TOUE I
rance, de quinzaine en quinzaine par exemple, avec le grain habituel, on voit, en sciant les os, des couches alternatives de rouge et de blanc, semblables aux couches des grosses dragées, correspondant à chacune des différentes périodes, et s'avançant à la file dans l'épaisseur de l'os, à partir de la surface. Enfin, chez les pigeons qui, après avoir mangé un certain temps de la garance, sont rendus pendant plusieurs mois à la nourriture qui leur convient, on trouve les os tout blancs : ce qui avait dû se rougir est parti. En prenant bien son temps, on pourrait en retrouver des traces au cœur de l'os, où se fait le départ des vieilles couches, au fur et à mesure que les nouvelles se déposent à la surface.
Notre charpente osseuse suit donc à peu près les mômes lois de formation que la charpente ligneuse des végétaux, dont lebois grandit aussi par couches superficielles, allant toujours s'enfonçant à Tintérieur, par suite de l'accumulation des couches successives qui viennent après elles. Il y a cette différence que dans l'os, qui appartient à un monde supérieur, on observe un double mouvement d'entrée et de sortie, et que la vie du bois, plus simple, se contente d'accumuler de nouvelles substances à la surface, sans toucher aux anciennes, dont la mort seule a raison.
Mais, en revanche, je puis vous signaler un autre point de ressemblance bien curieux entre l'os et le bois.
Je vous ai dit déjà que celui-ci était produit, d'année en année, par l'écorce de l'arbre. L'os a aussi son écorce qui le produit, sans relâche il est vrai, vu qu'on ne connaît pas d'hiver dans cette serre chaude du corps, toujours chauffée à 37 degrés.
C'est une membrane qui l'entoure, et qui porte le nom de périoste, mot grec dont le sens est facile à retenir. 11 signifie : autour de l'os.
Toutes les petites artères des parties voisines envoient leurs dernières ramifications dans le périoste, qui se trouve ainsi gonflé de sang, comme l'écorce est gonflée de séve, et il travaille absolument de la même façon qu'elle.
Si je vous avais raconté plus au long l'histoire de la formation du bois, je vous aurais appris que d'abord il se forme entre lui et l'écorce une sorte de bois préparatoire qu'on appelle Vaubier, qui reste un certain temps blanc et mou, et se convertit à la longue en bois parfait, comme on dit.
Ce qui provient directement du périoste est un véritable aubier.
Qu'est-ce qu'un cartilage? Vous le savez de reste maintenant, c'est un os en préparation. Or. dans la première moitié de la vie, on trouve sous le périoste une couche mince de cartilage, dont l'intérieur s'ossifie graduellement, et qui se reproduit toujours à l'extérieur, jusqu'à ce que l'os ait atteint les limites de son accroissement. Plus tard, le périoste lui-même s'ossifie à son tour, à ce point qu'il devient à la fin presque impossible de le détacher de l'os, avec lequel il ' semble se confondre. Son travail de construction languit et finit par s'arrêter, et le travail de destruction intérieure continuant toujours, les os des membres vont en s'amincissant chez les vieillards, ce qui ajoute encore à leur fragilité.
Vous voyez que je n'avais pas tout à fait tort d'intituler ce chapitre : la vie des os, un titre qui vous aura peut-être étonnée. Notez que je suis loin de vous avoir dit tout ce qu'on sait, et qu'on est loin aussi de savoir tout. Vous scriez-vous douté, à voir un de ces objets en os qu'on trouve chez les marchands, que cela avait vécu, était sorti goutte à goutte, c'est le mot, d'une membrane qui n'a pas toujours l'épaisseur d'une feuille de papier, et serait allé se fondre miette à miette dans le sang do l'animal, si on l'avait laissé vivre assez
LES SERVITEURS DE L'ESTOMAC
longtemps? Que de choses on ignore pourtant qui nous touchent de si près! Et si nous avons trouvé déjà tant de particularités curieuses à apprendre sur les plus infinies de nos organes, sur ceux qui ne vivent de fait qu'à moitié, que sera-ce donc pour ceux qui viendront plus tard, et qui sont en quelque sorte le siège de la vie!