TOME
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jours; car nous pourrons revenir le cher- I vous semblera pouvoir nous être de pre-* cher, si, comme je l'espère, notre sauve- mière utilité après le débarquement, et bon tage réussit. Recueillez ensuite tout ce qui courage! »
Je compris tout d'abord dans le chargement un baril de poudre, des fusils, plusieurs paires de pistolets, des balles, ainsi que du plomb et des moult s pour en fabriquer. Chacun de nous fut muni d'une bonne gibecière bien garnie d'aliments. Je
pris une caisse pleine de tablettes de bouillon, une autre de biscuits, puis une marmite, des couteaux, des haches, des scies, des tenailles, des clous, des vrilles, des lignes à pêcher... Je pris aussi de la toile à voile destinée à nous faire une tente.
LE ROBINSON SUISSE
Nous avions amassé tant de choses, que nous fûmes obligés d'en laisser beaucoup, quoique j'eusse échangé contre des objets utiles le lest que j'avais primitivement jeté dans les cuves.
Au moment de nous embarquer, les coqs, par leurs cris prolongés, semblaient nous dire tristement adieu. Ma femme pensa qu« nous ferions bien de les prendre avec nous, ainsi que les poules, les canards, les oies, les pigeons.
Elle plaça donc deux coqs et douze poules dans une des cuves, que je fermai d'une sorte de grillage fabriqué avec des bouts de bois entre-croisés. Quant aux oies, aux canards et aux pigeons, je leur donnai la liberté, m'en fiant à leur instinct de gagner la terre, les uns au vol , les autres à la nage.
Les enfants étaient embarqués déjà dans l'ordre que j'avais assigné, lorsque ma femme revint de l'intérieur du navire portant sous le bras un sac assez volumineux qu'elle jeta dans la cuve occupée par le petit François. Je ne fis nulle attention à ce sac, pensant que la prévoyante mère m* l'avait pris que pour en faire un siège commode à l'enfant.
Aussitôt que je vis tout le inonde installé, je coupai le câble qui retenait le bateau, et nous nous mimes à ramer du coté de la terre.
Dans la première cuve était ma femme, dans la seconde le petit François. Fritz occupait la troisième. Les deux du milieu contenaient la poudre, les armes, la toile à voile, les outils, les vivres et la volaille. Jacques était dans la sixième; Krnest dans la septième, et j'avais pris pour moi la dernière, d'où, le gouvernail en main, je dirigeais notre navigation. Chacun de nous avait à côté de soi une de nos ceintures de bouteilles et de barils, qui devait servir en cas d'accident.
Les chiens étant trop gros pour que
j'eusse jugé prudent de les embarquer avec nous, nous les avions laissés sur le vaisseau. Quand ils virent que nous prenions le large, ils commencèrent à gémir; mais soudain ils se décidèrent à se jeter à l'eau , et ils nous eurent bientôt rejoints. Craignant que la traversée ne fût trop longue pour leurs forces, je les soula'geai en leur faisant poser, de temps en temps, les pattes de devant sur les perches du balancier ou sur les barils. Ces bons animaux comprirent bientôt cette manœuvre et purent ainsi nous suivre sans trop de fatigue.
La mer moutonnait doucement, le ciel était pur, le soleil radieux. Nous ramions avec accord ; la marée montante nous favorisait. Autour de nous flottaient des caisses, des tonnes, des balles, épaves du vaisseau naufragé. Fritz et moi nous pûmes saisir avec des crocs et lier au bateau quelques-unes des tonnes que nous traînâmes à la remorque. Ma femme, la main appuyée sur la tète de son plus jeune enfant, les yeux levés au ciel , prfeit silencieusement.
La traversée s'accomplissait heureusement, mais plus nous approchions de la côte, plus elle nous semblait triste et sauvage. Une ligne de rochers gris et nus s'offrait seule à notre vue.
A un certain moment cependant, Fritz, qui avait une vue perçante, prétendit découvrir des arbres parmi lesquels se trouvaient, assurait-il, des palmiers. Ernest, naturellement friand, se réjouit à l'idée de manger des noix de coco qui, selon ce qu'il avait lu , sont bien meilleures que les noix d'Europe.
« Quel bonheur! » s'écria le petit François.
Ce mot bonheur, si peu de circonstance, fit tressaillir ma femme. Comprenant sa pensée, je lui serrai doucement la main.
