TOME I
ÉDUCATION. — RÉCRÉATION
vers le sud-ouest; d'après ses ordres, on creusa un fourneau de mine presque au cenlre de la montagne; ce travail, rapidement mené, fut terminé dans la journée du lundi.
Halleras ne pouvait compter sur ses blasting-cylinders de huit à dix livres de poudre, dont l'action eût été nulle sur des masses pareilles; ils n'étaient bons qu'à briser les champs de glace ; il fit donc déposer dans le fourneau mille livres de poudre , dont la direction expansive fut soigneusement calculée. Cette mine, munie d'une longue mèche entourée de gutlapercha, vint aboutir au dehors. La galerie, conduisant au fourneau, fut remplie avec de la neige et des quartiers de glaçons, auxquels le froid de la nuit suivante devait donner la dureté du granit. En effet , la température, sous l'influence du vent d'est, descendit à douze degrés ( — 11° cent.).
Le lendemain, à sept heures, le Forward se tenait sous vapeur, prêt à profiter de la moindre issue. Johnson fut chargé d'aller mettre le feu à la mine-, la mèche avait été calculée de manière à brider une demiheure avant que de communiquer le feu aux poudres. Johnson eut donc le temps suffisant pour regagner le bord; en effet, dix minutes après avoir exécuté les ordres d'Halteras, il revenait à son poste.
L'équipage se tenait sur le pont . par un temps sec et assez clair; la neige avait cessé de tomber; Halleras, debout sur la dunette avec Shandonet le docteur, comptait les minutes sur son chronomètre.
A huit heures trente-cinq minutes, une explosion sourde se fit entendre , et beaucoup moins éclatante qu'on ne l'eut sup- |K)sée. Le profil des montagnes fut brusquement modifié, comme dans un tremblement de terre ; une fumée épaisse et blanche fusa vers le ciel à une hauteur considérable , et de longues crevasses zébrèrent les flancs de l'ice berg, dont la
partie supérieure, projetée au loin, retombait en débris autour du Fortcurd.
Mais la passe n'était pas encore libre ; d'énormes quartiers de glace, arc-boutés sur les montagnes adjacentes, demeuraient suspendus en l'air, et l'on pouvait craindre que l'enceinte ne se refermât par leur chute.
Hatteras jugea la situation d'un coup d'œil.
« Wolsten ! s'écria-t-il. »
L'armurier accourut.
« Capitaine! (it-il.
— Chargez la pièce de l'avant à triple charge, dit Hatteras, et bourrez aussi fortement que possible.
— Nous allons donc attaquer cette montagne à boulets de canon? demanda le docteur.
— Non, répondit Hatteras. C'est inutile.
Pas de boulet, Wolsten, mais une triple charge de poudre. Faites vite. »
Quelques instants après, la pièce était chargée.
— Que veut-il faire sans boulet? dit Shandon entre ses dents.
— On le verra bien, répondit le docteur.
— Nous sommes parés, capitaine, s'écria Wolsten.
— Rien, répondit Hatteras. Drunton !
cria-t-il ù l'ingénieur, attention ! Quelques tours en avant. »
brunion ouvrit les tiroirs, et l'hélice se mit en mouvement ; le Foncard s'approcha de la montagne miné/.
« Visez bien ù la passe, cria le capitaine à l'armurier. »
Celui-ci obéit; lorsque le brick ne fut plus qu'à une demi-encablure, Hatteras cria :
« Feu ! »
Lne détonation formidable suivit son commandement, et les blocs ébranlés par la commolion atmosphérique furent préci-
LKS ANGLAIS AU POLE NORD. 290
pilés soudain dans la mer. Celle agitation des couches d'air avait sufli.
« A loute vapeur, Brun ton! s'écria Uattcras. Droit dans la passe, Johnson! »
Johnson tenait la barre; le brick, poussé par son hélice , qui se vissait dans les flots écumants, s'élança au milieu du passage libre alors. Il était temps. Le Fonoard franchissait à peine cette ouverture, que sa prison se refermait derrière lui.
Le moment fut palpitant, (t il n'y avait à bord qu'un cœur ferme et tranquille, celui du capitaine. Aussi l'équipage, émerveillé de la manœuvre, ne put retenir le cri de :
» Hurrah pour John Hatteras ! »
i. Il M' Il III \IV.