‹ Magasin d'education et de recréationChapitre 58 sur 142 · tome i · texte numérisé non relu

tome i

promenade d'artiste flâneur au Lido, s'il est vrai, comme Gœihe nous l'assure, que son cranc de mouton lui révéla à ce moment cette loi capitale dont je vous ai déjà entretenue bien souvent, et dont il a été le glorieux parrain dans le monde savant, la loi d'après laquelle toutes les constructions organiques ont été faites sur un même plan, qui se répète toujours en se modifiant et se perfectionnant

1. Voici le texte do Goethe que vous ferez lire à votre papa, s'il en est curieux :

I Dans mes fréquentes promenades sur les dunes du Lido, qui séparent de la mer Adriatique les lagunes de Venise, je trouvai un crtnc de mouton, fendu de la manière la plus heureuse, qui non-scu- Icmcnt confirma cette grande vérité déjà par moi découverte, que tous les os du cranc étaient des vertèbres transformées, mais encore me fit voir l'évolution de matières organiques informes vers un ennoblissement progressif et un développement qu en fait des organes supérieurs. Alors en mémo temp se ranima mon ancienne foi, fortifiée par l'c*pé-

ÉDUCATION. — RÉCRÉATION

Cela doit vous paraître un peu drôle, n'est-ce pas, après tout ce que nous avons dit des vertèbres, qu'on soit allé en chercher dans ces plaques minces et unies qui forment, en s'arrondissant, la boite du erànc? Moi-même, je vous le dis tout bas, j'ai cru à une plaisanterie la première fois que j'en ai entendu parler. En y réfléchissant, j'ai changé d'avis.

Quand nous étudierons le système nerveux, et surtout quand nous suivrons ses transformations dans les animaux, il vous sera facile de vous convaincre que le cerveau n'est pas autre chose qu'un prolongement de la moelle épinière, agrandie et perfectionnée, cela va sans dire. Ceci reconnu, il ne faut pas une bien grande hardiesse pour admettre que le crâne, enveloppe osseuse du cerveau , soit la continuation du canal osseux dans lequel la moelle épinière est enfermée. Nous avons donc parfaitement le droit de considérer les différentes pièces dont se compose le crâne comme au- 1 tant de vertèbres, et de les ajouter aux trente-trois que nous connaissons déjà.

Le difficile est de vous dire combien il faut compter ici de vertèbres. Gœihe en avait trouvé six ; Geoffroy Saint-Hilairc en trouvait sept; d'autres en ont vu trois; beaucoup se tiennent à quatre, et ce serait assez mon avis, s'il m'était permis d'en avoir un dans une question où les savants ne sont pas d'accord. Pour me mettre plus à l'aise avec eux, je vais fermer leurs livres et n'en garder qu'un seul sur ma table. II est vrai que tous les autres ont

rienec, que la nature n'a point de décret qu'elle ne révèle quelque part à l'observateur attentif..... Je fus pleinement convaincu qu'un type universel, aVIevant au moyen de nuUinorphoses, evistait dans tous les êtres organique*; qu'on pouvait, à c.rtairis degrés moyen», aisément le reconnaître dan» toutes ses parties, et qu'il devait (tre également découvert la on, comme dans le dc>;ré supérieur de l'humanité, il se cachait discrètement. »

Mkmoirf.h r>r Garnit. {Traduction RtcMot) tome 3. Année 17U0.

été faits sur celui-là : c'est un crâne.

Vous pourrez me suivre tout tranquillement du bout du doigt sur le vôtre, qui ne vous fera pas peur, j'imagine, caché comme il est derrière tant de jolies choses; et ne vous effarouchez pas à l'avance des noms qui nous attendent. Quand ils seront trop vilains, je vous en ferai grâce.

Tàtez-vous d'abord le derrière de la tété à l'endroit où elle rejoint le cou. Ce que vous sentez là , c'est Y Occipital; et si vous voulez savoir d'où lui vient son nom, cherchez dans un dictionnaire français le mot occiput. Vous trouverez qu'il signifie : le derrière de la téte. Il fait pendant à sincipul, qui signifie : le dessus de la tête.

L'occipital repose juste sur cet atlas dont nous avons tant parlé, et il est percé en bas d'un grand trou rond par lequel la moelle épinière entre dans le crâne, où elle s'étale de la façon merveilleuse que nous verrons plus tard.