« L'enfant a peut-être raison, lui dis-je à
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demi-voix ; on ne saurait jamais faire son bonheur trop petit. Tout est relatif icibas. »
(lue discussion s'était engagée entre les enfants sur la nature des arbres que Fritz s'efforçait de leur faire voir. Comme je regrettais de n'avoir pas emporté le télescope du capitaine, Jacques tira joyeusement de sa poche une petite lunette qu'il avait trouvée dans la chambre du contremat Ire. Je pus alors observer le rivage.
Oubliant la question en litige, je cherchais »les yeux le point où nous devrions aborder.
J'avisai une anse vers laquelle les oies et les canards, qui s'étaient bien vite mis de la partie, se dirigeaient comme pour nous servir d'avanl-garde.
« Kl les cocos, me dit le petit François, les vois-tu , papa ?
— Oui, lui dis-je en souriant, Fritz a de bons yeux, il ne s'est pas trompé. Je distinguo, dans le lointain, des arbres qui m'ont bien l'air d'être des cocotiers.
— Je suis bien content! »> dit le petit François en frappant, dans sa joie, ses deux petites mains l'une contre l'autre.
Ma femme se pencha vers lui pour l'embrasser et nous cacha une larme. Quand elle releva la tête, elle ne nous montra plus <pie son sourire. Le bonheur du petit François avait remonté jusqu'à elle.
Nous fîmes force de rames, et nous abordâmes près de l'embouchure d'un ruisseau, à un endroit où l'eau n'avait guère plus de profondeur qu'il n'en fallait pour tenir nos cuves 5 (lot , et où le rivage était fort bas.
Les enfants sautèrent lestement à terre, à l'exception de François, qui, malgré son impatience, était trop jeune pour sortir seul de sa cuve, et à qui sa mûre prêta secours.
Les chiens , qui nous avaient devancés, nous firent fête par des aboiements et des bonds joyeux. Les canards et les oies,
installés déjà sur les rives du ruisseau , nous saluèrent aussi de leurs voix nasillardes, auxquelles se mêlaient les cris rauques de quelques pingouins qui se tenaient immobiles sur les rochers, et de plusieurs flamants qui s'envolaient effrayés.
Le petit François, tout à ce spectacle, ne pensait plus aux cocotiers.
Notre premier soin, dès que nous eûmes touché la terre, fut de nous jeter à genoux pour remercier Dieu qui nous avait si miséricordieusement délivrés, et pour lui demander de nous continuer sa protection.
Je serrai ma femme et mes pauvres petits dans mes bras. Les yeux humides de ma femme rencontrèrent les miens.
« Dieu est bon, me dit-elle, avec un sourire angélique; vois, il nous a laissés l'un à l'autre, et nos enfants sont tous là...»
Il fallut procéder ensuite au décharge- i ment du bateau. Tout se trouva bientôt transporté sur le rivage. Quoique ce butin fût peu considérable, combien nous nous estimâmes riches de le posséder!
Je choisis un emplacement convenable pour y dresser la tente qui devait nous abriter. Je plantai dans le sol une des perches qui servaient de balancier à notre bateau ; au haut de cette perche, je liai la seconde qui reposait par l'autre bout dans une fente du rocher. Puis je jetai pardessus la toile à voile, que je tendis avec des piquets, en ayant soin d'en charger les bords à l'intérieur avec nos caisses à provisions et autres objets pesants. Fritz attacha des crochets à l'ouverture pour pouvoir nous enfermer pendant la nuit.
Je commandai aux enfants d'amasser tout ce qu'ils pourraient trouver d'herbes sèches et de mousse pour nous faire des lits.
Pendant qu'ils étaient occupés à ce travail, je dressai, avec quelques pierres, à peu de distance de la lente, une sorte de foyer où j'apportai plusieurs brassées de i
Gl
bois mort ramassé sur les rives du ruisseau, et j'eus bientôt allumé un grand feu qui pétilla gaiement.
Ma femme posa sur les pierres du foyer la marmite pleine d'eau dans laquelle je jetai cinq ou six tablettes vie bouillon.
« Que veux-tu donc coller, papa ? » me demanda le petit François, qui prenait les tablettes de bouillon pour de la colle forte.
Sa mère lui répondit, en souriant de sa naïve question , que j'agissais ainsi pour préparer la soupe.
« Une soupe à la colle ? dit-il en faisant une grimace d'inquiétude.
