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TOME i

ÉDUCATION. — RÉCRÉATION

nous examinions ensemble la façon dont un seul et môme sang nourrit chez nous tant d'organes différents, donnant à chacun juste ce qu'il lui faut, je vous ai parlé de ce qui arrive aux vieillards dont les os, encombrés de phosphate de chaux, ne se prêtent plus que de mauvaise grâce à en recevoir de nouveau. Le sang, ne sachant plus qu'en faire, le dépose comme il peut !

dans les muscles et les artères, dont une partit! s'ossifie à la longue, et s'achemine' ainsi en quelque sorte vers la mort, en passant à une vie inférieure.

Ce qui n'est là qu'un accident précurseur de la mort se passe régulièrement, dès le début de la vie, dans quelques-uns des ligaments articulaires et îles tendons. Cette fois, il faut que j'anticipe sur ma prochaine lettre, et que je vous dise ce que c'est qu'un tendon. Nous y reviendrons.

I.cs tendons sont des espèces de cordes blanchâtres, qui terminent les muscles, et vont s'attacher aux os que ceux-ci mettent en mouvement. Inertes par eux-mêmes, insensibles, comme leurs confrères les ligaments, à tout ce qui n'est pas tiraillement, les tendons ne sont, à proprement parler, que des paquets de fils, ou de fibres, pour employer l'expression scientifique; ils appartiennent à ce que les anatomisies appellent le système fibreux — un mot qui n'est plus nouveau pour vous, depuis les capsules fibreuses — et leur rôle est entièrement passif.

Les organes fibreux qu'on rencontre partout associés aux os, semblent jusqu'à un certain point participer à leur vie, et faire groupe avec eux. Ksf^cc svmpathie de voisinage? Je n'oserais pas l'affirmer; mais toujours est- il qu'on est friand de phosphate de chaux dans ce monde-là. et qu'on l'arrête volontiers au passage, par gourmandise pure autant qu'il nous est permis «l'en juger, car il n'a rien à y faire, rien du moins que nous puissions apprécier. Il en |

résulte de tout petits T)s de contrebande, que l'on trouve un beau matin logés en amateurs dans l'épaisseur des fibres, et auxquels on a donné le nom d'os sfsomouks.

Vous vous rappelez le pisi forme du poignet qui doit son nom au pois dont il rappelle la forme. Les sésamoïdes ont emprunté le leur au sésame, une petite graine du Midi dont on fait de l'huile, et qui s'allonge en forme d'reuf. J'en conclus qu'ils doivent avoir à peu près cette forme-là, car je n'en ai pas sous les yeux : comme ils sont en dehors du système de notre charpente, on ne les retrouve plus sur le squelette. Ils apparaissent de bonne heure, et continuent à croître tout doucement à mesure qu'on avance en âge; pourtant il y en a qui ne se montrent qu'assez tard, à 20, 30 et même / ( 0 ans, comme les dents de sagesse. Du reste on peut dire qu'ils représentent dans le corps cet élément de la fantaisie qu'il serait bien cruel de refuser à l'homme, puisque la nature se le permet à l'occasion. Rien n'est capricieux comme la formation de ces sésamoïdes. Ils ne s'aventurent jamais dans le tronc, c'est vrai, et ils ont une place de prédilection, qui est aux ligaments articulaires des doigts «le la main et du pied. Le pouce, par exemple, en présente toujours deux logés dans le ligament qui l'attache au méfacar|>c, et le gros orteil est dans le même cas. Mais pour les autres doigts il n'y a pas de règle. Tantôt ils se forment seulement à l'articulation du métacarpe, et bien souvent on iules y trouve pas; tantôt ils se faufilent également dans les articulations des phalanges : c'est au hasard, comme la forme du nez, et la couleur des yeux. Au hasard!

entendons-nous : il y a certainement des raisons, mais elles nous échappent. Richat, pour avoir observé un développement excessif des sésamoïdes sur des pieds de goutteux, émet bien modestement la supposition que peut-être il existe un rapport entre

LES SERVITEURS DE L'ESTOMAC

eus petits œufs de pierre cl la fantasque maladie qui embarrasse autani le médecin qu'elle fait souffrir le patient. Encore faudrait-il savoir, même en admettant sa supposition, si c'est le développement des sésamoïdes qui provoque la goutte, ou la goutte qui provoque le développement des sésamoïdes.

