres extrêmes, encore fluides aux premiers jours du monde, n'ont pu se condenser, s'agglomérer les unes aux autres, faute d'une rotation assez rapide?
— Cela doit être, car il y a une logique à tout ici-bas, et rien ne s'y est fait sans des motifs que Dieu permet quelquefois aux savants de découvrir; ainsi, docteur, usez de la permission.
— Je serai malheureusement discret,
capitaine. Mais quel vent effroyable règne dans ce détroit? ajouta le docteur en s'encapuchonnant de son mieux.
— Oui, la brise du nord y fait rage surtout, et nous écarte de notre route.
— Elle devrait cependant repousser les glaces au sud et laisser le chemin libre.
— Elle le devrait, docteur, mais le vent ne fait pas toujours ce qu'il doit. Voyez!
cette banquise parait impénétrable. Enfin, nous essayerons d'arriver à l'Ile Griffith, puis de contourner l'Ile Cornwallis pour gagner le canal de la Heine, sans passer par le canal de Wellington. Et cependant, je veux absolument toucher à l'Ile Beechey, afin d'y refaire ma provision de charbon.
— Comment cela ? répondit le docteur étonné.
— Sans doute; d'après l'ordre de l'Amirauté, de grandes provisions ont été déposées sur cette lie , afin de pourvoir aux expéditions futures, et, quoique le capitaine Mac Clintock ail pu prendre en août 1850, je vous assure qu'il en restera pour nous.
— Au fait, dit le docteur, ces parages ont été explorés pendant quinze ans, et, jusqu'au jour où la preuve certaine de la perte de Franklin a été acquise, l'Amirauté a toujours entretenu cinq ou six navires dans ces mers. Si je ne me trompe, même, l'Ile GriDlth, que je vois là sur la carte, presque au milieu du carrefour, est devenue le rendez-vous général des navigateurs.
— Cela est vrai, docteur, et la malheureuse expédition de Franklin a eu pour résultat de nous faire connaître ces lointaines contrées.
Jolis Veiss.
La suite prochainement.
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K DU CATION. — RECREATION