‹ Magasin d'education et de recréationChapitre 16 sur 142 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

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ÉDUCATION. — RÉCRÉATION

Dès qu'Usée se vil seule sur la cime des Alpes, elle voulut jouir de sa haule position d'Altesse. Elle sortit de sa grotte, alla se placer sur une roche saillante, laissa flotter an souffle des vents les larges plis de sa robe argentée, et attendit ainsi, pensant que les autres montagnes viendraient s'in-

cliner devant elle, et les nuages baiser ses petits pieds. Cependant il n'arriva rien de pareil, quelque grands airs que se donnât la petite Altesse. Fatiguée d'être si longtemps assise, elle commença à s'ennuyer horriblement et se dit à elle-même en soupirant tout bas : « J'aurais volontiers sup-

LA PRINCESSE ILSÉE.

porté un peu d'ennui , car c'est une des nécessités de mon rang, mais je trouve que , même pour une princesse , en voilà beaucoup trop ! » Le soir venu et le soleil couché, l'ouragan annonça de nouveau son approche par un mugissement sourd et lointain ; alors la pauvre petite source fut reprise d'une angoisse mortelle, et elle pleura à chaudes larmes. Quelque satisfaction que lui causât la fermeté dont elle avait fait preuve en refusant de suivre l'ange, ce contentement d'elle-même ne pouvait cependant vaincre l'effroi que lui inspirait l'ouragan. Le ciel devenait de plus en plus noir, d'épaisses vapeurs s'élevaient du fond de l'abîme ; un bruit sourd, tout semblable au roulement du tonnerre, se répercutait dans les gorges profondes des monts, et la pauvre petite Usée pensa mourir de frayeur. Elle pouvait à peine respirer dans l'air lourd et embrasé qui vint subitement brûler son visage. Tout à coup voilà qu'un pale rayon de lumière sillonne la nuit profonde ; la petite source épouvantée lève les yeux et aperçoit debout devant elle un grand homme sombre enveloppé dans un ample manteau rouge.

Cet homme s'incline profondément et lui

dit : « Très-gracieuse princesse! >» Un tel salut était une douce musique pour les oreilles de la petite Usée; aussi, surmontant l'effroi que lui causait cette figure étrange et sinistre , écouta-t-elle avec avidité les paroles séduisantes qui lui étaient adressées.

L'homme sombre lui dit : « J'habite dans le voisinage. Caché derrière les rochers, j'ai entendu votre conversation avec l'ange, j'ai vu avec plaisir comment vous l'avez congédié. Je ne puis vraiment pas comprendre qu'on veuille faire descendre dans la plaine et ensevelir dans d'obscures vallées les charmes et les grâces d'une si adorable petite princesse! »

Il lui parla ensuite du brillant avenir qui l'attendait si elle voulait lui permettre de la servir. « J'ai, dit-il, un délicieux palais d'été, situé sur une des plus hautes et des plus belles montagnes de l'Allemagne ; c'est là que je veux vous conduire; vous y serez entourée d'une cour brillante , de toute la splendeur, de tout l'éclat qui conviennent à l'orgueil de votre rang ; vous y trônerez, au sein des plaisirs et de la joie, bien audessus de toutes les eaux grandes et petites de la terrp. .

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Le cœur battait bien fort à la petite Usée en entendant toutes ces belles promesses.

Mais lorsque l'homme sombre entr'ouvrant son manteau, en tira un large bassin d'or en forme de nacelle, dont le pied admirablement sculpté était orné de pierreries étincelantcs : lorsque, présentant ce bassin

à la gracieuse princesse, il l'invita à s'y asseoir pour qu'il pût l'emporter à son beau Brockenberg, où d'innombrables suivantes lui préparaient déjà des fétes splendides. c'en fut fait de toutes les réflexions et de tous les scrupules de notre petite Altesse. Joyeuse, elle sauta si vivement de

LA PRINCESSE 1LSEE.

ses deux pied* mignons à la fois dans le bassin d'or, que ses eaux en rejaillirent bien haut. Usée s'apprêtait à rire, mais le rire s'arrêta sur ses lèvres : deux gouttes étaient retombées sur la main de l'homme sombre. La petite princesse remarqua qu'elles s'y évaporèrent en sifflant comme elles eussent fait sur un fer rouge, et en même temps elle sentit au plus profond du cœur une douleur si cuisante que tous ses membres tressaillirent.

