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lais faire une classification, je n'irais pas plus loin. On est trop exposé à s'embrouiller dans le reste.
La colonne vertébrale est située sur la lUjne mûliane du corps.
Ici, je vois vos yeux qui m'interrogent.
Rassurez -vous; je n'aurais garde de ne pas vous expliquer une chose aussi importante que cette ligne médiane.
Mettez le doigt bien au milieu de votre front ; descendez tout droit, en suivant la crête du nez. jusqu'au bas du menton, et regardez-vous dans la glace. Vous y verrez tout de suite que chacun des côtés de votre figure, à droite et à gauche de la ligne que vous aurez ainsi tracée, est la reproduction exacte de l'autre. A droite, un œil avec sa paupière et son sourcil ; à gauche, le môme œil avec la même paupière et le même sourcil. Do chaque côté la même petite joue, terminée par la même petite oreille. Votre ligne coupe le nez en deux parties égales, et vous n'aurez pas besoin d'y regarder longtemps pour vous assurer que les deux parties sont absolument semblables. De même pour la bouche.
\n pariant de ce petit creux qui sépare la lèvre, juste au-dessous du nez, vous renvvtiiivz d'un côté romme de l'autre le même nombre de dents, incisives, canines et molaires , et placées dans le même o^tiv. comme si les deux moitiés de la ^.khoire étaient deux mâchoires distinctes, «va v« ensemble pour n'en faire qu'une.
iY n'est pas nu surplus une simple sup- ; v>'i!v»n. Rien n'est plus facile que de re- . . m r les traces de cette soudure, surtout . , loa. lioire inférieure où elle est indi-
, v »m> m l M ,il bourrelet. Parfois même
( , que la nature, distraite dans son , , oublie de souder les deux bouts
i 'mu, ei l'enfant vient au monde avec a ( t|i|ielle un bec -de -lierre , c'est- .mv une fi nie an milieu de la .mineure, laquelle fente se pro-
longe en certains cas jusque bien en avant dans le palais.
S'il était possible quelle allât plus loin, sans déterminer la mort, et qu'un œil curieux pùt la suivre dans toute la profondeur de la tête, on irait ainsi, en passant ù travers deux tranches absolument pareilles de part et d'autre, rejoindre le haut du crâne, qui lui-même porte au milieu la marque de la grande soudure, et se partage comme tout le reste en deux morceaux dont l'un est la répétition de l'autre.
Continuons par la pensée cette coupe imaginaire jusqu'au bas du tronc, en traversant le cou par le milieu : ce sera toujours la même chose. Chaque tranche aura son bras, sa jambe, chacun semblable à son jumeau, ses côtes en nombre égal, la même quantité de muscles et do nerfs, placés tous respectivement aux mêmes endroits. La conclusion à tirer de là , c'est que le corps tout entier est traversé du haut en bas par une ligne de partage, formant limite entre deux individus distincts, si je puis m'exprimer ainsi, qui se réunissent là pour en former un seul ».
Cette ligne de partage, c'est la ligne médiane-, la ligne du milieu, pour traduire son nom en français. (Médius en latin signifie : qui est au milieu.)
I. Il n'y a qui- les organes de nutrition qui échappent à cette loi de partage égal et symétrique, le cœur étant d'un coté, le foie de l'autre, l'intestin irrégulièrement roulé sur lui-même; et encore cette irrégularité de partage est-elle plu» apparente que réelle. Elle tient surtout à ce que l'appareil est replié comme en paquet dan» le» cavités qu'il remplit, car si l'on allongeait bien droit tout le tube intestinal, et qu'on le fendit dan» toute sa longuour, son nom seul de tube nous dit asseï que les deux moitiés so ressembleraient parfaitement. Le cœur est double aussi, et les poumons, et le foie, avec dos inégalités, il est vrai, dans la dimension des parties; les artères et les veines se partagent à peu près également entre le* deux moitiés du corps; de sorte qu'à quelques exceptions près, l'appareil de nutrition semble avoir été construit sur lo même plan que l'appareil de relation, et se composer comme lui de deux appareils semblables, réunis par le milieu.