— Eh non, dit la mère, une bonne soupe grasse, cher petit, une soupe à la viande...
— A la viande ! s'écria François en ouvrant de grands yeux; tu vas donc aller chez le boucher, maman ? »
Sa mère se mit à rire et lui fit comprendre que ce qu'il avait pris pour des morceaux de colle forte était du suc de viande réduit à cet état par une cuisson prolongée.
« On emploie ce moyen, lui dit-elle, pour suppléer aux provisions de viande fraîche , qui se corrompraient dans les longs voyages sur mer. »
Fritz, qui avait chargé son fusil, s'éloigna en remontant le ruisseau. Ernest s'en alla du côté opposé, le long de la mer.
Jacques se mit en devoir de fouiller les rochers du rivage dans l'espoir de trouver des moules.
J'étais occupé à retirer de l'eau les tonnes que nous avions remorquées, lorsque j'entendis Jacques pousser de grands cris. Armé d'une hache, je courus du côté d'où venait sa voix ; j'aperçus l'enfant dans l'eau jusqu'aux genoux :
a Papa, papa, criait-il avec un accent où le triomphe et la terreur se mêlaient, viens vite, j'ai pris une grosse béte.
— Eh bien, apporte-la I
— Je ne peux pas, papa, c'est elle qui me tient. »
J'avais bien quelque envie de rire en voyant ce vainqueur prisonnier de son captif, mais il n'était que temps d'aller à son secours. Un £ros homard le tenait par
la jambe, et le pauvre Jacques essayait vainement d'échapper aux pinces de l'animal.
J'entrai dans la mer; le homard lâcha prise et voulut s'enfuir, mais je parvins à le saisir par le milieu du corps, et je l'apportai sur le rivage. Mon étourdi, tout fier de pouvoir montrer cette belle capture à sa mère, saisit précipitamment la bête à deux mains; mais à peine la tenait-il, qu'elle lui appliqua sur le visage un coup de queue si violent qu'il la laissa retomber et se mit à pleurer. Je ne pus m'empêcher, celte fois, tout en le consolant, de rire de sa déconvenue. Je lui montrai que rieq n'était plus simple que de réduire son prisonnier en le prenant par le milieu du corps. Dès qu'il fut rassuré, il reprit sa course pour faire admirer sa capture à sa mère.
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« Maman ! François ! Ernest ! Fritz ! Où est Fritz ? » criait-il en arrivant près de la (ente. « Voyez, venez voir! une écrevisse de mer ! une écrevisse de mer ! »
Ernest, après avoir gravement examiné l'animal, conseilla do le mettre dans la marmite bouillante, ce qui, selon lui, nous donnerait une soupe succulenie. Ma femme ne crut pas devoir se fier beaucoup à l'excellence de cette recette, et décida que l'on ferait cuire le homard séparément.
Ernest nous apprit alors qu'il avait, de son côté, fait une découverte.
« J'ai vu, dit-il, des coquillages dans l'eau ; mais il aurait fallu me mouiller pour les prendre.
— Je les ai vus aussi, repartit Jacques avec un air dédaigneux, mais qu'est-ce que cela ? De mauvaises moules. Je n'en voudrais pas manger. Parlez -moi de mon homard !
— Qui sait? dit encore Ernest. Ce sont peut-être des huîtres. Je l'affirmerais même, à en juger par la manière dont ces coquillages sont attachés au rocher, et par la profondeur à laquelle ils se trouvent.
— Eh bien, monsieur le douillet, dis -je à mon tour, si tu penses que ce soient des huîtres, pourquoi ne nous en as-tu pas apporté? Tu as eu peur de te mouiller, dis-tu; songe que, dans la situation où nous nous trouvons, nous devons tous faire preuve d'abnégation et d'énergie.
— J'ai vu aussi là-bas, reprit Ernest, du sel dans le creux des rochers. Je m'explique ce fait en supposant que le soleil a desséché l'eau de la mer...
— Eh! m'écriai-je, éternel discoureur!
si tu as vu du sel, tu devrais en avoir ramassé un plein sac. Va donc répaivr celte négligence au plus tôt, pour que nous ne mangions pas une soupe insipide. »
Ernest partit et revint bientôt. Le sel qu'il rapporta éljit tellement mélangé de sable et de terre, que je fus sur le point de le
jeter. Ma femme m'en empêcha : elle le fit fondre dans de l'eau, qu'elle passa ensuite à travers un linge; et nous nous servîmes de cette eau pour saler la soupe.