La pauvre enfant, éperdue d'effroi, se cramponna au bord du bassin, comme pour prendre son élan et s'échapper bien vite ; mais l'homme sombre la rendit immobile d'un regard, et saisissant le bassin de sa main puissante, il dit à l'ouragan de souffler devant, afin que la petite Usée n'eût pas peur d'être emportée par lui. Rapide comme une flèche, il s'élança alors, fendant les airs.

Sa douleur ayant été de courte durée, la petite source s'était calmée et elle se laissait tranquillement emporter. Elle ne se dputait pas du tout qu'elle s'était livrée au diable en montant dans la nacelle qu'il lui présentait. Elle fut cependant inquiète quand elle entendit le sifflement étrange que produisait leur course échevelée à travers la nuit noire; et lorsque la violence de leurs mouvements faisait vaciller le bassin, elle se couchait toute tremblante sur le fond brillant de cette barque aérienne, puis, ramenant avec soin ses vêtements autour d'elle, elle prenait bien garde de laisser échapper la moindre goutte de son eau , car elle savait déjà combien cela faisait mal.

La nuit commençait à s'éclaircir, et la lune se levait lentement lorsqu'ils arrivèrent enfin sur le Rrocken. Ils y furent reçus par une foule compacte de personnages singuliers qui firent, en leur honneur, retentir les airs de cris de joie frénétiques, de hourrahs et de sifflements. Mais le sei-

gneur du Brocken ordonna d'un geste qu'on fit silence; et, plaçant le bassin qui contenait la petite Usée sur une grande pierre plate, comme sur un trône, il invita ses joyeux vassaux à former autour d'elle un large cercle et à présenter leurs hommages à la princesse des Eaux.

Ce fut un moment bien doux pour la petite Usée, qui se sentait enfin à sa vraie place. Elle se redressa fièrement, s'éleva avec grâce et dignité sous la forme d'une élégante gerbe d'eau, au-dessus de son bassin d'or, salua gentiment de tous les côtés, et inclina sa petite tête d'un air à moitié confus. A sa vue, un cri bruyant de surprise et d'admiration retentit. « Qu'elle est belle ! » s'écria toute l'assistance.

«Vive Usée, notre reine! «Ce n'était pas le moment d'être humble pour une princesse qui, d'ailleurs, avait dans la tête le démon de l'orgueil. Une musique enivrante fit entendre ses doux accords -, Usée, ravie, se mit à danser avec grâce, soulevant tour à tour de son bassin brillant et y faisant redescendre avec une adresse infinie son onde pétillante ; tantôt relevant, tantôt baissant sa petite tête bouclée, elle secouait d'un geste mutin les gouttes limpides de sa chevelure qui retombaient dans le bassin comme une pluie de perles sonores. La bonne Lime, qui n'y regarde pas de trèsprès et éclaire indifféremment tout ce qui se passe ici-bas, le bon comme le mauvais, ne put s'empêcher à son tour de poser sur la tête de la vaniteuse enfant une étincelante petite couronne d'étoiles d'argent ; et, lorsque la charmante Usée leva les yeux vers elle avec un sourire de reconnaissance, la bonne Lune fut si contente qu'elle on ouvrit sa grande bouche deux fois plus large que de coutume.

P.-J. STAIIU

Im suite prochainement .

Traduction H

PETITES TRAGÉDIES ENFANTINES

Vigocllei par Pkoubst. — Teite par un Papa.

PETITES TRAGÉDIES ENFANTINES

PETITES TRAGÉDIES ENFANTINES

Vignettes par P«( mot. — Texte par un Papa.

ÉDUCATION. — RÉCRÉVTION.

PETITES TRAGÉDIES ENFANTINES

L'eau sort du bassin en grondant, t'est terrible!... M. Philippe a en vain essayé de réparer sa sottise. Les clefs ne veulent plus rentrer dans leur trou. C'est une inondation. M. Philippe pi'usr, malgré lui, au déluge. Il a de l'eau jusqu'aux talons! il va se 0 noyer. L'eau ne s'arrête pas, M. Hébé

est au comble de l'épouvante; M. Philippe ne s'amuse plus du tout. Quel vilain jeu! M. Philip|>c ne recommencera pas. La lièvre, un gros rhume, la diète, des médecines, sa maman fâchée et chagrine, M. Bébé tout abîmé, voilà ce qu'il en a retiré.

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