TOME
ÉDUCATION. - RÉCRÉATION
sans doute ce qu'ont éprouvé nos sœurs bien-aimées avant de nous quitter. Comme elles, je suis oppressée; comme elles, une force invisible m'oblige à m'élever toujours. Écoutez donc et comptez sur mes dernières paroles. Quel que soit le monde où je vais, fût-il radieux au delà de ce que nous espérons, vous trouverez toujours en moi un cœur fidèle et constant. Je n'ose vous promettre davantage; mais, si cela m'est possible, pour sûr je reviendrai. Dites-vous pourtant que cet autre monde peut exister, bien que nous, ici-bas, nous n'en puissions comprendre les lois ni la nature. Adieu, et que l'espoir ne vous abandonne pas ; quant à vos craintes, je le sais, elles ne vous quitteront plus désormais. Adieu ! »
Elle aussi s'éleva dans l'onde fraîche jusqu'aux plantes qui croissaient au bord; et ce fut sur une feuille de bouton d'or qu'elle quitta son élément natal pour passer dans ce monde aérien que des yeux de larves n'ont jamais pu découvrir. Ses camarades demeurèrent quelque temps à l'endroit où elle avait disparu, mais sans rien voir ni rien entendre.
Puis vinrent les heures de vaine attente, le désappointement sans cesse renouvelé, le doute cruel, la lutte de l'espérance et du désespoir.
Beaucoup d'autres s'élevèrent à leur tour, et pour chacune le moment venait où les yeux de la créature parfaite se faisaient jour à travers le masque grossier de la Jarve et où il leur fallait accomplir leur destinée.
Mais pour colles qui demeuraient le résultat était le même.
Toujours il y en avait qui doutaient et qui craignaient; d'autres qui étaient incrédules et moqueuses; d'autres enfin qui espéraient fermement et attendaient.
Ah! si seulement elles avaient su! Si leur regard restreint à leur monde humide avait pu s'étendre au delà jusqu'au pur élément, quelle longue vie d'inquiétude
leur eût été épargnée! quel repos (ût f accédé à leurs agitations!
Mais alors la foi eût été une impérieuse nécessité, et l'espérance n'aurait plus été l'espérance.
tl la demoiselle, était-elle aussi oublieuse que le croyaient ses compagnes? Au sortir de sa prison, quand, au bord de l'eau, elle s'était élancée sur ses brillantes ailes dans l'air tiède, avait-elle perdu la mémoire de ses amies qu'elle venait de quitter ? Leurs tristesses et leurs larmes ne lui épientelles plus rien? Sa promesse, l'avait-elle oubliée?
Non, elle y pensait, môme dans ses essors les plus vagabonds, et toujours elle revenait sur les limites de ce monde qui jadis avait été pour elle le seul monde.
Mais, maintenant encore, il y avait une force supérieure à laquelle il lui fallait obéir. Le monde des eaux lui était fermé.
Si, poussée par le désir d'y rentrer, elle effleurait seulement la surface de l'eau, elle ressentait un choc mortel, semblable à celui que, larve, elle avait éprouvé en voulant s'élancer dans l'air, et ses ailes, p:;r un mouvement involontaire, l'éloignaieui de ce contact antipathique.
« Hélas! misérable larve que j'étais, qu'ai-jc promis à mes pauvres sœurs dans mon ignorance et ma présomption? s'écriait-elle toujours avec amertume. Qui soutiendra leur foi? »
C'est ainsi que voisine, et pourtant éloignée, séparée de ses sœurs bien-aiméesol pourtant unie à elles parla tendresse, elle ne cessait de planer sur la frontière qui 1rs divisait, toujours avec le faible espoir de les apercevoir un jour.
Sa fidélité' ne resta pas longtemps sans récompense. Même après ses courses les plus longues, elle ne manquait jamais de retourner au lieu de séparation; aussi s'y trouva-t-elle pour accueillir sa sœur affranchie qui l'avait suivie de si près.
