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ÉDUCATION. — RÉCRÉATION

qu'elle parle du moins un langage que je puisse comprendre.

Objections sans valeur, mon cher C, ei qui ne résistent pas au plus léger examen.

Sans doute la science est sans limites, et la plus modeste plante, comme le plus humble insecte, suffit pour absorber la vie d'un homme. Il ne peut en être autrement, la nature étant l'œuvre d'une puissance infinie qui, s' exerçant sur la matière, a dû nécessairement y imprimer le sceau de l'infini. Mais la science n'est telle que pour celui qui veut en atteindre h» dernières profondeurs, et il ne s'agit pas de cela entre nous. Si elle a ses épines, elle a aussi ses fleurs et ses fruits que chacun peut cueillir sans peine. Il existe des ouvrages qui ont pour but de la dépouiller de ce qu'elle a de sévère et de la rendre accessible au premier venu. Ces livres se multiplient chaque jour, et l'empressement du public à les accueillir est un des signes du temps. Si l'on rencontre souvent aujourd'hui, même chez des hommes peu lettrés, de saines notions générales sur l'astronomie, les révolutions du globe, le règne végétal et celui des animaux, c'est le plus souvent à eux qu'il faut en rendre grâces. Ce sont eux également qui permettent à tout homme de bonne volonté de ne pas se borner à une seule science, mais de les embrasser toutes dans leurs résultats généraux. Ce sont enfin, quand les maîtres daignent y mettre la main, d'excellents résumés utiles aux savants de profession eux-mêmes.

Ne vous plaignez donc pas de l'aspect rebutant de la plupart des ouvrages de botanique et de zoologie. Outre que vous n'êtes pas condamné à les lire, y pensezvous bien lorsque vous regrettez la manière et le style de Duflon? Songez donc qu'il s'agit de dresser l'inventaire général de tous les êtres sans exception qui existent à la surface de notre globe, et que nous

connaissons déjà quelque chose comme deux cent mille plantes et trois cent mille animaux, sans parler du reste. Cet inventaire doit être aussi concis que possible et fait de telle sorte que chaque être s'y trouve à côté de ceux auxquels il ressemble le plus, et qu'on puisse.au besoin, arriver jusqu'à lui, ce qui suppose une classification. Celle-ci, à son tour, a pour base les caractères, c'est-à-dire les traits d'organisation propres à chacun de ces êtres innombrables, et tes caractères ne peuvent inévitablement s'exprimer que par des mots étrangers au langage vulgaire. Il y a donc là préalablement un idiome particulier à apprendre, et dont l'acquisition, vous pouvez m'en croire, n'est pas bien difficile. Quand on le connaît, la lumière se fait aussitôt, et ces livres, jusque-là inintelligibles, se lisent alors avec un plaisir analogue à celui qu'éprouve un musicien habile en lisant une partition. De même que ce dernier entend des oreilles de l'intelligence les sons que les notes ont, pour ainsi dire, fixés sur le papier, de même sous ces formules arides le naturaliste voit tout un monde de rapports et d'analogies qui sont les matériaux du temple idéal et majestueux de la nature. Plus la classification qu'il a sous les yeux est conforme à la réalité des choses, plus ce temple apparaît à son esprit avec des proportions harmonieuses, sans toutefois qu'il puisse en embrasser d'un seul coup d'rril les lignes immenses; l'édifice est trop colossal et trop compliqué pour la vue bornée de l'homme.

La vraie science est là, et elle ne s'acquiert que par l'étude minutieuse des plus petits détails. Ce savant, dont vous êtes tenté de rire en le voyant, une loupe en main, consumer ses jours à compter les pièces qui composent la bouche, les antennes et les membres d'un insecte, se livre en réalité à un travail tout intellectuel. Il cherche à découvrir la place que

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