LES SERVITEURS DE L'ESTOMAC. 131
Doue, la colonne vertébrale est située sur la ligne médiane du corps, cl je n'ai plus besoin de vous dire maintenant que, comme le nez, la mâchoire, le crâne, comme tout ce qui est à cheval sur cette ligne-là, elle présente de chaque côté, dans le sens de sa longueur, deux faces tout à fait semblables. Sa construction n'en est pas moins assez compliquée : elle demande une explication en règle.
La grande arête du milieu qu'on trouve dans les poissons n'est pas autre chose que leur colonne vertébrale, et peut vous donner une idée, assez faible il est vrai, de la nôtre. Vous savez qu'on la casse aisément en travers par petites pièces rondes qu'on trouve toutes percées de deux grands trous, l'un en dessus, l'autre en dessous.
A l'entrée de ces trous l'on aperçoit, après la rupture, une sorte de pulpe blanche et onctueuse qui allait d'une pièce à l'autre, et servait à les attacher ensemble. Chaque pièce est surmontée 1 d'un anneau triangulaire creusé dans la base d'une longue épine, droite et pointue. Tous ses anneaux en se superposant forment un véritable canal que parcourt un filet blanchâtre, facile à suivre jusque dans la tète, où il se termine par un renflement sillonné de raies légères, lequel n'est ni plus ni moins que le cerveau du poisson, car il en a un comme vous, ne vous en déplaise.
Voilà tout un cours d'anatomie, n'est-ce pas ; mais il n'est pas bien terrible. Vous le referez quand vous voudrez, à la première carpe qu'on rapportera du marché.
Pourquoi ai- je pris la peine, s'il vous
t. A voir l'artte dans une assiette, on pourrait croire que l'anneau en question est place sur le cote 1 ; mais il faut se rappeler que le* poissons ne paraissent pas dans leur position naturelle sur nos tables. Ils y sont à plat; et regardez les nager : ils Tendent l'eau, le corps redressé sur sa tranche. Dans cetio position-là, qui est la véritable, IVpine do l'arête se dirige eu haut, et raunuui surmonte bien réellement la pièce ronde.
plait, d'entrer avec vous dans de si longs détails sur cette misérable arôte qu'on jette d'habitude sans la regarder? C'est que tous ces détails se retrouvent chez nous, agrandis et perfectionnés assurément, comme il convenait chez des êtres , placés si fort au-dessus du poisson, mais assez ressemblants encore pour qu'on soit , forcé de les reconnaître.
La pièce aux deux trous s'appelle ici le corps de la vertèbre; et, entre nous, c'est aussi le nom qu'on lui donne dans le poisson, car on appelle indistinctement vertèbres, dans tous les vertébrés, ces pièces nombreuses dont la réunion forme chez eux la grande colonne médiane. Les savants, qui ne respectent rien, ont bien osé se servir des mêmes tenues pour exprimer partout les, mêmes choses, sans s'inquiéter si elles se rencontraient dans l'homme ou dans le poisson; et c'est à cette liberté grande que ce petit grain troué qu'on détache de l'arête , et qui n'a l'air de rien, doit l'honneur de s'appeler le corps de la vert'ebre, tout comme s'il appartenait au roi de la création.
Le corps de nos vertèbres n'est pas creusé, il est vrai, pour recevoir la pulpe onctueuse qui sert de lien contre les grains de l'arête. C'est une espèce d'osselet ovale, presque entièrement celluleux, surtout sur les deux faces du haut et du bas qui sont aplaties et percées d'une infinité de petits trous, visibles à l'œil nu, comme disent les gens qui ont l'habitude du microscope.
Ces petits trous sont la monnaie du grand | de tout à l'heure. Là viennent s'implanter , les attaches d'une substance toute parti- | culière, qui ne se trouve pas ailleurs dans notre corps, et dont le nom vous indiquera suflisamment la nature mélangée.