Il suffit d'un coup d'œil pour trouver là une première vertèbre. Elle porte encore sa marque d'origine, et présente à l'entrée du trou ses deux apophyses articulaires bien nettement caractérisées.

Sous chaque oreille vous avez une petite bosse dure bien facile à trouver. C'est Y Apophyse Mastoïde, un nom formidable que vous retiendrez sans peine , précisément à cause de cela. Par parenthèse, c'est là que viennent s'attacher les muscles qui tirent le crâne à droite et à gauche pour le faire pivoter sur la colonne vertébrale.

Allez de l'une à l'autre avec le doigt en lui faisant décrire une sorte de demi-cercle vers le haut : vous suivrez , à quelques lignes près, le bord supérieur de l'occipital, qui se découpe en festons irréguliers par lesquels il s'encastre solidement dans les découpures correspondantes de l'os qui le domine.

Celui-ci forme tout le haut de la voûte du crâne, et son nom rappelle en effet l'idée

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d'une construction en maçonnerie. Il s'appelle le Pariétal, du mot latin paries, qui signifie mur, et dont nous avons fait notre mot parois. C'est le plus grand os de la tête ; seulement la soudure, qui réunit sur la ligne médiane les deux moitiés de ses voisins d'avant et d'arrière, ne se fait pas chez lui. Elle est remplacée par une suture en zig-zag, pareille à celle qui le borde de tous les côtés et le relie aux os qui l'entourent, de sorte que ses deux moitiés, à lai, offrent à celui qui regarde un crâne l'aspect de deux os distincts. C'est pour cela que dans les livres d'anatomie on parle de deux pariétaux; mais cela ne doit pas nous empêcher de ramener à l'unité cette paire de contrebande, et nous en ferons la seconde vertèbre du crâne dont elle est la pièce principale.

Maintenant, mettez le doigt à peu près à moitié chemin entre le haut de l'oreille et l'œil, à l'endroit qu'on appelle la tempe, et refaites vers l'autre tempe le même trajet que je vous ai fait faire pour l'occipital , mais en inclinant cette fois la courbe seulement un peu, et en arrière : vous suivrez la suture par laquelle la vertèbre pariétale s'articule avec la troisième, dont le nom n'a pas besoin d'explication. C'est le Frontal, l'os du front.

Il y a plaisir avec ces os-là, le frontal surtout, je n'ai pas besoin de vous en décrire la forme. Vous l'apprendrez, pour vous-même, dans le miroir et avec la main, mieux que dans tous les livres, par la bonne raison qu'elle varie d'un individu à l'autre. Haut, bas, bombé, aplati, large, étroit:

chacun a son front fait différemment ; et, sans y attacher une valeur absolue, je vous montrerai plus tard que ces changements représentent généralement quelque chose de très-sérieux. Mais si les dimensions du fronftl sont variables , ses limites sont les mômes partout.

Écartez l'index et le pouce et placez le

tranchant de la main à la naissance du nez, en appuyant les deux doigts sur l'orbite de chaque œil , juste à la petite bosse qu'on y sent sur le côté, vous toucherez les trois points où le frontal se termine en avant. H s'enfonce en arrière jusqu'à l'extrémité de la petite caverne où l'œil est logé avec toutes les garanties de sécurité qui convenaient pour un organe aussi important, et va rejoindre par-dessous un amas irrégulier de bosses, de pointes, de mamelons osseux, qui se prolonge dans l'intérieur de la tête jusqu'au trou de l'occipital.

On rencontre là toutes sortes de noms baroques qui ne sont pas pour nous, et je renonce à vous donner une idée de celte région tourmentée qui complète par en bas la fermeture du crâne, et qui est complètement inaccessible à l'observation sur le vivant dans les profondeurs où elle se cache.

Plus je considère le crâne que j'ai entre les mains et plus je trouve naturel de voir là un corps de vertèbre, si vous vous rappelez ce que nous avons dit plus haut. C'est le corps de la grande vertèbre crânienne, du pariétal qui s'y rattache de chaque côté par deux lames de prolongement dont la principale, nommée le Temporal, porte l'oreille et se termine dans le haut à la tempe, d'où lui vient son nom.