LE PETIT MONDE DES BAUX
Souvent depuis lors, dans les chaudes journées d'été, l'air frais qui souffle sur la mare du grand bois résonne des battements d'ailes des demoiselles qui voltigent en avant, en arrière, à droite, à gauche.
Sans jamais s'arrêter, elles planent sur l'onde dans l'ivresse d'une vie nouvelle.
Quelquefois l'arrivée d'une amie vient ajouter une joie de plus à leur existence.
Ce doit être bien doux pour la nouvelle venue dont la destinée vient de s'accomplir, de trouver, non une région triste et (liberté, mais un monde peuplé de celles qu'elle aimait dans sa forme première, et qui, dans la seconde, l'ont devancée.
Ce doit être merveilleux pour elles, et aussi doux que merveilleux, d'apprendre que, même pendant leur vie d'ignorance et de crainte, les feux des ailes de celles qu'elles pleuraient venaient, quand le so-
leil brillait, se refléter tantôt ici, tantôt là, sur leur monde obscurci, en rayons lumii eux. Ah! si seulement elles avaient su!
Belle mare au fond des grands bois pleine d'une vie mystérieuse pour nous, qui ne voudrait s'oublier sur tes bords dans l'élude et la rêverie? Le hêtre y étend ses membres gracieux, fier de son image charmante; là, dans ce que l'homme appelle silence, les oiseaux innocents font entendre leurs concerts de joie; là, le bleu myosotis redit sa vieille histoire d'amour, là, les demoiselles planent encore aujourd'hui sur la surface de l'onde, pleines du désir de rassurer la race craintive qui tremble et espère au fond des eaux.
(Conlts anglais.)
Lioy Dt YVaillt.
n-proil union M tradocion im»rdi«c».|
ÉDUCATION. — RÉCRÉATION
LE ROBINSON SUISSE
(Suite.)
Ce n'était pas la première fois que Fritz | donnait des preuves d'emponement. Comme je tenais à réprimer cette violence de ca- J ractère, qui m'affligeait et pouvait être d'un mauvais exemple pour ses frères, je le grondai sévèrement et lui démontrai que, dans l'aveuglement de sa colère, il avait non-seulement mis son fusil hors d'état de servir, mais encore risqué d'estropier de pauvres animaux destinés à nous rendre les plus grands services.
Il comprit la justesse de marépriinando.ct ne tarda pas à me témoigner un vif repentir.
Je lui pardonnai, à la condition qu'il ferait sa paix avec les chiens. Fritz ne se Ht pas prier, il prit un morceau de biscuit dans chaque main; un instant après, ces lonues botes reparurent avec lui. Le pauvre Frit/ avait les yeux humides.
n Oh, |* rv ! me dit-il, avant même de prendre le biscuit, ils m'ont léché la main.
Comment «i je pu être si dur |xmr d'aussi bonnes civ.it m es?
- • l.ti colère a toujours tort, lui dis-je, mou cher entant; ne l'oublie pas. •»
Comme nous achevions notre repas, le noleil iMiv.iil a l'horizon. Les coqs, les poule*, les mmmls étaient rassemblés autour de non». Alors ma femme leur jeta des |»nltiuéen de blé qu'elle tira du sac que je lut itv<n<«vu mettre dans la cuve où était | MOMtlv Je lu louai hautement de sa pré- ^iMtiiif, mai» je lui Un remarquer qu'il ,„ Mil mleuv eornie de «aider ces graines
|h.ui !• n tel que «le les prodiguer ail\
,iu!Hnmv M"! |Miuvaieut être nourris avec du I M nvatle. !
Les pigeons s'étaient réfugiés dans les crevasses des rochers; les coqs et les poules se perchèrent sur le faite de la tente-, les canards allèrent se réfugier dans les touffes de joncs de la baie, à l'embouchure du ruisseau.
A notre tour, nous nous préparâmes au repos. U-s armes furent chargées et disposées de manière que nous puissions les saisir à la première alarme. Nous finies ensuite la prière du soir, et nous nous retirâmes dans la tente.