C'est le fibro -cartilage . un nom qui ne doit plus vous faire peur : vous connaissez tout cela.
Le fibro- cartilage joue exactement le
ÉDUCATION. — RÉCRÉATION
même rôle que la pulpe de l'arête. Il tient attachés ensemble tous les corps de nos vertèbres, mais d'une manière bien autrement énergique que ne le fait sa représentante dans le poisson. Les lames fibreuses dont il se compose adhèrent si fortement aux osselets qu'elles réunissent, qu'il faut des efforts inouïs pour les en détacher. Nous n'avons rien de plus solidement fixé dans tout le corps. Elles sont entremêlées pourtant d'une pulpe assez semblable à l'autre, qui est plus abondante chez les enfants, plus blanche aussi que chez les grandes personnes. Par ce coté-là vous êtes en ce moment plus rapprochée que moi des poissons ; mais je n'en suis pas plus fier, car c'est à cette pulpe d'ordre inférieur que le fibro-cartilage doit toute sa souplesse, et nous autres, les hommes mûrs, qui l'avons jaune, épaisse et racornie, nous aimerions autant être d'un cran plus proches de la carpe et du brochet, et ployer les reins avec la même aisance que vous.
CY*l en effet l'élasticité du libro-cartilage qui permet seule à la colonne vertébrale de s'infléchir un peu en avant, puisqu'il n'y a pas de déplacement possible pour ses osselets trop bien assujettis. Vous verrez tout a l'heure pourquoi la flexion en arrière lui est à peu près interdite.
Ces plaques élastiques, échelonnées ainsi du haut en bas de la colonne , comptent pour quelque chose , comme vous devez bien le penser, dans sa longueur, et par conséquent dans la hauteur du corps. C'est la raison pour laquelle vous êtes plus petite le soir que le malin. Cela vous étonne, mais le fait est |w).siiif.
Vous savez par expérience qu'un ressort se fatigue à force de servir, et que les vieux canapés ne vous font plus rebondir quand on s'assoit dessus. La même chose arrive aux ressorts que nous avons entre chaque vertèbre. Ils se fatiguent à
porter le poids du corps pendant toute la journée, et finissent par s'affaisser sur euxmêmes, comme les ressorts des vieux canapés. C'est ainsi qu'ils vous rapetissent j régulièrement tous les soirs, principalement les fibre-cartilages des reins, qui supportent la plus lourde charge, et sont, par-dessus le marché, les plus épais. Quand vous les avez emmenés au lit , et qu'ils n'ont plus rien à porter, les petits ressorts magiques commencent à refaire leurs forces tout doucement ; ils reprennent d'euxmêmes toute leur élasticité pendant que l'on dort dans la maison , et le lendemain matin il n'y parait plus.
Pour dire vrai, il n'y paraissait pas beaucoup la veille, car sur une petite colonne !
comme la vôtre, la différence n'est pas bien grande , et il faudrait y regarder de bien près pour la voir. Elle existe pourtant, comme tant de choses dont on ne s'aperc.oit pas, et sur une grande taille elle est quelquefois bien sensible. Buffon nous assure avoir connu un grand jeune homme
de cinq pieds neuf pouces qui se trou- i va un matin n'avoir plus que cinq pieds | sept pouces et demi, pour avoir passé toute la nuit au bal. Il faut croire qu'il | ; avait prodigieusement dansé; mais on s'exi plique après cela l'histoire de ce conscrit j qui avait juste la taille réglementaire, et | qui marcha toute la nuit pour aller se présenter au conseil de révision. Bien lui en prit, car il n'avait plus la taille. Je vous , ferai observer pourtant que ces choses-là | n'arrivent qu'aux jeunes gens qui ont encore beaucoup de pulpe. Plus tard, les fibrocartilages sont trop durs pour s'affaisser ainsi, et il n'est pas rare de les trouver ossifiés chez les vieillards.