La boite du crâne se trouverait donc ainsi composée de trois vertèbres, l'une qui la forme en avant, le frontal; l'autre qui la forme en arrière, l'occipital ; et la vertèbre du milieu qui, sous les noms différents de pariétal, temporal et autres, fait le corps du cylindre. Tout cela est clair et facile à retenir, et comme nous avons fait cette division-là sur place, pour notre usage particulier, nous ne demandons pas à messieurs les anatomistes ce qu'ils en pensent.

Et cette quatrième vertèbre, allez-vous me dire, où la placer maintenant que la boite est complètement fermée?

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Vous rappelez-vous ces petites vertèbres du bas de la colonne, qui sont comme avortées et qui ne font plus partie du canal vertébral, puisque la moelle n'y arrive pas? Klles ont un pendant dans un petit os de rien du tout, qui fait suite directement au frontal sur le prolongement de sa ligne médiane, et semble représenter comme un dernier effort de la nature arrivée au terme de la construction de la colonne vertébrale. Depuis que nous en parlons, de cette colonne, je me la suis ligurée bien des fois comme une grosse canne terminée en pointe, dont le crâne serait la pomme. L'os en question , cette quatrième vertèbre sans emploi, serait alors une sorte d'agrément ajouté à la pomme. Kt de fait on peut bien le prendre pour un os d'agrément , car il contribue beaucoup à l'agrément de la figure : c'est l'os du nez.

Vous vous tâtez le nez, et je vois à votre mine que vous me trouvez bien osé de l'assimiler à une vertèbre avortée. C'est que vous vous laissez prendre à l'apparence. Le plus joli nez du monde, le vôtre, si vous voulez, n'a pour base qu'un méchant avorton d'os qui s'arrête à In bosse du haut. Le reste, pour employer une comparaison qui ne pourra pas servir longtemps, je l'espère bien, le reste n'est qu'une petite crinoline de cartilage qui tient une place usurpée.

C'est là en particulier ce qui rend une téte de mort si laide à voir, parce qu'il n'y reste plus que les parties réellement solides, et qu'un grand vilain trou y remplace ces ailes élégantes qui font le charme des jolis nez. C'est pour cela aussi que nos vieux poètes, dans la hardiesse de leur gaieté gauloise, avaient appelé la mort : la camarde, comme pour la narguer de loin.

Tous les nez sont camus quand ils ont perdu leur petile jupe cartilagineuse, et des nez aquilins aux nez retroussés il n'y a plus alors de différence.

Avec l'os du nez, qu'on en fasse une vertèbre ou non, et je n'y attache pas, entre nous, d'autre importance, commence la série de ce qu'on appelle les os de la face.

On en compte beaucoup, quatorze en tout, pour vous en donner le nombre officiel; mais nous abrégerons. Je vous en citerai trois seulement, les plus importants, ceux que nous avons, à proprement parler, sous la main.

Le premier est l'os de la Pommette, ou petite pomme de la joue, lequel est double naturellement, puisqu'il en faut un pour chaque joue. Il s'appuie d'une part sur une longue saillie qui s'élance du temporal pour soutenir la joue en avant du coin de la bouche; de l'autre, sur la mâchoire supérieure, juste au-dessus des molaires, et va rejoindre en haut le frontal, à l'endroit où vous avez posé le doigt tout à l'heure.

C'est toute une géographie, comme vous voyez; mais il me semble que j'aurais eu plaisir, quand j'étais petit , à promener le doigt sur ma joue et à pouvoir dire le nom de tout ce qu'il aurait rencontré. Malheureusement j'en savais moins que vous à votre âge, et voilà comment le monde avance d'une génération à l'autre, en apprenant toujours un peu plus.

Le second os à voir est la mâchoire supérieure. Il en est de celle-là comme du pariétal : ses deux moitiés ne font que se toucher sur la ligne médiane, et sont séparées par une raie bien apparente. Mais là aussi il ne faut voir qu'une soudure oubliée, et je ne compterais pas deux os pour cela, comme on fait d'habitude. C'est un os avec une fente au milieu.

La mâchoire supérieure est la pièce importante du système des os de la lace. Elle remonte le long du nez jusqu'au frontal, avec lequel elle s'articule presque sur la même ligne que l'os du nez qu'elle encadre pour ainsi dire entre ses deux lames. Nous venons de voir qu'elle s'étale de côté sous

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l i joue jusqu'à sa rencontre avec l'os de la pommette. Reste sa face inférieure, qui forme dans la bouche tout le plafond du palais, sauf une petite bande au fond que sépare une ligne ondulée, et dont on a fait un os distinct sous le nom d'os Palatin. Je ne veux pas trop le chicaner, celui-là, parce que son nom est joli et me rappelle les anciens Électeurs qui s'étaient fait le beau château qu'on montre encore à Heidelberg; [ mais si vous pouviez comme moi le voir à | nu, vous diriez comme moi, j'en suis sûr, que c'est purement et simplement un morceau de la mâchoire supérieure qui a oublié de se souder.

