QUELQUES MOTS DE PRÉFACE
SUR LIS AMELIORATIONS SPfCIAlfS APPORTAIS A CITTI TRADUCTION
Le Robinson Suisse est du très-petit nombre de livres à l'adresse de l'enfance qui jouissent chez nous d'une véritable popularité. Il n'est pas d'enfant qui ne l'ail lu, ou ne soit destiné à le lire. Il n'est pas d'homme par conséquent qui ne le connaisse et qui n'en ait gardé un très-aimable souvenir. Le Robinson Suisse est donc un chef-d'œuvre? Non : pas du moins dans le sens qu'un lettré donnerait à ce mot. L'auteur est donc célèbre? Non : car encore que son œuvre ait sa place dans toutes les familles, son nom est presque inconnu. Nos meilleurs dictionnaires, celui de Bouillet et d'autres, sont muets en ce qui le concerne 1 .
1. Jean Rudolph Wyss est ne" à Berne le 13 mars f 781 . Il fit ses études à la hante école de Berne et les acheva dans les universités allemandes. 11 fut nommé à vingt-cinq ans professeur de philosophie à l'Académie de Berne. Il occupa cette chaire jusqu'à la An de sa vie, conjointement avec le poste de bibliothécaire en
Nous nous sommes pendant longtemps demandé à quoi pouvaient tenir cette grande popularité d'une œuvre et le peu de célébrité de son auteur. Il nous a fallu la relire, cette œuvre, à un âge où l'on a d'autres lectures à faire, à un âge où l'on a le courage de juger môme ce que l'on a aimé, pour nous rendre compte de cette anomalie.
La pensée mère du Robinson Suisse est en soi-même excellente. Reprendre au profit de la jeunesse l'idée du Robinson Crur soè, remplacer le solitaire abandonné à ses seules forces par une famille, par un père, par une mère et par quatre enfants, et faire vivre cette famille dans la situation
chef. H a laissé sous ce titre : Du souverain bien , deux volumes de philosophie et do morale (Tubinguc, 1811), trois volumes de légendes, récits populaires de la Suisse, et des idylles (Berne, 1815-1823 ), puis I* Robinson Suitu, dont son père avait conçu le premier plan. Il mourut à Berne, le 31 mars 1830.
ÉDUCATION. — RÉCRÉATION
intéressante du héros de Daniel de Foë, c'était confisquer, à l'usage du jeune âge, une idée de génie. C'était essayer un livre immortel, alors même qu'il ne pouvait pas être original.
L'auteur du Robinson Suisse n'a donc eu, à tout prendre, que le mérite d'avoir tiré du bien d'autrui une |ien.sée de seconde main ; mais cette pensée était si naturellement heureuse et féconde que, par le seul bonheur de son sujet, il est arrivé à un succès qu'un livre moins bien doué dans sa conception , eût-il élé cent fois mieux exécuté d'ailleurs, n'aurait à coup Mir jamais réalisé.
C'est en constatant l'infériorité littéraire de l'exécution dans le Robinson Suisse que nous en sommes venu à nous expliquer la bizarrerie de ce double fait : « Un livre célèbre, un auteur qui ne l'est pas. »
Le jugement public qui a fait celte si-
[ tuation au livre et à l'auteur du Uobinson Suisse a été juste envers l'un et l'autre.
Le livre méritait de vivre : — il a vécu.
11 restera comme un classique de la récréation dans la sphère qui lui est propre.
j L'auteur ne méritait de vivre qu'à l'ombre
! de son livre, et il est demeuré obscur à côté de son œuvre. Uudolph Wyss ne compte pas dans les lettres à côté de Daniel de Foë, ce qui n'empêche pas le Robinson Suisse detre à bon droit, pour son
I petit public, le rival heureux de Uobinson
j Crusoé.
A cette situation à peu près unique faite à l'auteur du ftobinson Suisse venait s'ajouter une autre particularité. En France,
j le Uobinson Suisse n'a pas cessé, depuis son apparition, d'être publié, et avec succès. 11 'a eu vingt éditions, se faisant «i l'envi concurrence, l'n Allemagne, sa fortune est médiocre. Pourquoi? Le Robinson Suisse est un livre allemand cependant, et très-allemand, et les Allemands ne sont pas de ceux qui répudient leurs gloires, qui di-
minuent leurs écrivains. Si ce n'était point une sorte de qualité, on pourrait bien au contraire les accuser d'aimer à surfaire ce i qu'ils ont. Pourquoi donc leRobinson Suisse avait-il été mieux accueilli chez nous que chez lui?