Vous ne devinez peut-être pas pourquoi je viens de faire ainsi un saut de cùlé dans celte histoire des sésamoïdes, dont personne ne parle jamais. Eh bien! c'est que la rotule n'est pas autre chose qu'un sésamoïde. C'est la reine de la bande, il est i vrai, et comme taille, et comme utilité [ notoire; mais, en dépit de sa notoriété, elle n'en reste pas moins un enfant du système fibreux, un os illégitime, comme ses petits frères. Ceci vous explique cette grosse irrégularité, la seule que nous ayons ren- J contrée jusqu'à présent, d'une articulation dont le jeu s'exerce sur trois os à la fois. ; Partout ailleurs vous n'en trouverez jamais que deux. C'est qu'ici le troisième est un os de contrebande, pour revenir à l'expression dont nous nous sommes déjà servi. Les arrangeurs de squelettes sont bien forcés de le conserver à sa place, à cause de son importance; mais ils ne peuvent le faire qu'en le fixant au bout d'une lame de métal, car lui aussi ne tient à rien, ne faisant pas partie de la grande charpente osseuse.

Le genou est une autre place de prédilection pour les os de fantaisie qu'engendrent les organes fibreux. Elle leur plaît même à ce point qu'ils semblent y oublier leur humeur capricieuse. On en trouve invariablement, à poste fixe, de chaque ' côté du fémur, et dans les tendons qui | passent par derrière dans le creux du genou. Enfin, la rotule ne manque jamais de s'y étaler au beau milieu du tendon des

extenseurs de la jambe. In peu de patience! vous aurez bientôt l'explication dece mot-là.

Voilà pourquoi je vous disais en commençant que le cartilage primitif de la rotule n'était pas fait comme les autres.

Les libres du tendon qui lui sert de base persistent au travers du tissu gélatineux, et on les dislingue encore facilement sur l'os tout formé, quand on fait dissoudre son phosphate de chaux dans un acide, ce qui peut très-bien se faire, comme vous le savez déjà.

Nous nous sommes arrêtés un |>eu longtemps sur la rotule; mais je ne pouvais pas, en bonne conscience, laisser échapper cette occasion unique de vous mettre au courant d'un petit im stère caché dans les profondeurs de nos organes, dont personne presque ne sou|x;onne l'existence, en dehors des savants spéciaux, et qui, là seulement, vient se mettre à la surface, sans prévenir les gens. Vous seriez-vous jamais douté que la rotule avait une autre origine que le reste îles os? Connue comme elle l'est, elle aurait dù, ce semble, faire profiter de sa célébrité la famille obscure à laquelle elle appartient. Il n'en a rien été malheureusement, et vous étonneriez bien des geus si vous alliez leur parler des sésamoïdes. C'est ainsi qu'un parvenu fait souvent un grand bruit dans le inonde, sans que nul s'informe d'où il sort, et sans que le moindre reflet de son illustration rejaillisse sur les cabanes où vit sa famille.

Dépêchons-noiw maintenant d'en finir avec ces bras et ces jambes dont vous devez avoir bieutôt assez.

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ÉI)U:\TION. — RÉCRÉATION.

AVENTURES DU CAPITAINE H A T T t R AS

(VigMttM par i>r M'>i«taut.)

On vit pendant la journée deux baleines filer rapidement vers le sud ; on aperçut également un ours blanc qui fut salué de quelques coups de fusil sans succès apparent. Le capitaine connaissait le prix d'une beure dans ces circonstances, el ne permit pas de poursuivre l'animal.