Si nous n'avions pas vu déjà les dents tout au long, j'aurais ici bien des choses à I vous dire sur ces précieuses petites perles I dont la mâchoire n'est pour ainsi dire que l l'écrin. C'est un travail déjà fait qu'il est inutile de recommencer.

J'en dirai autant pour la mâchoire inférieure, le troisième des os de la face dont je veux vous entretenir. Nous nous sommes déjà occupés d'elle en parlant de la mastication, et plus tard, à propos du lion, j'ai eu à vous expliquer le mécanisme de son articulation, son plus curieux détail, celui qui méritait le mieux de fixer ici notre attention, car c'est la seule pièce mobile que nous ayons dans toute • la tête. Mais nous avons assez à faire avec ce qui vous est inconnu pour ne pas revenir sur ce que vous connaissez déjà.

La mâchoire inférieure ne compte que pour un os dans les livres d'anatomie, parce que ses deux moitiés ont le bon esprit de se souder de bonne heure, et si vous désirez en savoir la raison , elle est facile à trouver. Cette màchoire-là travaille et se remue, et tandis que l'autre manque d'énergie pour unifier, passez- moi l'expression, ses paresseuses moitiés qui attendent indolemment le choc sans aller au-devant, , celle-ci réunit rapidement les siennes dans

l'effort incessant d'une action commune.

Rien ne dispose à l'union comme d'agir ensemble, et ce qui se passe dans les mâchoires se passe aussi dans les sociétés humaines, à commencer par les sociétés de petites filles, où les divisions disparaissent bien vile quand elles jouent toutes le môme jeu. Je vous cite celles-là, qui vous sont mieux connues ; mais les autres peuvent en faire aussi leur profit.

Pour en revenir aux os de la face, que nous aurions bientôt perdus de vue à bavarder ainsi philosophie, c'était là que Goethe avait trouvé trois des six vertèbres qu'il voyait dans la tête.

« Il y a, dit-il dans son beau langage d'observateur artiste, qu'il faudra vous faire expliquer par quelqu'un, il y a trois vertèbres pour la partie postérieure, renfermant comme le trésor cérébral, et les terminaisons de la vie divisées en rameaux ténus qui se portent en s'épanouissant à l'intérieur; trois vertèbres forment la partie antérieure, qui s'ouvre en présence du monde extérieur, le saisit et le comprend '. »

L'idée est belle assurément, de nature à séduire un poète, et me fait penser involontairement à cette impiété naïve d'un compatriote du grand naturaliste. — Si Gœthe avait été là quand le monde a été créé, il aurait pu donner de bons conseils.

— Par malheur, les vertèbres étaient déjà faites quand il est venu, et j'ai beau tourner et retourner mon crâne d'étude, je ne puis arriver à tenir pour authentiques celles qui sont de sa création. On ne peut guère voir dans les os de la face que des appendices de la grande vertèbre du milieu, des pièces accessoires qui prennent leur point d'appui sur le système vertébral, mais qui n'y ont pas de place à elles.

Ce caractère déjà bien apparent dans l'os de la pommette, plu9 visible encore

i. Ernest Faivro. Œuvres scientifiques de Gœthe.

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dans la mâchoire inférieure, devient tout à fait évident dans une autre série de pièces osseuses, qui semblent une répétition, les premières surtout , de la mâchoire inférieure, et que personne ne s'est jamais avisé de prendre pour des vertèbres. Je veux parler des os de la poitrine.

Vous pouvez relire la description que je vous ai faite autrefois de la poitrine dans le chapitre du Jeu des Poumons. Elle vous intéressera davantage maintenant que vous êtes au courant de l'histoire des os, et que vous avez fait connaissance avec cette colonne vertébrale qui sert de base à ceux de la poitrine. Il ne nous reste plus qu'à voir travailler ce que je vous ai décrit.

