tome L
Él)l CATION. - RÉCRÉATION.
quarante livres 1 rendus à Copenhague; une peau d'ours se payait quarante dollars danois, une peau de renard bleu, quatre, et de renard blanc, deux ou trois dollars.
Le docteur voulut aussi, dans le but de compléter son instruction personnelle, visiter une hutte d'Esquimaux; on ne se figure pas de quoi est capable un savant qui veut savoir; heureusement l'ouverture de ces cahutes était trop étroite, et l'enragé ne put y passer. 11 l'échappa belle, car rien
de plus repoussant que cet entassement de choses mortes ou vivantes, viande de phoque ou chair d'Esquimaux, poissons pourris et vêtements infects, qui meublent une cabane groënlandaise ; pas une fenêtre pour renouveler cet air irrespirable; un trou seulement au sommet de la hutte, qui donne passage à la fumée, mais ne permet pas à la puanteur de sortir.
Foker donna ces détails au docteur, et ce digne savant n'en maudit pas moins sa
corpulence. Il eût voulu juger par lui-même de ces émanations sut generis.
u Je suis sur, dit-il, que l'on s'y fait à la longue. »
A ta longue peint d'un seul mot le digne Clawbonny.
Fendant les études ethnographiques de ce dernier, Shandon s'occupait, suivant ses instructions, de se procurer des moyens de transport sur les glaces; il dut payer quatre livres un traîneau et six chiens, et encore les naturels firent des difficultés pour s'en dessaisir.
Shandon eût également voulu engager Hans Christian, l'habile conducteur de chiens, qui fit partie de l'expédition du capitaine Mac Clintock; mais ce Hans se trou vait alors dans le Groenland méridional.
Vint alors la grande question à l'ordre du jour : se trouvait-il à lppernawik un Européen attendant le passage du Forwardî Le gouverneur avait-il connaissance de ce fait, qu'un étranger, vraisemblablement un Anglais, se fût fixé dans ces parages? A quelle époque remontaient ses dernières relations avec des navires baleiniers ou autres?
A ces questions, le gouverneur répondit que pas un étranger n'avait débarqué sur cette partie de la côte depuis plus de dix mois.
Shandon se fit donner les noms des baleiniers arrivés en dernier lieu ; il n'en reconnut aucun. C'était désespérant.
« Vous m'avouerez, docteur, que c'est à n'y rien comprendre, dit-il à son compagnon. Bien au cap Farewel ! Itien à l'Ile Diskol Rien à l ppernawik !
LES ANGLAIS AU POLE NORD
— Répétez- moi encore dans quelques jours : Rien à la baie de Melville, mon cher Shandon , et je vous saluerai comme l'unique capitaine du Forward. »
La baleinière revint au brick vers le soir, en ramenant les visiteurs; Strong, en fait d'aliments nouveaux, s'était procuré plusieurs douzaines d'œufs d'eider-ducks deux fois gros comme des œufs de poule et d'une couleur verdàtrc. C'était peu, mais enfin très-rafraîchissant pour un équipage soumis au régime de la viande salée.
Le vent devint favorable le lendemain, et cependant Shandon n'ordonna pas l'appareillage; il voulut attendre encore un jour, et, par acquit de conscience, laisser le temps à tout être quelconque appartenant à la race humaine de rejoindre le Forward; il fit môme tirer, d'heure en heure, la pièce de 16 qui tonnait avec fracas au milieu des ice-bergs; mais il ne réussit qu'à épouvanter des nuées de mollymokes 1 et de rotches *. Pendant lu nuit, plusieurs fusées furent lancées dans l'air, mais en vain. Il fallut se décider à partir.
Le 8 mai, à six heures du matin, le Forward, sous ses huniers, sa misaine et son grand perroquet, perdait de vue l'établissement d'L'ppernawik et ces perches hideuses auxquelles pendent, le long du rivage, des intestins de phoques et des panses de daims.
Le vent soufflait du sud-est, et la température remonta à trente-deux degrés (0 centig.). Le soleil perçait le brouillard, et les glaces se desserraient un peu sous son action dissolvante.
Cependant la réflexion de ces rayons blancs produisit un effet fâcheux sur la