PENDANT NOTRE AD1KMCK
L'idée de Fritz pour le transport du bétail excita l'admiration générale, l e bon petit François, lui, s'émerveillait bien plus à voir flotter la voile et la banderole.
« C'est plus joli que tout, dit-il. Oui, j'aime mieux le beau drapeau que les casseroles, que les bêtes, que le cochon sur- | tout, et même que la vache.
— Petit fou! lui dit sa mère, tu chan-
geras d'avis quand je te donnerai tous les matins une jatte de coco pleine de bon hit sucré. »
11 fallut apprendre à tous, avec les moindres détails, la façon dont nous avions organisé tout cela.
La curiosité satisfaite, nous nous mimes à débarrasser nos cuves. Jacques, abandonnant cette corvée, se dirigea vers le bétail, et, sautant sur le dos du baudet, qu'il ne parvenait pas à débarrasser de ses deux tonnes, il vint à nous d'un air majestueux.
Nous eûmes toutes les peines du monde à tenir notre sérieux devant ce comique équipage; mais quel ne fut pas notre étonne nient en voyant le petit cavalier entouré d'une ceinture de poils dans laquelle étaient passés deux pistolets I
« Où as-tu pris ce costume île contrebandier? lui dis-je.
— Tout cela est de noire fabrique, » répondit-il en me monirani les dogues, munis chacun d'un collier hérissé de clous propres à les défendre de toute attaque.
« Bravo! mon fils, lui dis-je, si cela est de Ion invention.
— Maman m'a aidé, répliqua-t-il, pour ce qu'il y avait à coudre.
— Mais où avez-vous pris la peau, le fil et les aiguilles? demandai-je à ma femme.
— Le chacal de Fritz nous a fourni la peau, répondit-elle; quant au reste, ajoutât-elle en souriant, une femme de ménage doit en être pourvue. »
Je crus comprendre que Fritz était peu satisfait de ce qu'on se fût approprié sans sa permission la peau de son chacal. Il dissimula toutefois le mieux qu'il put sa mauvaise humeur; mais s'étant approché de Jacques, il cria en se bouchant le nez :
« Pouah! quelle odeur épouvantable!
— C'est la peau de ma ceinture, répondit tranquillement Jacques; quand elle sera sèche, il n'y paraîtra plus.
— Que Jacques reste sous le vent, dis-je.
LR ROBINSON SUISSE.
cl nous ne serons nullement incommodés.
— C'est cela, dirent en riant les enfants, Jacques sous le vent ! »
Quant au petit espiègle, il s'inquiétait peu de la désagréable odeur qu'il portait avec lui, et se promenait d'un air superbe en caressant ses pistolets.
Ses frères se hâtèrent d'aller jeter à la mer les débris du chacal.
Voyant que l'heure du souper approchait, je dis à Fritz d'aller chercher un des jambons de Westphalic qui se trouvaient dans les cuves.
Fritz ne tarda pas à revenir.
« Oh ! un jambon I un jambon tout prêt à manger! crièrent les enfants en battant des mains.
— Modérez-vous, dit la mère, car, si vous n'aviez pour souper que ce jambon qui n'est pas cuit, vous pourriez jeûner encore longtemps; mais j'ai des œufs de tortue avec lesquels .je vous ferai, dans la poêle que vous avez eu le bqn esprit d'à pporter, une bonne omelette à laquelle, Dieu merci !
le beurre ne manquera pas.
— Les œufs de tortue, dit Ernest, toujours un peu désireux d'étaler son savoir, sont faciles à reconnaître à leur rondeur, à leur coque membraneuse, parcheminée et humide, et il n'y a d'ailleurs que les tortues qui déposent leurs œufs dans le sable de la côte.
— Comment les avez-vous découverts?
demandai-je.
— Ceci se rattache à l'histoire de notre journée, dit notre ménagère; avant de vous la conter, je crois qu'il serait mieux de songer à souper.
— Tu as raison, dis-je, fais-nous ton omelette, et gardons le récit pour le repas ; ce sera un agréable entremets. Nous allons pendant ce temps, les enfants et moi, achever de mettre en lieu sûr la cargaison du bateau, et procéder à l'installation du bétail pour la nuit. »>
A ces mots, mes fds se levèrent et me suivirent à la côte. Nous achevions, lorsque ma femme nous invita à venir faire honneur à son souper. Rien n'y manquait :
omelette, fromage, biscuit; tout fut trouvé excellent, et le service de table, heureusement recueilli, ne contribua pas peu à l'agrément de notre repas. François seul, hdèle à sa vaisselle de calebasse, ne voulut pas revenir à ses couverts d'argent.
«C'est bien plus gentil, disait-il, de manger dans un joujou. »
Les chiens, les poules, les chèvres et les moutons faisaient cercle autour de nous, comme spectateurs intéressés. Quant aux canards et aux oies, je m'inquiétais peu de leur repas, l'embouchure marécageuse du ruisseau leur fournissait en abondance des vers et de petits crabes, dont ils se montraient très-friands.
\ la lin du souper, je fis apporter par Fritz une bouteille d'excellent vin, trouvée dans la cabine du capitaine, et je priai ma femme de prendre un verre de cette fortifiante liqueur avant de commencer son récit.
« C'est bien heureux, dit-elle en riant, que mon tour vienne enfin de dire mes hauts faits. Je n'ai rien à conter du premier jour, car l'inquiétude m'a retenue sur le rivage, sans que j'aie eu le courage de rien entreprendre. Je ne fus un peu»
rassurée qu'après avoir vu que vous étiez arrivés sans encombre au vaisseau. La journée se passa donc sans que nous nous fussions éloignés de la tente. Je me bornai à former pour le lendemain le projet d'aller à la découverte d'un endroit plus confortable que cette plage, où nous sommes exposés à toute la rigueur du soleil pendant le jour, et au froid pendant la nuit.