Je grondai cependant Ernest d'avoir pris si peu de soin.
La soupe était prête, mais Fritz nous manquait, et d'ailleurs, en face de la marmite bouillante, nous nous demandions, fort penauds, comment nous allions faire pour y puiser. Nous faudrait-il porter tour à tour ce grand vase brûlant à nos lèvres, et pécherions- nous le biscuit avec les doigts? Nous nous trouvions à peu près dans la situation du renard de la fable, à qui la cigogne présente à manger dans une bouteille. Notre embarras était si grand que nous nous prîmes à en rire aux éclats.
« Si nous avions seulement des noix de coco, dit Ernest, nous pourrions en faire des cuillers.
— Oui, dis-je, s'il ne s'agissait que de désirer pour avoir, nous serions h l'instant même munis de magnifiques couverts d'argent. Mais les cocotiers de Fritz sont encore à découvrir. Les rochers nous en séparent; allons, mes enfants, inventez quelque chose qui soit à notre portée.
— Ne pourrions-nous pas, reprit Ernest, nous servir de coquilles d'huîtres?
— A la bonne heure! m'écriai-je. Hàte-toi donc de nous en procurer. ■>
Ernest s'éloigna de nouveau, mais il fut devancé par Jacques, qui était déjà entré dans l'eau avant que l'indolent eût atteint le rivage.
Jacques détachait les huîtres et les jetait à terre. Ernest se bornait à les ramasser, évitant ainsi de se mouiller les pieds.
En même temps que nos Relieurs d'huîtres revenaient à nous, Fritz reparut. Il s'avançait gardant une main derrière le dos, et affectant un air consterné.
« N'as-tu rien trouvé ? lui demandai-je.
— Rien du tout, » répondit-il.
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Mais ses frères, qui l'entouraient, se mirent à crier :
« Oh! un petit cochon d'Inde! Où l'as-tu trouvé? Laisse-le-moi voir! »
Alors Fritz montra fièrement le gibier que d'abord il tenait caché.
Je le félicitai sur sa chasse ; mais je le réprimandai pour le mensonge qu'il s'était cru permis de faire, bien que ce fût par manière de plaisanter.
Il me demanda pardon; puis nous raconta qu'il était allé de l'autre coté du ruisseau, et avait trouvé un pays tout différent de crlui où nous étions.
■ Là-bas, dit-il, la végétation est magnifique; de plus, il y a sur le rivage une quantité de caisses, de tonneaux, et d'autres débris du naufrage que Ja mer y a jetés. Laisserons-nous perdre toutes ces richesses? N'irons -nous pas chercher le bétail qui est sur le vaisseau ? La vache surtout nous donnerait d'excellent lait pour tremper notre biscuit. II y a là -bas de
grandes herbes pour la faire paître, et aussi de beaux arbres pour nous abriter. Allons nous y établir. Quittons cette plage nue et aride...
— Patience ! patience ! répondis-je, chaque chose aura son temps. La journée de demain suivra celle d'aujourd'hui. Avant tout, dis-moi, n'as-lu découvert aucune trace de nos compagnons de voyage?
— RiefT, ni sur terre, ni sur mer. Je n'ai vu d'autres êtres vivants qu'une troupe d'animaux semblables à celui que je rapporte. Ce sont, je pense, des cochons d'Inde, mais d'une espèce toute particulière, car ils ont les pattes faites comme celles des lièv res. Ils sont si peu farouches que j'ai pu les observer de fort près. Ils bondissent d ins l'herbe, s'asseyent et portent la nourriirire à leur bouche à la façon des écureuils, »
Ernest, prenant son air le plus doctoral, examina l'animal dans tous les sens et déclara que, d'après son livre d'histoire natu-
relle, il se croyait autorisé à déclarer que le prétendu cochon d'Inde était un agouti.
« Ah ! s'écria Fritz, voilà bien le savant qui croit nous en imposer. Je dis, moi, que c'est là un cochon d'Inde. »
J'intervins dans la discussion.
— Ne le prends pas de si haut avec ton frère, dis-je à Fritz. Je n'ai jamais vu d'agouti vivant ; mais ce que tu tiens là est bien l'agouti dont parlent les naturalistes.