Nous avons voulu avoir le cœur net de cette nouvelle singularité. M. Eugène Millier, écrivain distingué', a bien voulu consacrer de longues soirées à nous aider à nous en rendre compte. Il a fait, à notre prière, une traduction nouvelle, exacte, complète, du Robinson Suisse sur le texte original, et le secret du succès médiocre ! obtenu par.ee livre en Allemagne et de son grand succès en France nous a dès lors i élé révélé.
Au lieu de trahir leur original, ses traducteurs français l'avaient servi. Le Uobinson Suisse, il faut bien le dire, est écrit faiblement, longuement, lourdement même, dans sa langue. Ces défauts avaient en partie été dissimulés dans les traductions françaises, notamment dans celle de madame de Monlolieu. Bref, ses traducteurs étaient évidemment pour quelque chose, sinon |x)ur beaucoup, dans son succès en France.
Sentant bien qu'ils n'étaient pas là devant un de ces chefs-d'œuvre qu'il faut respec- | ter jusque dans ses imperfections, chacun | des traducteurs avait soit ajouté, soit retranché au texte primitif, et nous oserons j dire que, le texte original sous les yeux, les plus absolus en matière de fidélité littéraire seraient mal venus à prétendre qu'ils avaient eu tort. Loin de souffrir de ces procédés comme en eût souffert une œuvre i supérieure, le Robinson Suisse y avait presque toujours gagné.
Notre avis, conforme à celui de beaucoup de parents, est qu'ils avaient plutôt été trop timorés encore.
Bon nombre de pères et de mères, en
L Auteur de la Mionelle, de Madame Claude et de» Récits enfantins.
LE ROBINSON SUISSE
effet, de ceux qui ne négligent pas de relire un livre avant de le mettre entre les mains de leurs enfants, s'étonnaient et s'inquiétaient, non sans motif, de l'engouement, de la fièvre de plaisir que donnait à leurs fils et à leurs filles la lecture du Robinson Suisse.
Ces dialogues écrasants, cette morale si souvent maladroite, presque toujours fatigante, fausse en plus d'un point important, ! cette raison, souvent douteuse et obscure, j ces interminables sermons d'histoire naturelle, si peu en rapport avec les découvertes modernes , débités avec tant de complaisance et si peu de relief par l'auteur aux enfants de son Robinson, comment cela pouvait-il plaire à ce point à leurs enfants, à eux, d'ordinaire si rétifs aux longueurs ?
De l'aveu de beaucoup de petits lecteurs du llobinson Suisse interrogés par nous sur ce point, rien de plus facile à expliquer que ce prétendu phénomène. Ces passages défectueux et fastidieux, aucun ne les avait lus ; or, ce qu'ils passent dans un livre n'ennuie jamais les enfants. Mais les incidents, mais les courses sur mer et sur terre, à pied, à âne ou en chariots, à dos de buffle et à dos d'autruche, mais l"s découvertes étonnantes arrivant toujours si à propos, mais les chasses et les pèches miraculeuses, mais les bons repas aussi variés qu'inattendus, voilà ce qui les captivait, voilà ce qui les transportait, et par là s'expliquait et se justifiait leur passion pour le Robinson Suisse, car là était le mérite réel de leur livre préféré, mérite dont on aurait tort de faire fi, puisqu'il a sum à le faire vivre avec honneur.
Et toutefois, un point encore me tourmentait, et le plus grave de tous, sans contredit. Tout cela m'avait, à moi aussi, même à cette seconde lecture, paru fait pour plaire ; mais si cette vie de travaux et d'aventures m'avait intéressé, ni les
grands ni les petits héros de cette épopée, enfantine et juvénile à la fois, ne m'avaient, je dois le dire, ou touché, ou séduit tout à fait. La curiosité était satisfaite, le ca-ur ne l'était pas. La faute en était-elle à moi, ou à l'auteur? tëtais-je au-dessus ou audessous du sujet? Pour avoir trop longtemps vécu, avais-je perdu le sens de ce qui charme la jeunesse ? Étais-jo trop exigeant? Ce n'était point à moi de résoudre une question où j'aurais été juge et partie.