Je vous ai raconté tout au long les faits et gestes du diaphragme, ce serviteur-modèle du bon vieux temps, qui fait de luimême le service des poumons sans que nous ayons à nous en inquiéter. Je ne vous ai parlé alors que de lui ; mais il a des aides dans ces douze paires de baguettes qui partent à droite et à gauche de chacune des vertèbres dorsales pour former la cage thoracique. Il faut que je vous apprenne on passant ce mot-là : il vient de thorax, un mot grec qui signifie poitrine, et dont nous aurons besoin plus tard.

Vous savez que les sept premières paires viennent s'arc-bouter sur une bande osseuse, le sternum , qui les rejoint toutes et qui ferme la cage en avant, faisant face à la ligne des vrrièbres dorsales qui la ferme en arrière. Voilà donc des baguettes prises par les deux bouts, et l'on <ie voit pas trop, au premier abord, comment elles peuvent aider au jeu de dilatations et de contractions successives des poumons.

Mais la nature a plus d'un artifice.

Elles ne sont pas en pierre d'un bout à l'autre, ces baguettes. Aux deux points d'attache avec le sternum et la colonne vertébrale, elles se terminent par des cartilages qui jouissent d'une certaine flexibilité et

qui.ne s'ossifieni complètement qu'aux dernières limites de la vieillesse. De plus, elles ne présentent pas une courbure régulière.

Kigurcz-vous des moitiés de cerceau légèrement tordues en dedans et s'inclinant obliquement les unes sur les autres.

Ou'arrive-t-il quand vous tirez la corde d'une persienne dont les palettes sont abattues de façon à se recouvrir ? Celles-ci se redressent toutes, portent en dehors leur bord inférieur, et sans que le cadre ait bougé, il se fait subitement une place par où l'air et la lumière entrent dans la chambre.

C'est juste la même chose avec nos baguettes. De l'une à l'autre courent de petites cordes dont je peux bien vous dire lo nom, qui ne vous mangera pas. Ce sont les muscles inteiroslaïuc, ou d'entre les côtes, pour vous donner la traduction. Quand vient l'instant de la dilatation, toutes les petites cordes se roidissent ; les baguettes se redressent en tordant un peu leurs cartilages qui se laissent faire; elles portent en dehors leur courbure intérieure, et la cage se trouve subitement élargie sur les côtés, pendant que le diaphragme ajoute à sa longueur en s' abaissant vers l'abdomen.

N'oublions pas que le sternum est lui-même élastique, vu qu'il est entrecoupé de bandes cartilagineuses, et que le redressement des côtes pousse sa pointe d'en bas en avant, ce qui augmente d'autant la capicité de la poilrine. Tout revient en place au moment où le diaphragme commence à remonter, et les poumons, comprimés dans un espace qui se resserre de tous les côtés à la fois, sont bien forcés de renvoyer l'air qui est de trop.

fuisse ceci vous faire comprendre, chère enfant , pourquoi votre maman met tant d'importance à vous faire tenir droite.

Quand le corps s'abandonne, et que les épaules écrasent la poitrine en se laissant aller sur elle, tout ce va-et-vient des ba-

guettes ne so fait plus qu'à demi, parce que leurs petites cordes ont peine à soulever, en se raidissant, le poids des épaules, un poids énorme pour elles. La respiration se fait mal d'abord, et tout s'en ressent :

nous avons déjà vu que vivre et respirer fwit deux mots qui vont ensemble. Mais il y a quelque chose de plus grave encore que l'inconvénient du moment. Tous ces cartilages, si mous encore à votre. âge, prennent un faux pli, si je puis m'exprimer ainsi, à force de manquer le mouvement qui leur avait été ordonné. La poitrine est arrêtée dans son développement , et le moins qui puisse en résulter, c'est qu'on se trouve ensuite, quand on est grande, je ne dirai pas bossue, on y échappe très-souvent, mais courbée d'avance comme une vieille femme. Cela vous viendra assez vite : croyez-moi, n'y aidez pas.

J'aurais bien encore un conseil à vous donner au sujet de ces précieuses et délicates petites baguettes dont le jeu nous intéresse de si près. Il ne pourra guère vous servir que plus tard; mais n'importe, prenez-le pendant que nous y sommes : vous le tiendrez en réserve.