Au grand étonnement des enfants, l'ob curité succéda très-rapidement au jour.
J'en conclus que nous devions être dan:, une région voisine de l'équateur, et, en tous cas, située entre les tropiques.
Je regardai encore une fois hors de la tente pour m'assurer si tout était calme autour de nous, puis je fermai l'entrée et je me couchai. La nuit fut très-fralche ; nous dûmes nous serrer le plus possible les uns près des autres pour n'être pas incommodés du froid. Ce contraste entre la température du jour et celle de la nuit me confirma dans mon opinion sur la situation géographique du pays où nous nous trouvions.
Ma femme dormait, ainsi que les enfants. Il était convenu entre elle et moi que je veillerais jusqu'au milieu de la nuit, et que je l'appellerais pour qu'elle me remplaçât; mais insensiblement, doucement, le sommeil me gagna... et Dieu seul fut chargé de veiller sur nous pendant la première nuit que nous passâmes sur la terre de délivrance.
LE ROBINSON SUISSE
VOYAGE DE t> K C 0 l V t. R T t.
Les coqs n'oublièrent pas de saluer le soleil. Ma femme et moi nous fûmes réveillés par leur chant. Notre premier soin fut de nous concerter sur l'emploi de la journée. Elle tomba aisément d'accord avec moi sur ce point, que nous devions, avant tout, nous enquérir du sort de nos compagnons. Nos recherches nous conduiraient à explorer en même temps le pays, pour savoir en quel endroit nous fixerions notre résidence.
Il fut convenu que j'irais à la découverte avec Fritz, pendant que la mère resterait près de la tente avec les autres garçons. Je la priai donc de nous préparer à déjeuner, et j'éveillai les enfants, qui se levèrent sans se faire prier. F.rnest lui-même fut promptement debout.
Je demandai à Jacques ce qu'était devenu son homard. II me dit qu'il l'avait enché dans un creux de rocher, de peur que les chiens ne le prissent, comme l'agouti de Fritz.
« Fort bien, dis-je, voilà qui prouve que tu n'es pas tout à fait étourdi quand il s'agit de tes intérêts, et que les malheurs d'autrui profilent à ton expérience. Quoi qu'il en soit, voudras-tu nous céder les grosses pattes de ton homard pour nous servir de nourriture pendant un voyage que nous allons faire?
— Oh! un voyage! un voyage! s'écrièrent tous les enfants à la fois. Emmènemoi, papa, emmène-moi !
— Pour cette fois, leur dis-je, il n'est pas possible que la famille entière se mette en route. Nous avancerions trop lentement .
et en cas de danger il serait d'autant plus difficile de nous défendre. Fritz seul viendra avec moi ; notre chien — qui s'appellera Turc si vous voulez — viendra avec
nous. Vous resterez ici, avec votre mère, sous la garde de la chienne, à laquelle je propose de donner le nom de Bill. »
Fritz me demanda en rougissant de lui laisser prendre un autre fusil que le sien, qui était hors d'usage. Je le lui permis, sans paraître remarquer la confusion que lui causait le souvenir d'une faute pardonnée. Je lui fis mettre dans sa ceinture une paire de pistolets et une hache ; et je m'armai pareillement. Nous eûmes soin de garnir nos gibecières de poudre, de balles et d'une petite provision de biscuit. Chacun de nous prit en outre une bouteille de ferblanc pleine d'eau.
Le déjeuner était prêt. Il se composait du homard, que ma femme avait fait cuire.
Il fut trouvé si dur, qu'il nous en resta la plus grande partie à emporter.
Fritz fut d'avis que nous nous missions en route avant la grande chaleur.
« Tu as raison, lui dis-je, nous allons partir ; mais nous avons oublié quelque cîiose de très-important.
— Quoi donc? demanda-t-il; d'embrasser ma mère et mes frères?
— Cest de remercier Dieu, dit vivement Ernest.