Un vous parlant de ces escamotages de taille, je viens de repenser à une baleine dont le squelette gigantesque fut montré aux Parisiens, il y a bien longtemps, dans une baraque que je vois d'ici : rien n'est
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vivace comme les souvenirs de la première jeunesse. C'était, du reste, un édifice d'importance. L'animal qui le remplissait mesurait, si je me souviens bien, cent cinquante pieds de longueur, — juste le double de la taille d'une baleine respectable, — et le public ne regrettait pas l'argent que coûtait la vue d'un si merveilleux phénomène.
Vint à passer un professeur du Jardin des Plantes qui entra dans la baraque, intrigué par l'affiche. Le prestige du monstre ne tint pas deux minutes sous les investigalions de son œil exercé. Entre chaque vertèbre, en guise de fibro-cartilage, on avait intercalé un gros tampon de liège; et si le squelette n'avait que cent cinquante pieds, c'était pure modestie du montreur, car en allongeant les tampons de liège il aurait pu tout aussi bien lui en donner deux cents.
Je vous conseille de vous rappeler cette baraque de temps en temps, quand vous entrerez dans l'étude de l'histoire. On y montre toutes sortes de figures qui paraissent plus grandes que nature en général.
Attendez, pour en juger définitivement, que vous ayez pu voir si l'on n'a rien mis entre les vertèbres du géant.
Mais je m'aperçois que nous faisons un peu l'école buissonnière avec ces librocartilagos. On ne les dirait pas si amusants, à les entendre nommer. Comme nous ne sommes pas ici pour nous amuser, revenons bien vile à l'anneau de la ver-
V'iertt, tu le sàis/quns oublier.
Jean Mac*.
La suite prochainement.
(Kci>r(Kluctiou «t ira lucii'jo inlenlùo». )
134 ÉDUCATION. — RÉCRÉATION
LA PRINCESSE ILSÉE
(Suite.)
Cependant sur le Brockenberg la fuite de depuis que le démon de l'orgueil , celui
la charmante princesse avait mis l'homme de tous qui lui donne le plus de prise sur
sombre en fureur. Il savait parfaitement les jeuues unies, s'était retiré d'elle. Que
qu'une petite source aussi pure n'était pas, faire donc pour rattraper la légère enfant?
à vrai dire, une proie pour lui, surtout 11 lui revint à l'esprit que la petite prin-
LA PRINCESSE ILSÉE.
cesse avait en peur de l'ouragan; aussitôt il appela le vent du nord et lui ordonna de souffler en remontant la vallée, c'està-dire en sens contraire de la roule suivie par la petite Usée. Cela, se disait-il, la forcera à rebrousser chemin et la ramènera sur le firocken. Le vent du nord fit de son mieux pour accomplir cet ordre. Il se mit à souffler, à siffler et à hurler avec tant de force, qu'il secoua les arbres de manière à les ébranler jusque dans leur racine, le sol était jonché de leurs rameaux brisés. Un jeune sapin, qui n'avait pas encore pris pied bien solidement sur la pente du roc, fut jeté tout entier en travers du chemin de la petite Usée, à laquelle le vent furieux arracha tout à coup son voile flottant. Le vent voulut entraîner Usée à sa suite, mais la petite princesse, par un heureux effort, se dégagea violemment, et, sans s'inquiéter de savoir ce qui était resté de son voile entre les griffes du vent du nord, elle reprit sa course rapide. En ce moment, elle ne songeait pas à elle, il est juste de le dire, elle n'avait pour son propre compte aucune crainte ; ce qui la tourmentait c'était le danger que couraient ses arbres chéris, et elle eût aidé de bon cœur ses protecteurs malheureux à lutter contre l'ouragan, si elle en eût eu le pouvoir. Elle descendit en pleurant vers le sapin déraciné, se jeta sur lui, l'inonda de ses larmes et lava ses blessures avec une tendre compassion. Les petits hêtres verts et les petites branches de chêne que le vent du nord jetait dans son sein, elle les berçait doucement dans ses bras délicats, rafraîchissait de ses baisers leurs feuilles flétries, et les conduisait doucement au bout du chemin, jusqu'à ce qu'enûn elle pût les déposer mollement sur la rive dans quelque bon petit lit de mousse.