Je n'ai pas besoin de vous apprendre qu'il y a une partie du costume des demoiselles qui se serre avec des lacets, pour leur faire la taille un peu plus fine. Le mal n'est pas grand quand on serre avec modération; mais vous voyez d'ici, après ce que je viens de vous raconter, ce qui doit arriver aux imprudentes qui visent avec trop d'énergie

à la taille de guêpe. Si l'on emmaillottait au dehors les palettes de la persienne bien serré, à grand renfort de ficelles, vous auriez beau tirer la corde du dedans, rien ne bougerait. C'est le tour que joue ce lacet meurtrier à celles qui tirent dessus de toute leur force. Pourquoi mettre ainsi à néant de gaieté de cœur les sages dispositions de la nature, qui a tout arrangé pour laisser un libre jeu aux parois de la poitrine? Le plus beau cadeau qu'elle puisse nous faire ici, c'est une cage bien large, où les grands organes de la vie aient assez de place pour travailler à l'aise. Cest un grand malheur pour nous quand elle manque par hasard sa construction , quand les poumons se trouvent logés trop à l'étroit ; et cette faute de la nature, on la paye trop souvent d'une vie languissante qui s'arrête en chemin.

Resserrer soi-même une cage qui est en règle, c'est pis qu'une folie : c'est une es- ( pèce de petit crime, puisque c'est un commencement de suicide.

Que ce soit donc une chose bien entendue.

Ne serrez pas trop votre corset quand vous serez grande fille. Dès à présent tenez-vous droite. Écartez bien les épaules , pour ménager les cordes de vos petites baguettes, et vous verrez combien cela vous profitera d'avoir appris l'histoire des douze paires de côtes et du sternum.

Jean Maci;.

Im suit» prochainemtnl.

| ncpfojurtiuo et induction Interdit?».

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LA PRINCESSE ILSÉE

(Suite.

Il y avait aussi depuis longtemps des hommes dans la vallée qu'habitait la petite Usée ; au commencement, elle avait fait la hère avec eux, et le sapin s'était donné toutes les peines du monde, sermonnant

celle enfant, lui faisant des remontrances, jusqu'à ce qu'il l'eût enfin amenée à être plus traitable et à s'accoutumer à la compagnie des pauvres gens. Les premiers arrivés dans la forêt étaient quelques char-

LA PRINCESSE 1LSÉE.

bonnicrs ; ils s'y construisirent une cabane, abattirent des arbres, préparèrent leur fourneau et y mirent le feu. La petite Usée avait alors versé bien des pleurs sur ses chers arbres qui, abattus par In hache tranchante, gisaient mourants sur le sol ; les herbes et les fleurs avaient aussi fait entendre des gémissements plaintifs lorsque les hommes, traçant un sentier à travers la solitude, avaient écrasé sous leurs pieds leurs petites têtes, ce qui fit bien de la peine à la pauvre Usée. Les flammes et la fumée qui s'élevaient des fourneaux lui rappelaient l'affreuse nuit qu'elle avait passée sur le Brocken et la remplissaient d'effroi. Mais le sapin lui avait dit que l'homme était le maître de la création, que Dieu l'avait fait à son image, que toutes les autres créatures étaient destinées à le servir ; que chaque arbre devait durer le temps que Dieu lui avait fixé, et qu'alors il était abattu, soit par la main de l'homme, soit par la foudre du ciel, sinon par l'incendie ou par la vieillesse. Il lui avait dit aussi qu'elle ne devait pas avoir peur du feu ; que c'était une force sainte qui produisait beaucoup de bien sur la terre, pourvu qu'on s'en servit sagement; que la petite Usée était destinée à voir touteela par elle-même, à se rapprocher un jour du feu, à lui tendre la main et à travailler volontiers de concert avec lui.

La princesse Usée, il faut bien le dire, ne songeait pas avec plaisir que le temps viendrait où elle travaillerait avec la flamme.

Cependant, comme elle avait un grand respect pour l'expérience du sapin, elle ajoutait une foi entière à ses paroles.