J'en remis honnêtement la solution à deux ou trois arbitres choisis expressément parmi les lecteurs les plus enthousiastes du Robinson Suisse, des arbitres de dix ou douze ans, s'il vous plaît ! C'était, je crois, le bel âge pour statuer avec compétence en si grave matière.
« Dans ce livre que vous aimez tant, leur dis-je, sans parler des longueurs que vous passez si lestement, n'y a-t-il rien qui vous ait choqués? Èlcs-vous contents de tout absolument, de tout ce que vous n'avez pas sauté, bien entendu? Le père, la mère, les enfants, vous satisfont-ils sur tous les 1 points? Les parents sont-ils parfaits? El les quatre garçons sont-ils de bons garçons, comme vous voudriez en avoir pour frères, par exemple ?
Mes petits critiques commencèrent p r se gratter l'oreille et par se la faire tir» r même un peu , à la façon des oracles d'autrefois, pour me répondre; mais leur embarras cessa bientôt.
« 11 ne faut pas dire de mal des parents, me dit le plus hardi, dans sa petite diplomatie enfantine, le père et la mère ne pensent qu'à leurs enfants, et c'est très-bien ; mais les garçons ne sont pas toujours bons.
D'abord ils ne s'aiment pas entre eux comme des frères devraient le faire ; ils sont jaloux de tout , ils ne veulent rien se donner, ils se moquent toujours les uns des autres; cela n'est pas bien, et cela empêche de les | aimer tout à fait. On peut être souvent
et effroyable craquement. Dès lors, à l'immobilité que garda le navire, au bruit sourd que faisait la mer en s'y engouffrant, je compris que nous venions d'échouer sur des rochers à fleur d'eau , et que le vaisseau était entr'ouvert.
« Nous sommes perdus! les chaloupes à la mer ! » cria une voix que je reconnus pour celle du capitaine.
« Perdus! » répétèrent les enfants, qui jetèrent sur moi un regard plein d'angoisse.
« Rassurez-vous, leur dis-je, ne désespérez pas encore. Dieu vient en aide aux S courageux. Je vais savoir ce qui peut être tenté pour notre salut. »
Je quittai la cabine et montai sur le pont. Frappé, aveuglé, renversé même par les lames , je demeurai tout d'abord pendant quelques instants sans pouvoir rien distinguer. Lorsque enfin j'eus gagné la i partie haute, je vis à la mer les chaloupes déjà surchargées de monde, qui s'efforçaient de prendre le large. L'n matelot venait de couper la dernière amarre! on nous avait oubliés...
J'appelai, je criai; mais ma voix se perdit dans le tumulte de la tourmente, et je constatai avec un profond effroi que nous étions abandonnés sur le navire naufragé.
Toutefois, — et ce fut pour moi une sorte de consolation dans cette terrible extrémité, — je reconnus que le navire était échoué de façon que la poupe, où se trouvait notre cabine, ne pouvait être atteinte par les vagues. Kn même temps et malgré la pluie épaisse qui tombait, je pus apercevoir à quelque distance, au sud, un rivage qui, malgré son aspect nu et désolé, devint dès lors le but de mes dernières espérances.
Je retournai vers les miens, et, affectant une tranquillité que j'étais loin d'avoir :
« Prenez courage, leur dis-je, tout n'est pas fini pour nous; une partie du navire
est, grâce à Dieu, maintenue et comme fixée au-dessus de l'eau. Demain, le vent et la mer se calmeront et nous pourrons gagner la côte. »
Les enfants, avec la confiance de leur âge, acceptèrent comme une certitude cette supposition hasardeuse.
A un signe d'intelligence que me fit ma femme, je compris bien qu'elle pénétrait i la vérité; mais je vis aussi que sa foi en Dieu n'était pas diminuée.
o Nous allons avoir, dit-elle, une pénible nuit à passer. Prenons quelque nourriture; l'aliment du corps fortifie l'àme. »
Le soir approchait en effet, et la tempête, toujours d'une extrême violence, battait le navire avec furie. A chaque instant je tremblais qu'elle ne le brisât entièrement.