Cependant l'homme sombre se tenait toujours debout sur le Brocken et grinçait des dents en voyant que le vent du nord
s'épuisait en efforts inutiles et n'avait aucune prise sur la fugitive. « Je vais donc lui envoyer l'hiver, murmura-t-il d'un air sinistre; l'hiver gris et désolé, accompagné de la faim et du froid, avec ses longues nuits sombres pendant lesquelles la tentation veille, tandis que le péché se glisse par ses chemins mystérieux; celui-là m'a déjà amené plus d'une pauvre âme, et il viendra bien à bout de la fluette princesse des Eaux. Toi, vent du nord, continue de te remuer par là-bas et ne cesse pas tes efforts ; dépouille les arbres de leurs feuilles et prépare la voie à l'hiver. Il ne vient, tu le sais, que lorsqu'il peut s'avancer d'un pas lourd sur les feuilles sèches. »
Et le vent du nord , en obéissant serviteur, souffla, deux fois plus violent et plus glacé, à travers la vallée. Les hêtres tremblaient et grelottaient de tous leurs membres, et dans leur épouvante ils laissaient tomber sur le sol leurs feuilles jaunies-, le froid faisait rougir les cimes des chênes qui, eux aussi, se dépouillaient enfin de leur parure et, contemplant tristement leurs branches nues, attendaient avec inquiétude la venue de l'hiver. Le sapin seul restait calme, immuable, et continuait à porter son manteau de velours d'un beau vert sombre. La petite Usée, qui coulait à ses pieds, ne pouvait rien comprendre à tout cela, et, dans son humeur, elle disait aux arbres d'un ton de reproche : Eh !
mais, ehl fous que vous êtes, quelle idée avez -vous de me jeter ainsi vos feuilles sèches au visage? N'aimez-vous donc plus la petite Usée et voulez-vous lui crever les yeux avec vos glands et vos faines? Et l'enfant s'en allait bondissant de colère, et elle secouait les feuilles sèches qui s'attachaient aux boucles de ses cheveux ou embarrassaient les plis brillants de sa robe.
Cependant l'hiver était arrivé sur le Brocken. Sa Majesté infernale l'y revêtit
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de ses propres mains du plus épis manteau de brumes, puis le vieillard, après avoir traversé à pas lents les hautes montagnes, se laissa rouler lourdement au fond de la vallée. Dans le commencement il ne fut pas trop méchant; il faisait patte de velours et cherchait à s'insinuer comme un flatteur ; il couvrait les arbres et les arbrisseaux de petites robes blanches de givre brillant, si brillant que la petite Usée, tout éblouie de cette magnificence, ne savait plus où reposer ses yeux. Ensuite vinrent les flocons de neige qui descendaient en tourbillonnant du haut des airs : la petite princesse crut d'abord que c'étaient les nuages eux-mêmes qui venaient lui rendre visite dans la vallée et renouveler une connaissance faite sur le haut des Alpes. Mais comme l'hiver éten- i dail toujours plus épais et plus lourd sur toute la gorge de la montagne son froid j linceul sous lequel tout gisait enseveli, les pierres, les racines d'arbres, les plantes, les mousses, et même les brins d'herbe pâles et glacés, la petite Usée commença à j s'inquiéter, car elle pensait que bientôt • son tour viendrait peut-être aussi. Elle était déjà bien triste de ne plus voir sa } chère verdure, et elle travaillait avec ar- I deur, lavant toutes les pierres qu'elle rencontrait, en enlevant la neige et remettant en liberté les tendres petites moussps. Tout I à coup elle se sentit avec effroi piquée par J des pointes aiguës et glacées, et elle vit | que, tout autour des pierres et des racines ; d'arbres devant lesquelles elle passait, l'hiver tendait des chaînons durs et brillants, dont les anneaux se multipliant et Rallongeant de plus en pjus devaient finir par paralyser peu à peu ses membres jeunes et délicats. L'hiver furieux saisit alors dans ses serres froides et perçantes la frêle poi- | trine de la pauvre enfant; un frisson glacial courut par tout le corps de la petite ' ll«ée qui, tremblante, s'enla<;a autour des '
