‹ Magasin des adolescentesChapitre 20 sur 33 · MADBM. BONNE, MISS BELLOTTE · texte numérisé non relu

MADBM. BONNE, MISS BELLOTTE

MISS SOPHIE

MISS SOPHIJB.

V ouiiEZ-vous bien me pennettre , ma Bonne , que ma sœur soit ici avec moi ? elle sait les choses dont je yeux vous parler.

MABEM. BOKNE*

Conune tous voudrez , mes chers enfans.

MISS SOPHIE

Il s'agît de deux jeunes dames de nos amies , qui n'ont pas le bonheur de vous connaître , et qui nous ont priées de vous consulter. L'aînée de ces dames est la plus malheureuse personne du monde :

tous les domestiques de la maison se sont mis dans la tête , que sa mère l'aime plus que ses autres enfans , et à cause de cela ils ne peuvent la souffrir , et lui font tout le mol qu'ils peuvent : cela lui donpe

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beaucoup de chagrin j et je croîs quMIe en mourrait , si sa sœur ne la consolait pas.

MISS BEIil-OTTE.

Remarquez, ma Bonne , que cette sœur cadette est fort impertinente , et que, quand elle voit que sa servante ou les autres domestiques ne veulent pas entendre raison , elle les envoie promener et se moque d'eux. Elle dit souvent à sa sceur aînée , qu'elle est une stupide de s'ajSliger pour les discours de ces sortes de gens ; mai$ ^Ue a beau lui remontrer sur ce sujet , rien ne la console , et elle passe une partie de la nuit à pleurer.

MAPEM. BONNE.

11 faut que vou^ aimiez bien cette dame , ma chère Sophie , car vous pleurez actuellement du chagrin qu'elle a.... Voulez-vous me permettre de deviner 1% nom de ces deux dames ?

MISS SOPHIE

Oui , ma Bonne.

MABEM. BONNE. .

Eh bien , je devine qu'elles se nomment Sophie et Bellotte. Mais, dites-moi pour-»

quoi ne m'avez-vous pas dit d'abord que c'était de vous que vous parliez ?

MISS SOPHIE

J'étais honteuse que vous sussiez que l'on ne m'aime pas ; il me semble que c'est le plus grand malheur du monde.

Comment avez - vous pu deviner que c'était de nous que je parlais 7

MABEM. BONNE.

Cela n'était pas. fort difficile; je connais si bien votre caractère , que je ne puis pas être trompée sur ce qui vous regarde*

MISS BEIiIiOTTB.

Ah ! mon Dieu y ma Bonne , que je souhaiterais de connaître mon caractère!

Je vous serais bien obligée , si vous vou* liez me faire mon portrait.

MABEM. BONNE.

Vous avez bien raison de souhaiter cela , mes enfans*T c'est la science la plus nécessaire ; sans die , comment pourrions^ nous nous corriger : des défauts que nous ne connaitricHis pas ? Je vais donc vou» faire votre portrait y ma chère BeUotter

36 LE HACASUf

MISS SOPHIE

Pout^oi ne pas commencer par moi, ma Bonne ? vous savez que je suis l'aînée.

MADEM. BONNE

«Taorais gagé que vous m'auriez dît cela , ma chère ; à tout moment vous rappelez votre droit d'aînesse à vos soeurs; vous faites sentir à votre gouvernante et aux autres que vous vous croyez sure du cœur de votre mère , et en droit de les gouverner. Comment voulez-vous qu'on vous aime avec un tel caractère ?

MISS SOPHIE

Vous parlez cle mon caractère comme s'il était mauvais : je vous assure, ma Bonne , que j'ai le cœur fort bon , et que j'aime beaucoup ceux même qui me donnent tout ce chagrin ; je ne suis malheureuse que parce qu'Us ne m'aiment pas.

MABEM. BONNE.

Je suis obligée de vous dire la vérité , ma chère , et j'espère que vous serez assez raisonnable pour ne pas yous en fâcher. Vous dites que yous aimez les autres , et moi j'ai bien peur que vous n'aiiniez qu« voii3-méme.

DES ABOIiESCENTES. 5j

MISS SOPHIE

Vous VOUS trompez , ma Bonne , et je Taîs vous faire voir que j'ai un bon cœur. Nous ayons , depuis deux ans , une gouvernante qui me gronde^depuis le matiu jusqu'au soir ; malgré cela je Psâme , et je pleure comme une sotte quand je la crois fâchée contre moi.

MASEM. BONNE.

