‹ Magasin d'education et de recréationChapitre 64 sur 142 · LA DEMOISELLE RICHE · texte numérisé non relu

LA DEMOISELLE RICHE

Il y avait une fuis une petite demoiselle qui était riche, mais très-riche. A moins d'un malheur, elle était bien sûre d'avoir toute sa vie des domestiques, des voitures et des robes de soie tant qu'elle en voudrait. Il est vrai qu'un malheur est bientôt arrivé : mais à quoi bon, je vous le demande un peu, s'en inquiéter d'avance?

Il est toujours temps de faire ses réflexions quand le malheur est arrivé.

Elle était un peu paresseuse, cette petite demoiselle, et cela ne l'amusait que tout juste d'apprendre ce que l'on enseignait aux petites filles de son âge.

« Est-ce que vous aurez jamais besoin, de cela pour vivre? » lui disait une vieille lionne qui ne savait rien que la gâter.

Et la demoiselle trouvait le raisonnement si beau qu'elle bâillait en toute sûreté de conscience sur ses livres, et préférait s'ennuyer à ne rien faire, que de se fatiguer à travailler. On ne peut pas disputer des goûts.

Un jour qu'on lui avait conseillé de ne pas trop manger d'une certaine chose qu'elle aimait beaucoup, parce que cela pourrait à la longue lui abîmer l'estomac

et la faire souffrir ensuite le reste de sa vie :

« Eh ! bon Dieu 1 laissez-les dire, s'écria la vieille bonne avec une sorte d'indignation. Qu'est-ce que cela peut vous fairp de vous abîmer l'estomac? Vous serez toujours assez riche pour payer le médecin. >»

Ce raisonnement-là parut moins bon, et il y eut une petite moue ; mais, la gourmandise aidant, on passa outre, et l'on se régala sans mesure de la friandise dangereuse.

Un autre jour, la maman avait beaucoup grondé parce que l'on ne se tenait pas assez droite, ce qui expose la taille à se déformer, comme chacun sait, et l'on se plaignait auprès de la vieille bonne.

« Le beau malheur, chère enfant, dit celle-ci, quand vous seriez un peu bossue I Est-ce que vous n'aurez pas une assez belle dot pour être toujours sûre de trouver un mari? »

Cette fois la petite demoiselle fit la grimace pour de bon. Elle rentra en ellemême et comprit que ce serait bien dommage d'être riche, si c'était une raison pour se laisser devenir laide, ruiner sa santé et né rien apprendre

Jean Mac*.

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