— Bien, mon cher Ernest, tu m'as coinpris. »
Je fus interrompu par Jacques, qui faisait le geste de tirer une corde, en imitant le bruit des cloches : « Boum, boum, bidiboura! » et en criant : « A la prière! à la prièaM »
« Sot enfant, lui dis-je, cesse de tourner en dérision les choses sacrées. Pour te punir, nous ne t'admettrons pas à prier avec nous. Retire-toi. »
Confus de cette réprimande, Jacques s'éloigna le cœur gros et alla s'agenouiller ù l'écart. Pendant que nous priions, je l'entendis demander, en pleurant, pardon à Dieu de son inconvenante plaisauterte. Puis il vint humblement me promettre de ne
fl'.ClT! »S. — RÉCRÉATION.
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li :•• V :^f5Li< rtzr.n et sons qu'il y f " 11 "r:«-« '" j rvf*.*: car m3 femme s'inr • ..i :«.-«;p J-n«xis%«»ir ainsipanirii *r u o "jrv. j t m>.'«-méme je n'étais pas sans Biri • ■ pour le cher trésor que je laisse « temére moi.
V>ik liatùmcs le pas. et bientôt le bruit du ruisseau que nous coio\ ions nous empôcha d'entendre les cris d'adieu de nosbien-
aimês.
Il nons fallut, pour pouvoir traverser la ruisseau, en remonter le cours jusqu'à un endroit où il était fort resserré par des rochers très-escarpés, du haut desquels il tombait en cascade.
Sur la rive opposée, la nature changeait entièrement d'aspect. Kous nous trouvâmes
d'abord dans de hautes herbes sèches, à travers lesquelles nous avancions fort dif-
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tivemenl aussi le sable, espérant y voir empreints des pas d'hommes; mais cet espoir fut encore déçu.
Fritz me dit : « Tirons de temps à attire quelques coups de fusil que pourront enten Ire les naufrages, s'il y en a dans les en\ irons.
— l'est fort bien! lui repartis-je, ma M t'assure qu'à ce bruit n'accourront pas
* tendes de sauvages auc lesquels un
n'aurait rien d'agréable?
— Ipris ttXU. n prit-il. je ne sais guère
• -; v :\ w, iS |, , us inquiétons de gens qui
r» os • ment abandonnés !
— T -..r plusieurs raisons, lui ré|K>n- . *«V: ; -\ :v.: rt ment, parce qu'il n'est pas cVv, « n de tendre le ni.d pour le mal. et
-. .e jvmv que si mis compagnons peu- \ A\.vr K-s- 'ii de nous, nous-mêmes I» poi:\ixis axo-r Ih-sojii d'eux.
é pendant, clh-r p.' iv. nous perdons, pvr i>'io>::\er. un temps qui serait x , • .y a faire, par exemple, le
LE ROBINSON SUSSE
sauvetage du btrtail que nous îivons laisse sur le navire.
— ■ En ire différents devoirs, dis- je. accomplissons d'abord le plus important.
D'ailleurs, mon cher enfanl, les animaux ont de la nourriture pour plusieurs jour*, et la mer, qui est calme, ne menace nullement d'emporter ce qui reste du navire. »
Nous avions quitté le rivage. Après avoir fait environ deux lieues, toujours Pneil au guet, nous entrions dans un petit bois. Nous marchions depuis près de deux heures, le soleil était déjà haut. Nous finies halle au bord d'un petit ruisseau qui hruissait doucement. Autour de nous voletaient, habillaient, gazouillaient des oiseaux «l'un plumage charmant, qui nous étaient inconnus.
Fritz prétendit apercevoir un singe dans les branches d'un arbre. Ce qui me fil croire qu'il pouvait dire vrai, c'est que Turc se mil à flairer et ensuite à aboyer dans cette direction. Fritz se leva pour aller vérifier le fait, et comme il marchait les veux levés, il heurta du pied une chose ronde, hérissée de poils, qui le fit trébucher. Avec un mouvement d'humeur, il ramassa cet objet qu'il m'apporta en me disant que ce devait être quelque nid de gros oiseau.
