‹ Magasin d'education et de recréationChapitre 117 sur 142 · A UN JEUNE HOMME · texte numérisé non relu

A UN JEUNE HOMME

SUR l'HISTOIHf NATUrill!

Parvenu à cet âge où l'homme se trouve à l'entrée des diverses routes de la vie, vous venez, mon cher C, de faire votre choix et d'engager votre avenir. Mais, non content de la carrière qui fera de vous un membre utile de la société, l'activité de votre intelligence demande encore un autre aliment. La littérature et les beaux-arts, qui ont jusqu'ici charmé vos loisirs, ne suffisent même plus à apaiser votre soif de connaissances, et vous vous sentez attiré vers l'étude de la nature. Cependant vous hésitez encore à entrer dans cette voie; un doute s'est emparé de votre esprit, et vous me demandez : A quoi bon l'histoire naturelle?

N'attendez pas de moi que je réponde par des arguments en règle à cette queslion digne d'un antre âge; on ne plaide pas une cause gagnée devant l'opinion publique, et qui n'a pas de contradicteurs sérieux. Je me contenterai de vous demander à mon tour : A quoi bon tout ce qui enlève et agrandit notre intelligence, ce qui la soustrait momentanément aux prosaïques nécessités de la vie, apaise les agitations de notre âme, et la console au besoin en lui faisant oublier ses douleurs? Tout co qui a été dit mille fois de la culture dos bel les -lettres est non moins vrai de celle des sciences. Le moment n'est p;is loin de nous où il sera aussi houleux à un homme bien né de ne pas connaître au moins les éléments de celles-ci que d'être complètement étranger aux premières. Et on effet, plongés comme nous le sommes au sein de la nature, ne vivant que par

elle, entourés d'innombrables objets qui sollicitent nos regards, incessamment témoins des plus étonnants phénomènes, que penser de celui qu'un tel spectacle laisse froid et sans désir d'en comprendre le premier mot? 11 est, il est vrai, quelques esprits malheureux qui sont atteints de cette infirmité intellectuelle; ils ressemblent à un homme qui, habitant un palais rempli des plus admirables produits des arts, traverserait les pièces de celte demeure somptueuse sans daigner jeter un regard sur toutes ces merveilles. Plaignons ces êtres incomplets, mais gardons-nous de les imiter.

Soit, me direz-vous; mais nous n'en sommes plus à l'époque où, sans aspirer à devenir un savant, un homme intelligent pouvait se flatter de suivre sans trop de peine les progrès des sciences naturelles.

Chacune d'elles est devenue un océan sans fond ni rives, et de longues années d'étude suffisent à peine pour former un ornithologiste ou un entomologiste passable. Laquelle choisir, et, le choix fait, jusqu'où aller? Puis, où sont les BulTon qu'on pouvait lire, et qui savaient faire aimer la nature? J'ouvre nos Jivres de botanique ou de zoologie : ils sont hérissés de termes inintelligibles, et tout y est mort, glacé.

. Celle fleur qui charme mes yeux, et dont la vue me fait rêver, tout ce que j'aime en elle s'est évanoui ; il n'en reste plus qu'une description aride, une sorte de formule mathématique aussi peu attrayante qu'une équation algébrique. Si vous voulez que la science m'attire à elle.

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