Je pensai à ce bois que vous aviez découvert, Fritz et toi, la veille, et je résolus d'y aller.
« Le matin, comme je rêvais encore à
ÉDUCATION. — NÉCRÉATION.
mon projet sans en avoir rien dit aux enfants, qui venaient de se lever, Jacques s'empara du chacal de Fritz , et tailla avec son couteau, dans la peau de l'animal, deux larges courroies qu'il dépouilla et nettoya de son mieux.
« Cela fait, il garnit les courroies de longs clous, puis, avec un débris de toile à voile, il doubla l'intérieur de son ouvrage, et vint me demander de coudre solidement la toile avec le cuir, de manière à couvrir et à retenir la tète des clous. Je me rendis à son
désir, malgré l'odeur peu agréable qu'exhalait cette peau. Une autre bande — qu'il voulut doubler de même — était destinée à lui faire une ceinture; mais je lui fis remarquer que cette courroie n'étant pas sèche encore, se retirerait considérablement et rendrait son travail inutile. Ernest lui donna en riant le conseil de clouer la peau sur une planche qu'il porterait sur lui et qu'il exposerait au soleil. Jacques, sans comprendre que son frère raillait, mit le conseil en pratique, et je le vis bientôt.
affublé de sa planche, se promener gravement au soleil.
(i Je communiquai à mes fils mon projet de déménagement, auquel ils donnèrent leur joyeux assentiment. En un clin d'reil ils se furent munis de leurs armes et chargés de nos provisions; je me réservai la bouteille à eau et une hache. Escortés des deux chiens, nous dirigeâmes notre marche du coté du ruisseau.
<« Turc, qui nous avait accompagnés dans celte excursion, reconnut le chemin que vous aviez suivi, et nous précéda en se retournant fréquemment, comme s'il eût compris qu'il devait nous servir de guide.
« Mes deux jeunes fils marchaient résolument, fiers qu'ils étaient de porter leurs armes; ils sentaient toute leur importance, car je ne leurcachais point que notre 9& uritédépendait de leur bravoure et de leur adressa.
J'appréciai en ce moment l'idée que tu avais eue d'apprendre à nos enfants le maniement
des armes et de les rendre ainsi propres à connaître et à affronter le danger.
« Ce ne fut pas une petite affaire que de traverser le ruisseau, sur les pierres humides et glissantes ; Ernest passa le premier sans accident, Jacques s'empara de ma hache et de ma bouteille à eau ; je pris François sur mon dos. J'eus grand'peine à garder l'équilibre avec mon cher petit fardeau, qui joignait ses mains autour de mon cou et se collait de toutes ses forces sur mes épaules; enfin j'arrivai à l'autre bord, et, quand nous eûmes atteint la hauteur d'où tu avais découvert l'admirable paysage dont tu nous as parlé avec tant d'enthousiasme, mon cœur s'ouvrit, pour la première fois depuis notre naufrage, au plaisir et à l'espérance. Nous entrâmes bientôt dans un vallon plein d'ombre et de verdure.
P.-J. Staui.. — E. Miu-rn.
La suite prochainement.
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IOUC A riON
aiCMATION
M. Jean Maré nous avait prit 1 de remplacer la septième leçon des Serviteurs de l'estomac, dans la septième livraison, par V Anniversaire île Waterloo, qui devait ainsi arriver ;i >a «laie. La copie nous est arrivée un peu trop tard, et nous n'avons pu, & notre grand regret, trouver la place de l'Anniversaire île W aterloo que dans cette huitième livraison.
Les EoiTEias.
L'ANNIVERSAIRE DE WATERLOO
fltCt INEDITE DU T H é AT B l DU P t TIT-C H A 1 I A U
Le sujet de cette pièce paraîtra peut-être un peu ambitieux aux jeunes lecteurs du Mayasin. Elle a été pourtant composte pour des demoiselles, et Je puis même dire qu'elle a eu son utilité.
C'était dans l'année qui suivit la campagne d'Italie. Magenta «t Solferino avaient remué du même coup l'horore et le Petit -Château. Allemandes et Françaises se laissaient a»ler a des accès de patriotisme pendant les récréation*. Les Anglaises Intervenaient à l'occasion, comme le maître de philosophie de M. Jourdain dans la querelle du maître de musique et du maître a danser, et les débats de gloire militaire, les comparaisons désobligeantes de nation a nation commençaient a compromettre la bonne harmonie d'autrefois. Il y avait même une demoiselle de Moscou que les autres chagrinaient entre temps à propos des cosaques — là-dessus elles étaient d'accord — et qui m'avait fait promettre de les réhabiliter sur notre «Mène, un de nos moyens d'éducation dans les cas critiques.
Le plaidoyer me paraissait un peu difficile à tourner, et J'y rêvais, quand me tomba sous les veux l'annonce d'un anniversaire de Waterloo qui allait se célébrer à la grande brasserie de Munich. A mon tour, j'en ferai l'aveu, je me sentis piqué, et, moitié pour les enfants, moitié pour moi j'écrivis la pièce suivante, qui fit cesser les querelles internationales au l'etil- Château.
C'est grand dommage que la chose ne soit pas aussi facile partout !
PF.RSUNNAC.es :
LA PAIX
Ll GUERRE.