Ce n'est pas une preuve que vous l'aimez beaucoup , ma chère ; cela signifie seulement que vous souhaitez d'être aimée , et vous le voulez d'une manière tyrannique. Vous souvenez-vous de cette coiffure que vous choisîtes l'autre jour, et que vous trouviez la plus jolie chose du mond^ ? Vous fuies de mauvaise humeur toute la journée , parce que je trouvai celle de votre sœur plus jolie : pour vous rendre contente, il faudrait toujours penser comme vous , aimer ce que vous aimez , haïr ce que vous haïssez.

MISS SOPHIE

Je ne saurais croire que cela soit vrai , je ne suis pas d'un si mauvab caractère*

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MISS BBIiliOTTB*

Prenez garde , ma sœur ; ma Boûûe nous connaît mieux que nous ne nou^ connaissons nous-mêmes j et si je n'avais pas peur de*>vous fâcher.«.«^

MISS SOPHIE

Mais on ne tous demande rien, ma sœur ; quand ma Bonne parlera de votre caractère, je' ne me mêlerai pas de dire mon ayis.

MABEM. BONITE, prenant un petit

miroir de poche^

Vous voulez être aimée y ma chère ?

voyez si vous êtes aimable à ce moment t

votre physionomie est toute changée •.

Vous détournez les yeux , vous craignez de vous voir» Au Ueu de penser à me remercier, vous vous fâchez contre moi^ Si je vous ressemblais, je vous laisserais bouder tout à votre aise; mais je vous aime trop pour cela. Venez m'embrassera tout- à- l'heure...... Vous me baisez du

bout des lèvres , ce n'est pas là mon compte : je veux que vous m'embrassiez d'aussi hon cœur que vous avez coutume

DES iLB0l4ESCENTES. Sq

de le faire ([uand vousf êtes bonne fille ,

sinon prenez-y garde au moins, je

vais vous faire une terrible menace

sinon je ne vous aimerai plus..... Voilà qui est bien , cela. Regardez-vous à présent, vous êtçs redevenue jolie*

MISS SOPHIE

Mon Dieu , ma Bonne , que je suis sotte ! Si j'avais suivi ma mauvaise humeur , je vous aurais battue il n'y a' qu'un moment , aussi bien que ma sœur.

MADEM. BONNE

Et si votre gouvernante vous en avait dit autant, que serait-il arrivé?

MISS SOPHIE

Je suis sure que nous aurions eu à quereller pour toute une journée , car assurément elle n'aurait pas eu autant de patience que vous , et aurait voulu me faire entendre raison en me grondant bien fort. En vérité, ma Bonne, cette femme est insupportable.

MABEM. BONNE.

Est-ce que vous croyea qu'elle ne voui aime pas ?

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MISS SOPâlE.

Pardonnez-moi , ma Bonne , je croîs qu'elle m'aime j elle a beaucoup de soin de moi , quand je suis malade , et est fort inquiète à la moindre chose qui m'arrive; je crois pourtant qu'elle aime ma sœur plus que moi.

Miss BEIiliOTTE.

Vous savez , ma sœur , qu'elle me querelle aussi souvent que vous, quoiqu'il soit vrai qu'elle m'aime davantage. Que ' ne faites-vous comme moi : je commence par lui dire tranquillement mes raisons; et quand elle ne veut pas les écouter , je passe dans l'autre chambre , et je la laisse gronder toute seule , sans pour cda me lâcher contre elle.

MISS SOPHIE

Vous êtes bien heureuse de pouvoir prendre ainsi votre parti : pour moi, quand on me gronde y je ne puis m'empécher de pleurer.

MISS BELIiOTTE.

Je ne vous dis pas que je n'aie quelquefois tout autani d'envie de le faire que VOUS; mais je ne veux pas lui faire

DES ADOIiESCENTESi. 4l

Toir que je suis sensible à ce qu'elle dit : c'est par veogeance que }e parais gaie ; j'étoufifê toute la journée , à moins que je puisse pleurer toute seule dans un coin sans qu'elle me voye.

MADEM. BONNE

Cest-à-dire que Bellotte a beaucouçi plus d^orgueil que sa sœur; mais qu'il est d'une autre espèce.

MISS BEIiLOtTE.

Tout justement, ma Bonne; je vais tâcher de vous expliquer mon orgueil : je le connais très-bien , et je le souhaite à ma sœur ; car le sien la rend très-malheureuse. Supposez qu'on nous donne à chacune une robe ; ma sœur montre la sienne à quelqu'un qui s'avise de ne pas là trouver jolie : la voilà au desespoir ; elle n'aime plus sa robe ; elle la trouve vilaine ; elle ne la porte pas de bon cœur ; vous voyez bien qu'elle ne peut jamais être contente une heure , puisque son bonheur dépend de la fantaisie des autres. Moi , au contraire, qui ai choisi ma robe parce cpi'elle me pai^aissait jolie, si quelqu'un me dît qu'elle ne l'est pas , je pense que ce n'est

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pas la faate de ma robe , et que ce quel^ qu'un-là a mauvais goût.