racines uoueuses du sapin et leva les yeux d'un air suppliant vers ce géant, roi des forêts. Elle vit qu'il était aussi revêtu du drap blanc de l'hiver; mais, sous la neige froide, ses branches montraient encore leur verdure sombre et éternelle. Ce doux aspect, qui lui rappelait le printemps, ranima le courage de la tremblante enfant, versa du baume sur son âme, et fit circuler par tout son être une force et une vie nouvelles. « 0 sapin, s'écria la petite Usée, • 1 comment fais -tu donc pour tenir tète à l'hiver, pour rester vert et vivant dans ses bras glacés? Ne puis-je pas apprendre à lutter comme toi ? — C'est parce que je suis planté sur le rocher, dit le sapin, et que j'élève ma tête vers le ciel que le Seigneur me donne la force de rester vert en tout temps ; toi aussi, petite User, tu es une source de rocher, et, dans ton onde limpide, tu réfléchis pure et sans l'altérer la lumière du ciel telle que tu la reçois; si tu as en toi la vie véritable, la force ne te manquera pas non plus peur surmonter l'hiver. Aie donc confiance en Dieu, petite Usée, hâte ta course et ne te lasse pas.
— Cher sapin, répondit-elle, je veux de- , venir forte et courageuse comme toi, pour pouvoir, comme loi, résister à l'hiver. » En prononçant ces mots elle se dégagea par une violente secousse des mains raidies qui voulaient retenir sa rohe entre les pierres, et se précipita dans la vallée, bondissant et broyant dans sa course toutes les entraves, toutes les aiguilles de glace qui tentaient de l'arrêter. Le vieil hiver, incapable de suivre une jeune enfant qui gambadait ainsi à travers champs, s'assit en grommelant dans la neige, forcé d'avouer son impuissance et de reconnaître qu'il lui était impossible d'atteindre l'agile ! 1 princesse.
Le jour suivant, comme la petite Usée, toute joyeuse de sa victoire, sautait gaiement, chassant devant elle avec une infa-
ligablc ardeur les éclats de glace qu'elle avait détachés des pierres, les mousses du rivage lui crièrent : « Ah ! Usée , chère Usée, viens à notre secours! La neige pèse si lourdement sur nos pauvres petites têtes que nous ne pouvons plus nous tenir droites sur nos faibles tiges; aide- nous, chère Usée, l'hiver fait si mal ! » Et la compatissante princesse descendait vers elles, soulevait avec précaution un petit coin du pesant linceul de neige, glissait sous ce trou son gracieux visage, et répétait aux mousses les lec.ons de sagesse que lui avait apprises le sapin. « Vous êtes établies sur le roc, disait-elle, et le bon Dieu vous permet de rester vertes sous la neige froide ; n'oubliez
donc pas, petites mousses, que la vie divine est en vous ; essayez d'être fortes, de vous redresser et de croître sous le blanc linceul de l'hiver. Le bon Dieu vous viendra en aide si vous l'invoquez. » Les mousses commencèrent aussitôt à se remuer, le travail Jes réchauffa, et peu d'instants après elles s'écriaient avec joie : « Usée, Usée, cela marche, nous voici déjà redressées et nous poussons en vérité; partout où nous mettons nos petites mains vertes, la neige cède et disparait. »
P.-J. Stahi..
/.a suite
[ Bf production et traduction
L'auteur tic la Comédie enfantine , le livre célèbre qui a inauguré si heureusement notre Bibliothèque d'Éducation et de Récréation, a bien voulu nous communiquer quelques faille» inédites de sa composition. Nous sommes heureux de pouvoir offrir dès aujourd'hui la première de ces charmantes primeurs à nos abonnés.
St.