« Ton nid. mon c her Fritz, lui dis- je c:i riant de sa méprise, est une noix de coco. »
Par une disposition naturelle à l' amourpropre du jeune âge, Frilz persista dans son opinion.
« Il y a bien, dit-il, des oiseaux qui font des nids ronds comme cetie chose.
— C'est vrai, mais pourquoi le prononcer avec tant de précipitation, et tenir ensuite à tes jugements quand on te démontre qu'ils sont mal fondés .' Ne le rappelles-tu pas avoir lu que la noix de coco est entourée d'une masse de fibres que recouvre une peau mince et cassante. Le fruit que lu viens de trouver est déjà vieux sans doute; l'enveloppa extérieure aura élé dé-
truite par l'air. Si tu enlèves ces fibres hérissées, tu verras la noix. »
Fritz m' obéit . et il lui fut prouvé que j'avais raison. Puis nous cassâmes la coque, dans laquelle ne se trouvait qu'une amande desséchée et immangeable.
« Quoi', dit Fritz, est -ce là ce fruit dont le docteur Err.est parle à tout propos avec tant d'éloges? Je croyais y trouver un lait délicieux.
— C'est, en effet , ce qui te serait arrivé si lu eusses rencontré une noix qui ne fût pas complètement mûre. Mais à mesure que la noix mûrit, le lait qu'elle contient se durcit et finit par former une amande qui, plus tard encore, se dessèche, à moins que le fruit ne tombe dans un terrain convenable, et que l'amande, en germant, ne rompe sa coque pour donner naissance à un nouvel arbre.
— Quoi! demanda Frilz d'un air tivséionné, l'amande aurait la force de percer une coque aussi soiide que celle-ci?
— Parfaitement. N'as-iu pas vu s'ouvrir les noyaux de pèche, qui sont très-durs cependant?
— Oui, mais les nojaux de pêche sont naturellement formés de deux pièces que l'amande sépare quand elle est gonflée par l'humidité. »
Je félicitai mon fils île la justesse de celte remarque, et je lui appris que la noix de coco germe d'une façon différente. Je lui montrai alors trois petites ouvertures indiquées vers la queue de la noix.
u Ces ouvertures, luidis-je, son) fermées, comme lu peux t'en assurer, par un bois moins dtir que celui du resle de la coque.
C'est par là que les germes de la tige et des racines prennent leur issue. »
J'élais heureux de voir que mon fils suivait avec grand intérêt ces démonstrations tpii l'initiaient aux sages lois de la création.
Nous nous remîmes en roule, cheminant toujours à travers ce bois, qui paraissait
ÉDUCATION. — RÉCRÉATION
s'étendre assez loin. Très-souvenl nous étions obligés de nous frayer un passage avec nas haches, vu les innombrables lianes qui s'enlre-croisaient devant nous. A chaque pas, quelque plante magnifique ou quelque arbre étrange s'offrait à nos regards. Fritz, qui s'émerveillait de plus en plus, s'écria tout à coup :
« Oh ! papa ! quels sont ces arbres qui ont des goitres au tronc ? >•
Je reconnus la calebasse, dont la tige flexible, s'enroulant autour des arbres, fait pendre à leur tronc des espèces de courges, à coque dure et sèche. Elle peut être employée à fabriquer des plats, des écuelles, des bouteilles, des cuillers. Je dis même à Fritz que les sauvages s'en servent pour faire bouillir de l'eau et cuire des aliments.
Il s'en étonna fort , ne comprenant pas q-ie de pareils ustensiles pussent aller sur le feu.
Je lui expliquai alors le procédé des sauvages, qui consiste à jeter dans l'eau que contiennent ces vases, jusqu'à ce qu'elle soit en ébullition, de petits cailloux qu'ils ont au préalable fait rougir au feu.
« Oh! n'est-ce que cela? s'écria-t-il.
L'idée est si simple, qu'elle me serait assurément venue avec un peu de réflexion.