MADEM. BONNE

11 n'y a rien à ajouter à ces deux portraits ; vous vous connaissez très-bien , ma chère Bellotte ; vous avez un orgueil bien solide : celui de votre sœur n'est rien au prix. Mais , mes bons enfans , ce n'est pas assez de se connaître, il faut se corriger.

MISS BELIiOTTE.

Comment faire pour nous débarrasser de nos mauvais caractères?

MADEM. BONNE

Vous vous trompez, ma chère; vos caractères sont plutôt bons que mauvais, et si vous voulez les employer comme il faut , ils peuvent servir à vous rendre parfaites et heureuses.

MISS SOPHIE

• Cela serait - il bien vrai , ma Bonne ? Ah ! que je vous aurais d'obligation , si vous vouliez m'apprendre à faire un bon usage de mon caractère ; car j'ai beau vouloir bien penser de moi, je connais souvent que je ne suis pas fort aimable» et je voudrais le devenir,»

DES ADOIiESCENTBS. 4S

MADEM. BONNE

Gela ne sera pas fort difficile , ma chère» Tous me dites bonnemeBt vos défauts , je Tais vous dire les miens. Quand j^étais jeune , j'avais , comme vous ^ le malheur d'être la favorite de mon père ^ je dis que c'est un malheur , ma chère y parce qu'il est très-aisé d'en abuser , et j'en abusais. Vous me faites souvenir de ce que j'étais à votre âge , ma bonne amie : j'étais vraiment un petit tyran. A la vérité , j'aimais mes frères et mes sœurs ; mais ^e voulais en être respectée , sans penser à me rendre respectable. Je croyais qti'ils faisaient une grande faute quand ils prenaient la liberté de me contredire ; je voulais toujours avoir la préférence , et je disais vingt fois par jour , comme vous , je suis Patnée. Qu'arrîva-t-il de cela ? tout le monde me détestait. Les domestiques, par pitié pour mes frères et scfeurs , prenaient leur parti dans toutes les occasions : alors je grondais les domestiques ; je les faisais quereller par mon père , et cela augmentait encore la haine qu'ils avaient pour moi. Fatiguée d'être haïe , JQ m'e^Laminai , et me demafi»

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dai à moi-ikiême : pourquoi per^nne ne peuî-il me soufTrir? est-ce que je suis méchante ?!Non , assurément ; j'ai un très-bon cœur, mais je suis impertinente. Si quelqu'un voulait toujours l'emporter sur moi ^ l'aimerais*je 7 Non. Pourquoi donc suis-je étonnée que les autres ne m'aiment pas ? Gela est tout naturel. Après avoir fait ces réflexions, je prisla résolution de me corriger ; mais cela était bien difficile , car je ne m'apercevais pas quand j'étais impertinente. Heureusement pour moi , je trouvai une bonne amie qui voulut bien avoir la charité de m'avertir toutes les fois que je serais impertinente , et que je ferais le tyran. Je ne me fâchai point quand elle le fit , quoique cela me fit beaucoup de peine dans le commencement. Enfin , aa bout d'un an y je fus si bien corrigée , qu'on ne me connaissait plus y et que mes sœurs, mes frères et tous les domestiques m'aimaient à la folie.

MISS SOPHIE

Tous êtes bien fine , ma Bonne ; vous avez trouvé le moyen de me dire de bonnes injures sans que je puisse m'en

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fâcher; car sous prétexte de faire YOtre portrait , vous avez fait le mien.

madem:. bonne.

Ce n'est point un prétexte , ma chère * jo vous jure que j'étais telle que tous êtes»

MISS SOPHIE

Mais où troùyerai^je cette bonne amid qui m'avertira quand je ferai des fautes ?

Totre sœur vous rendra ce service , et vous ne vous fâcherez pas. Si vous pouvez gagner cela sur tous , tous deviendrez très-aimable ; car pour vous rendre jus* tice, vous avez un fort bon cœur^ et vouflr ne tnanquez pas d'esprit. J'ai connu que vous aviez le cœur bon , parce que vous êtes fort attachée à vos sœurs , quoique vous les maltraitiez quelquefois. Commencez donc par me promettre que voua souflTrirez que votre sœur vous avertisse de vos fautes ; et si vous êtes fidèle à garder votre parole , je vous promets de vous enseigner les moyens de devenir e:it^ trémemejit aimable.

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MISS BBIiLOTTE.

Et moi , ma Bonne , comment ferai je pour corriger mon orgueil ?

mai>£m:« bonne.

Nous parlerons de ^ela un autre jour, ma chère; ces dames sont arrivées, je les entends dans la chambre de lady Sensée ; il ne faut pas les faire attendre.

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