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J»AS M*CÉ

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LA PRINCESSE ILSÉE. 295

LA PRINCESSE ILSEE

Suite et fin.j

Quoiqu'il y ait déjà bien des siècles que ses eaux portent dans cette vallée la fertilité et le bien-^'tre, Usée n'a encore rien perdu de sa fraîcheur et de sa grâce natives. C'est qu'elle a bu à la source inta-

rissable de l'éternelle jeunesse, à cette source qui jaillit du travail assidu et utile, qui se maintient pure et limpide, éloigne d'elle toute souillure et se laisse pénétrer par la lumière céleste. La princesse Usée

ÉDUCATION. — RÉCRÉATION

montre ainsi au monde ce que peut devenir une enfant d'abord folle et égarée dès que le démon de l'orgueil s'est retiré d'elle. Et, lorsque des hommes, quittant pour un moment les hauteurs arides de la vie de chaque jour, viennent dans la vallée de l'Usée chercher un air plus pur, elle leur souffle de doux souvenirs du pays où s'est écoulée leur enfance; elle les fait redevenir enfants insoucieux et confiants tout le temps qu'ils restent dans l'ombre odorante de sa forêt, où la verdure est plus verte et plus parfumée, l'air plus frais et plus vivifiant que dans tout autre endroit du monde.

La petite Usée ne craint plus maintenant les sorcières. Elle se risque même à jouer gaiement le rôle de princesse Eau-de- Cuisine, et lorsqu'en été les hôtes de la vallée veulent faire le café sur un banc de mousse au pied de lllsenstein, elle monte vers eux sans crainte dans la petite bouilloire branlante, laisse tous les honneurs à la ménagère qui a préparé le café, ne réclame pour elle ni profit ni louange, et demande uniquement pour récompense que ceux qui ont eu le délicieux plaisir de boire du café préparé avec les eaux de l'Usée, fassent une petite rente de sucre à la souris des champs. Cette sourds habite dans les fentes du bloc de pierre couvert de mousse qui sert de banc aux visiteurs; elle descend en droite ligne de celle qui a creusé du haut en bas du Brocken le canal par lequel la princesse Usée s'est enfuie dans la vallée à une époque qui se perd dans la

nuit des temps. Tous les promeneurs qui viendront déjeuner à l'Ilsenthal n'auront pas sans doute l'honneur de voir la jolie petite bête montrer son nez pointu et ses yeux brillants, car la souris choisit son monde, et elle a la timidité de sa race.

Mais quiconque l'apercevra est tenu, sous peine dencourir la coUre de l'Usée, de lui donner du sucre ou toute autre chose que les hommes aiment à prendre avec le cate et les souris à grignoter dans les fentes des rochers. Cet accord a été conclu un beau jour du mois d'août en l'an de grâce 1831.

Le texte en est déposé, revêtu d'un sceau authentique, sous l'Ilsenstein et dans l«»s souvenirs des visiteurs du llarz, qui, re jour-là. ont donné à manger à la souris des champs.

Le conte ne peut pas en dire plus long ; il a fait son nid dans la vallée Verte, au milieu des rochers, et n'éprouve pas la moindre envie de suivre la petite Usée jusque dans la plaine où elle rencontre l'Ocker et l'Ecker, puis l'Aller, qui l'emmènent enfin rejoindre le vieux Weser. Qu'il suffise de dire que l'Ocker, l'Ecker et toutes les eaux grandes et petites qui viennent se jeter dans ses bras, le vieux Weser les entraîne à la mer. Le conte voudrait pourtant bien savoir quelle émotion doit éprouver une pauvre petite goutte d'eau comme l'Usée lorsque, reprenant ses sens, elle se voit ainsi perdue au milieu du vasle Océjn ; mais cela, Dieu seul le sait.

P.-J. Staiii..

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LES ANGLAIS AU POLE NORD

LES ANGLAIS AU POLE NORD

AVENTURES DU CAPITAINE H ATTER AS (Vignettw par db Montaut.)

Hattcras déplia sur la table l'une de ces excellentes cartes publiées en 1859, par ordre de l'Amirauté.

« Veuilllez me suivre, je vous prie. Si le détroit de Smith nous est fermé, il n'en est pas de me 1 me du détroit de Lancastre, sur la côte ouest de la mer de Baflin; selon moi, nous devons remonter ce détroit jusqu'à celui de Barrow, et de là jusqu'à l'Ile de Beeehey; la route a été cent fois parcourue par des navires à voiles; nous ne serons donc pas embarrassés avec un brick à hélice. Une fois à l'île Beeehey, nous suivrons le canal Wellington aussi avant que possible, vers le nord, jusqu'au débouché de ce chenal qui fait communiquer le canal Wellington avec le canal de la Reine, à l'endroit même où fut aperçue la mer libre. Or, nous ne sommes qu'au 20 mai; dans un mois, si les circonstances nous favorisent, nous aurons atteint ce point, et de là nous nous élancerons vers le pôle. Qu'en pensez-vous, messieurs ?

— C'est évidemment, répondit Johnson, la seule route à prendre.

— Eh bien, nous la prendrons, et des demain. Que ce dimanche soit consacré au repos; vous veillerez, Shandon, à ce que les lectures de la Bible soient régulièrement faites; ces pratiques religieuses ont une influence salutaire sur l'esprit des hommes, et un marin surtout doit mettre sa confiance en Dieu.

— C'est bien, capitaine, répondit Shandon, qui sortit avec le lieutenant et le maître d'équipage.

— Docteur, fit John Hattcras en montrant Shandon, voilà un homme froissé que l'orgueil a perdu ; je ne peux plus compter sur lui. »

Le lendemain, le capitaine fit mettre de grand matin la pirogue à la mer ; il alla reconnaître les ice-bergs du bassin, dont la largeur n'excédait pas deux cents yards 1 .

Il remarqua môme que par suite d'une lente pression des glaces, ce bassin menaçait de se rétrécir; il devenait donc urgent d'y pratiquer une brèche , afin que le navire ne fut pas écrasé dans cet élan de montagnes ; aux moyens employés par John Hatteras, on vit bien que c'était un homme énergique.

11 fit d'abord tailler des degrés dans la muraille glacée, et il parvint au som-

met d'un ice-berg; il reconnut de là qu'il lui serait facile de se frayer un chemin

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