La mère ayant fait à la hâte les préparatifs d'un simple repas, les enfants mangèrent de bon appétit ; puis ils se couchèrent et s'endormirent. Fritz, l'alné, qui, mieux que ses frères, se rendait compte de notre situation, voulut veiller avec nous.
<< Père, me dit-il, j'ai réfléchi au moyen d'atteindre le rivage. Si nous avions du liège ou des vessies pour fabriquer des corsets natatoires à ma mère et à mes frères, toi et moi nous nagerions bien sans aide...
— Ton idée est bonne, mon cher enfant, lui répondis-je. En prévision de tout événement, tâchons d'en préparer le plus tôt possible l'exécution. »
Ayant donc rassemblé un certain nombre de petits barils vides et de ces bouteilles de fer-blanc dans lesquelles on a coutume, sur mer, de mettre les rations d'eau douce, aidé de Fritz, je les accouplai avec des mouchoirs et j'en attachai deux sous les bras de chacun des enfants et de ma chère et vaillante femme. Fritz et moi nous remplîmes ensuite nos poches et les leurs de ! couteaux, de cordes, de briquets et autres
LE R0B1NS0N SUISSE
objets qui devaient nous être de première nécessité pour le cas où, le vaisseau venant à être brisé, nous aurions le bonheur de gagner la terre.
Ces précautions prises, Fritz, rassuré, et d'ailleurs très-fatigué, se coucha auprès de ses frères et ne tarda pas à s'endormir.
Mais ma femme et moi nous continuâmes à veiller.
Celte nuit terrible se passa pour nous en prières. Vers le matin, cependant, je crus reconnaître que la tempête diminuait.
Aux premières lueurs du jour, je montai sur le pont. Le vent était à peu près tombé, la mer se calmait, et une belle aurore teignait de rose l'horizon éclairci.
Ranimé par celle vue, j'appelai ma femme et mes fils, qui accoururent. Les enfants furent consternés de voir que nous étions seuls sur le navire :
n Où sont les matelots? dirent-ils,. Pourquoi, s'ils sont partis-, ne nous onl-ils pas emmenés avec eux? Qu'allons-nous devenir?
— Mes enfants, leur répondis- je, nos compagnons de voyage ont perdu la tête.
Ils se sont jetés dans les chaloupes sans penser à nous, et il est à craindre qu'ils n'aient péri victimes de leur précipitation.
A l'heure qu'il est , ils sont peut-être plus à plaindre que nous. Voyez : le ciel est pur, la terre n'est pas loin , notre abandon est peut-être un bonheur. Espérons en Dieu qui ne nous a point abandonnés, lui, et avisons à ce qui doit être entrepris pour assurer notre salut commun. »
Fritz, entreprenant et aventureux, persistait dans son idée de nous mettre à la nage pour gagner la terre.
Ernest, mon second fils, âgé de douze ans environ, intelligent, mais timide et indolent, s'effraya à l'idée d'une traversée de ce genre, et proposa la construction d'un radeau.
Je lui fis observer qu'une telle embarca-
tion, outre qu'il faudrait beaucoup de temps pour la construire, était fort difficile à diriger. Ces deux considérations lui firent abandonner presque aussitôt son avis.
« Quoi qu'il en soit, dis-je à mes enfants, explorons le navire, et tout en réfléchissant aux moyens de gagner le rivage, rassemblons sur le pont tous les objets qui pourraient nous être utiles à terre. »
Chacun s'en alla de son côté à la découverte. Je me rendis-tout d'abord à l'endroit où se gardent les vivres, pour m'assurer des premières ressources de l'existence.
Fritz visita le magasin des armes et des munitions, d'où il rapporta des fusils, des pistolets, de la poudre, des balles, de la grenaille. Ernest fouilla la cabine du charpentier, et revint chargé d'outils et de clous. Le petit François, mon plus jeune enfant, âgé de six ans, qui avait voulu, lui aussi , faire preuve d'activité, nous montra une boîte pleine d'hameçons. Fritz et Ernest le plaisantèrent, mais je crus ne pas devoir mépriser cette trouvaille, car nous pouvions être réduits à vivre de notre pêche.