Au bout d'un certain temps, il vint d'autres hommes en plus grand nombre dans la forêt, armés de haches et de bêches ; ils amenèrent avec eux des bœufs et des chèvres qu'ils chassèrent dans les verts pâturages de la montagne. I n peu au-dessous de nisenstein, à l'endroit où la valléu

s'élargit, ils se dirigèrent droit sur la petite Usée, abattirent dans son voisinage beaucoup d'arbres, les coupèrent en planches et en poutres, et creusèrent sur le côté une grande salle pour la petite princesse; ils revêtirent les parois de cette salle de pierres et de mottes de gazon, et laissèrent à l'opposé, du côté de la vallée, une grande porte de sortie qui était bien garnie de bois et se fermait solidement. Ils avaient aussi bâti, avec les planches et les poutres, des maisons dans lesquelles ils étaient venus se loger avec leurs femmes et leurs enfants. Quand tout cela fut fini, ils vinrent vers la petite princesse, la priant de vouloir bien descendre dans la grande salle et de s'y mettre h son aise. La petite Usée les remercia et voulut passer outre, commo elle faisait toutes les fois qu'une chose ne lui semblait qu'à moilié sûre. Mais les hommes lui barrèrent le chemin avec des pierres et de la terre, et arrachèrent sur le côté un gros quartier de rocher qui avait barré autrefois le passage de la petite Usée. Comme elle était lancée à grande vitesse, il lui fut impossible de se retenir, et elle se précipita violemment à travers l'ouverture dans la salle que les hommes avaient préparée et qu'ils nommaient un réservoir; elle se répandit sur toute sa surface et en frappa les parois avec colère de ses petites vagues écumantes. Il lui fallut quelque temps avant de se calmer dans cette étrange prison; enfin, elle se tint patiemment en repos, recueillit ses eaux et ses pensées et leva les yeux, comme pour l'interroger, vers le sapin qui était resté intact à côté du pignon de la maison nouvelle. Le sapin sourit tristement et dit :

a Voici, petite Usée, la culture qui arrive ; elle ne nous laissera plus la même liberté ni le même repos dont nous jouissions dans notre belle forêt. » — « La culture !»

dit en soupirant la petite lise, « ah! que Dieu ail pitié de nous ! c'est bien certaine-

TOMK !.

ÉDUCATION. — RÉCRÉATION

ment le diable qui l'envoie ! Celle qui abat tant de pauvres arbres du bon Dieu, leur enlève l'écorce et les coupe en morceaux, celle-là ne saurait avoir de bons desseins! » — Pauvre enfant! » répondit en souriant le sapin, « que dirais-lu donc, si tu voyais la petite fille de la culture, l'Industrie, cette chercheuse de trésors qui fouille la terre de part en part pour en extraire de l'or, et qui abat sans pitié jusqu'au dernier des arbres qui se trouvent sur son chemin ?

Elle arrache des forêts entières pour y planter des betteraves, et elle balit de grandes maisons de pierre qu'on appelle des fabriques, avec d'ennuyeuses cheminées qui montent jusqu'au ciel. Là où elle met les pieds, c'en est fait de la poésie. « La pauvre Usée joignit ses petites mains, et

elle parut si effrayée que le sapin lui dit encore : « Ne t'inquiète pas, mon enfant, il se passera encore longtemps, bien longtemps, avant que l'Industrie puisse arriver jusqu'à nous. En général, elle ne s'aventure guère dans les montagnes, elle aime mieux la plaine ; et nous prierons le bon Dieu qu'il préserve d'elle notre paisible vallée.

Mais la culture est une fidèle servante du Seigneur; elle porte partout avec elle la paix, la bénédiction, le bien-être et la parole de Dieu. N'entends-tu pas, matin et soir, le son de la petite cloche qui monte de la vallée ? »

P.-J. Stahl.

La suite prochainement.

incprodocUoa et traduction Interdit**.

LA PREUII-UE ÉGLOGUi; DE MlUilLE

Nous sommes assurés du faire le plu» grand plai*ir aux jeunes latinises qui sont an nombre de no* abonné», ainsi qu'à loua les lettres qui nous liront, en leur offrant, daus ce numéro (page 211}, en regard du texte, une traduction inédite de la première églogue de Virgile, que M. Ponsard a bien voulu nous donner à leur intention. Par la précision, la fidélité, ?ance vraiment virgiliennc, cette traduction est a la fois une poésio charmante et une merveille de science littéraire. Mieux qu'aucun autre, lo maître célèbre qui a montré «ne si profonde connaissance do l'antiquité, et auquel notre théâtre doit les meilleures œuvres tragiques qui raient honoré depuis Corneille el Racine, était apte à donner cette preuve que la poésie latine peut être reproduite dans la nôtre, sans presque rien perdre de se» exquise» qualités. Gràco a lui, on uc dira plu» que Virgile est intrwluistble.

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