Le mercredi matin, l'extrémité du canal du Régent fut dépassée ; l'angle de la côle ouest était suivi d'une profonde courbure de la terre. Kn consultant sa carte, le docteur reconnut la pointe de Sommersetllouseou pointe Fury.

« Voilà, dit-il à son interlocuteur habituel, l'endroit même où se perdit le premier navire anglais envoyé dans ces mers en 1 815.

pendant le troisième voyage que Parry faisait au pôle ; la Fury fut tellement maltraitée par les glaces à son second hivernage, que l'équipage dut l'abandonner et

revenir eii Angleterre sur sa conserve VHiela.

— Avantage évident d'avoir un second navire, répondit Johnson ; c'est une précaulion que les navigateurs polaires ne doivent pas négliger; mais le capitaine Hattena n'était pas homme à s'embarrasser d'un compagnon !

— Est-ce que vous le trouvez imprudent, Johnson? demanda le docteur.

— Moi ? je ne trouve rien , monsieur Clawbonny. Tenez, voyez sur la cote ces pieux qui soutiennent encore quelques lambeaux d'une tente à demi pourrie.

— Oui, Johnson ; c'est là que Parry débarqua tons les approvisionnements de son navire, et, si ma mémoire est fidèle, le toit de la maison qu'il construisit était fait d'un hunier recouvert pas les manœuvres courantes de la Fury.

LES ANGLAIS AU POLE NORD

— Cela a dû bien changer depuis

ih:s.

— Mais pas trop, Johnson. En 1829, John Ross trouva la santé et le salut de son équipage dans cette fragile demeure.

En 1851, lorsque le Prince Albert y envoya une expédition, cette maison subsistait encore; le capitaine Kennedy la Ut réparer, il y a neuf ans de cela. Il serait intéressant pour nous de la visiter ; mais flatteras n'est pas d'humeur à s'arrêter!

— Et il a sans doute raison, monsieur Clawbonny ; si le temps est l'argent en Angleterre, ici c'est le salut, et pour un jour de retard, une heure même, on s'expose à compromettre tout un voyage. Laissons-le donc agira sa guise. »

Pendant la journée du jeudi, 1" juin, la baie qui porte le nom de baie Creswell fut coupée diagonalemeut par le Fonçant; depuis la pointe de la Kury , la côte s'élevait vers le nord en rochers perpendiculaires de trois cents pieds de hauteur; au sud, elle tendait à s'abaisser; quelques sommets neigeux présentaient aux regards des tables nettement coupées, tandis que les autres, affectant des formes bizarres, projetaient dans la brume leurs pyramides aiguës.

Le temps se radoucit pendant cette journée, mais au détriment de sa clarté ; on perdit la terre de vue; le thermomètre remonta à trente-deux degrés (0 centig.); quelques gelinottes voletaient çà et là, et des troupes d'oies sauvages pointaient vers le nord ; l'équipage dut se débarrasser d'une partie de ses vêlement*; on sentait l'influence de la saison d'été dans ces contrées arctiques.

Vers le soir, le Fonçant doubla le cap Garry à un quart de mille du rivage par un fond de dix à douze brasses, et dès lors il rangea la côte de près jusqu'à la baie Brentford. C'était sous cette latitude que devait se rencontrer le détroit de Bel lot, détroit que sir John Ross ne soiipçonni

même pas dans son expédition de 1828; ses cartes, en effet, indiquent une côte non interrompue, dont il a noté et nommé les moindres irrégularités avec le plus grand soin ; il faut donc admettre qu'à l'époque de son exploration l'entrée du détroit, complètement fermée par les glaces, ne pouvait en aucune façon se distinguer de la terre elle-même.

Ce détroit fut réellement découvert par le capitaine Kennedy dans une excursion faite en avril 1852; il lui donna le nom du lieutenant Bellot, « juste tribut, dit-il, ti aux importants services rendus à notre « expédition par l'oflicier français. »

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