Quant à Jacques, — mon troisième fils, un espiègle de dix ans, — il reparut avec deux dogues énormes qu'il avait trouvés enfermés dans la chambre du capitaine, et qui, rendus dociles par la faim, se laissaient conduire chacun par une oreille.
Ma femme m'apprit qu'elle avait trouvé une vache, un âne, deux chèvres, une laie pleine, auxquels elle avait donné à manger et à boire bien juste à temps pour les conserver , car ces pauvres bêtes manquaient de nourriture depuis près de deux jours.
Chacun me parut donc avoir fait d'utiles découvertes, à l'exception de Jacques.
« Tu nous as amené là , dis-je, deux terribles mangeurs qui coûteront beaucoup, sans servir à rien.
— J'avais pensé, cher père, me répondit-il, qu'ils nous aideraient à chasser quand nous serons à terre.
ÉDUCATION. — RÉCRÉATION
— Tu as raison, mais nous ne sommes point encore à terre! As-tu pensé au moyen d'y arriver, cher petit?
— Bonne idée ! m'écriai-jc. Vite à l'œuvre! »
Je me dirigeai aussitôt, suivi des enfants.
— Kh! fit-il, ne pourrions-nous naviguer vers la cale où flottaient plusieurs grandes dans des cuves, comme je faisais autrefois tonnes vides. J'en tirai quatre sur le plansur l'étang de mon parrain? ; cher de l'entre-pont, qui se trouvait à peu
près au niveau dr l'eau. Ces tonnes étaient en hois fort, et cerclées de fer : je les jugeai très -propres à l'exécution de notre projet. Aidé de Fritz, je commençai par les scier en deux parties égales.
Quand nous eûmes obtenu ainsi huit cuves, que je regardais avec plaisir rangées les unes à la suite des autres, je cherchai une planche flexible qui fût assez longue pour les relier toutes, et pour former, en outre, en se relevant des deux bouts, une espèce de quille. Nous clouâmes solidement les cuves sur cette planche, et chacune d'elles fut attachée aux autres par des chevilles. L'ensemble fut en outre relié sur les côtés par deux planches qui se rejoignaient en pointe.
Tout cela étant bien assujetti, nous nous vîmes en possession d'une embarcation qui — par une mer calme du moins — pouvait, à mon avis, offrir une certaine sécurité.
Il s'agissait de la mettre à l'eau ; mais elle était si lourde qu'en réunissant tous nos efforts nous ne pûmes parvenir à la remuer.
Je demandai un cric. Fritz, qui se rappela en avoir vu un, alla le chercher.
A l'aide de cet instrument, je parvins à soulever la pesante construction sous laquelle Fritz plaça des rouleaux; et il nous fut alors facile de la mettre en mouvement.
Les enfants s'ébahirent en voyant la puissance du cric. Je leur promis de le démonter devant eux au premier instant de loisir — s'il nous était réservé d'en avoir encore — pour leur en expliquer le mécanisme.
P.-J. Staiii. — E. MlU.ET..
La suite prcuhaintment .
I Reproduction M Induction interdites.)
LES SERVITEURS DE L'ESTOMAC
NOUVELLES LETTRES A UNE PETITE FILLE SUR LA VIE DE L'HOMME
ET DES ANIMAUX
(Suite.)
d'autrefois, et, je dois le dire à ma honte, j'ai eu un peu de mal' à me relever. Je crois même qu'involontairement j'ai porté la main à l'endroit qui avait reçu le choc, pour m'assurer si tout y était encore en ordre. Me voilà déjà bien loin du mon ancien état de balle élastique, et si j'ai la bonne chance de devenir tout à fait un vieillard, ce sera bien pis. Gare à moi si je me laisse tomber! Je courrais grand risque de me casser un membre, et les os cassés ne se raccommodent pas vite quand on est vieux.
Vous aussi, chère petite, vous tombez à l'occasion, sans y attacher d'autre importance. Il vous arrivera comme à moi, je vous en avertis; car il ne faut pas me faire l'honneur de croire que je sois une exception : mon histoire est celle de tout le monde.
D'où vient cette différence entre les enfants et les grandes personnes qui sem-
PREMIERE paiitie.