— Oui, dis- je, tu aurais découvert ce moyen, tout comme les amis de Colomb découvrirent la manière de faire tenir un œuf sur le petit bout. N'oublie pas que les idées les plus simples sont presque toujours celles que I on trouve le moins facilement. »
Tout en causant nous avions pris chacun une calebasse pour la transformer en ustensile de ménage. Fritz essaya de tailler la sienne avec son couteau, mais n'y réussis-
sant pas, l'impatience le prit et il ne tarda pas à la jeter loin de lui. Je me gardai bien de l'imiter, et entourant la mienne d'une ficelle que je serrai graduellemeiU par la torsion, j'arrivai sans difficulté à obtenir deux écuelles d'égale dimension.
« Pour le coup, dit Fritz, j'avoue que je n'aurais point eu cette ingénieuse idée.
— Je n'ai pas, mon cher enfant, le mérite de l'invention. Je me suis seulement rappelé avoir lu que ce procédé est employé par des peuplades qui sont dépourvues de couteau, et je l'ai mis en pratique. »
Fritz voulut savoir comment se faisaient les bouteilles : « Je comprends bien, disaitil, qu'en laissant dessécher la calebasse on puisse en extraire la moelle par un trou :
mais pourra-t-on donner à ce fruit tout rond une forme plus commode? Parviendra-t-on à le ressent r de manière à obtenir un cou.
un goulot? ■>
Je lui appris alors que pour arriver à ce résultat l'on entoure avec des bandes de toile ou d'écorce les fruits encore jeunes. La partie liée ainsi ne peut plus s'accroître, tandis que le reste se développe en liberté.
F.n voyant nus succès, Fritz avait repris courage.
Nous fîmes un certain nombre d'écuelles que j'exposai au soleil, après les avoir remplies de sable fin pour les empêcher de se déformer trop en séchant ; puis, afin de pouvoir les reprendre au retour, nous eûmes soin de bien remarquer l'endroit où nous les laissions.
l'.-J. Srxnu — E. SJu.nn.
La suilt prochainement.
(«^woduetijn cl iroJ-cUun la ordli i '
UigitizecJ by
LES SERVITEURS DE L'ESTOMAC
NOUVELLES LETTRES A UNE PETITE FILLE SUR LA VIE DE L'HOMME
ET DES ANIMAUX
(Suite.)
LETTRE V. — L\ COLONNE VERTÉDRALK.
Jusqu'à présent nous ne nous sommes occupés que de ce qui est commun à tous les os. C'est de Vanntomie générale que nous avons fait là, si vous êtes curieuse de savoir comment cela s'appelle. Nous allons passer à Vanalomie descriptive des os, à celle qui les décrit l'un après l'autre, et vous ne pouvez pas vous figurer tout ce qu'il nous faudrait de pages pour en venir à bout, si je voulais vous donner des descriptions complètes. Ce n'est pas bien gros le corps d'un homme, eh bien! ceux qui veulent l'étudier un peu sérieusement y passent de longues années avant de le connaître à peu près. Ils y passeraient toute leur vie qu'ils ne pourraient pas encore se vanter de le connaître à fond, tant il y a de détails dans cette admirable machine, dont chaque brin est une merveille capable d'arrêter longtemps un observa-
teur. Comme nous n'avons pas envie de nous faire médecins, nous nous en tirerons à meilleur marché. C'est déjà quelque chose de connaître en gros ce que l'on ne connaissait pas du tout.
Nous commencerons par la colonne vertébrale. C'est la pièce fondamentale de l'édifice, celle à laquelle toutes les autres se rattachent, et quand nous ferons l'histoire des animaux, vous comprendrez bien mieux que vous ne pourriez le faire maintenant pourquoi je lui accorde la place d'honneur. Vous savez déjà, du reste, que c'est celle qui a donné son nom au grand embranchement des Vertébrés, qui commence au poisson et finit à l'homme. La division la plus sérieuse et la plus nette que l'on puisse établir dans le règne animal est celle des Vertébrés et des Invertibris, c'est-à-dire de ceux qui ont une colonne vertébrale cl de ceux qui n'en ont pas. En fait d'embranchements, si je vou-