D'abord ton animal est beaucoup trop gros
pour un cochon d'Inde, bien qu'il en ait un faux air avec sa tête aplatie, ses petites oreilles, sa petite queue, son poil ras fauveorange, et son corps renflé en arrière. Il a la taille d'un fort lapin; et regarde comme ses dents de devant sont tranchantes et courbées en dedans. Jamais cochon d'Inde n'a eu de dents pareilles.
— l'ère, dit Ernest, puisque les agoutis sont si peu farouches, si l'on essayait d'en prendre vivants ? Nous les élèverions comme
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des lapins, et nous aurions sous la main un gibier après lequel il ne faudrait pas courir.
— Oui, ta paresse s'en accommoderait assez, mon pauvre Ernest. Essaye, si tu veux; l'agouti n'est pas difficile à apprivoiser. Mais je te préviens que ces lapins-là te donneront plus d'ouvrage que ceux d'Europe. Ce sont des rongeurs par excellence,
dont les dents travaillent toujours. Rien ne leur résiste, tant elles sont dures, et l'on a vu des agoutis couper jusqu'aux fils de fer de laçage où ils étaient enfermés. Dans quelle prison comptes-tu garder les tiens? »
Jacques, pendant que ses frères écoutaient attentivement cette petite leçon d'histoire naturelle, s'évertuait à ouvrir une huitre avec un couteau; mais, bien
qu'il y employât toutes ses forces et qu'il fit maintes contorsions, il ne réussissait pas.
Je pris alors les huîtres, je les posai sur les charbons ardents, et bientôt elles s'ouvrirent d'elles-mêmes.
« Allons, dis-jc, mes enfants, voilà un des mangers les plus recherchés des gourmets. Goûtez-y. »
Sur ces paroles, je humai une huitre (pie j'avalai.
Jacques et Fritz voulurent tn'imiter, mais ils ne tardèrent pas à déclarer que c'était là un mets détestable. Ernest et François s'en rapportèrent à ce jugement.
Nous ne primes donc des huîtres que la partie que l'on jette ordinairement, et, nous
servant des écailles comme de cuillers, nous commençâmes à manger notre potage.
Pendant que nous festinions de bon appétit, les deux chiens, qui avaient de bonnes raisons pour vouloir nous imiter, découvrirent l'agouti de Fritz et se mirent à le déchirer.
Fritz se leva furieux, trouva sous sa main son fusil avec lequel il les frappa si violemment qu'il en brisa le bois; puis, comme les chiens se sauvaient, il leur jeta des pierres aussi longtemps qu'il crut pouvoir les atteindre.
P.-J. Staih,. — E. Mi i.i it .
lui suite prochainement.
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Il faut d'abord vous rappeler ce que je vous ai dit la dernière fois, à propos de la gélatine et des globules, sur les appétits différents de nos organes, dont l'un prend ceci et l'autre cela dans le sang. C'est grâce a cet instinct mystérieux que chacun se trouve construit comme il doit l'être pour faire son métier; et, à bien considérer la chose, il ne pouvait pas en être autrement.
Noire corps ne serait qu'un bloc uniforme, sans celte distribution intelligente des matériaux dont il se compose. Mais il y a mieux. A côté de ces besoins indispensables à satisfaire, les organes ont aussi des fantaisies, tout comme les petites filles.
Dans la foule des substances qui peuvent se glisser dans le corps, sous un prétexte ou sous un autre, il en est dont tel ou tel organe sera le seul à s'emparer, alors qu'elles ne lui sont pas nécessaires, qu'elles lui sont nuisibles quelquefois, toujours comme avec les petites- filles. Ainsi, pour
en citer une bien inoffensive, la garance, avec laquelle ou teint en rouge les pantalons de nos soldats, doit cet honneur à ce que les teinturiers appellent un principe colorant, lequel est répandu dans toutes les parties de la plante. Or, si un animal mange de la garance, ce principe colorant qui entre avec elle dans le corps et dont les autres organes ne se soucient pas, les os ont la coquetterie de l'absorber au passage, pour se donner une belle couleur rouge. Je vous le demande un peu, où la coquetterie va-t-elle se nicher?
C'est là ce qui a vendu leur secret.
L'on a imaginé de nourrir avec de la garance de pauvres pigeons qu'on tuait ensuite pour voir ce qui s'était passé.
Quand ils ont été mis suffisamment longtemps à ce régime-là, leurs os sont entièrement rouges. Quand il n'a duré que quelques jours, les os n'ont rougi qu'à la surface. Quand on a fait alterner la ga-